Le procès d’une jeune journaliste arrêtée le 31 août pour « relations sexuelles hors mariage » et « avortement » s’ouvre ce lundi 9 septembre au Maroc. Beaucoup dénoncent une persécution politique.


Le procès d’une jeune journaliste arrêtée le 31 août pour « relations sexuelles hors mariage » et « avortement » s’ouvre ce lundi 9 septembre au Maroc. Beaucoup dénoncent une persécution politique.

Hajar Raissouni a 28 ans. Sur les photos diffusées par ses proches, elle est souriante, porte des lunettes et un voile de couleur vive. Samedi dernier, elle sortait d’une clinique de Rabat lorsque des policiers l’ont arrêtée. Ils ont ensuite interpellé son médecin, emmenant également un infirmier et une secrétaire médicale, puis finalement le fiancé de la jeune femme avec qui elle devait se marier, le 14 septembre.

Hajar Raissouni comparaîtra, ce lundi, et risque deux ans de prison, selon son avocat. Ce dernier insiste pour dire que l’accusation est absurde et mensongère. Hajar se faisait traiter pour une hémorragie interne et, expertise médicale à l’appui, il montrera au tribunal qu’en réalité, elle était soignée pour une possible fausse couche.

« C’est un acte médical et nous avons un rapport médical qui dit qu’il n’y a pas d’avortement provoqué. Il y a peut-être un avortement spontané et cela, n’est pas criminel. Je vais demander la libération de Hajar Raissouni », annonce maître Saad Sehli.

Mais cette affaire dépasse les questions de mœurs. Car Hajar Raissouni travaille pour le quotidien critique Akhbar Al-Yaoum et elle est la nièce d’un éditorialiste à la plume acerbe envers le pouvoir, ainsi que d’un idéologue islamiste ultra-conservateur. Pour les associations de défense des droits de l’homme et pour beaucoup de confrères, son arrestation – après d’autres, similaires – est donc un nouvel avatar d’un climat malsain visant à faire taire les voix dissidentes.

C’est aussi une attaque brutale contre les droits des femmes, comme l’explique le directeur du site d’information Yabiladi.com, Mohammed Ezzouak : « L’émotion a été vive, notamment chez de nombreuses femmes qui ont ressenti, dans leur chair, l’injustice et l’humiliation infligées à cette jeune journaliste. Donc, le cas de Hajar, aujourd’hui, mobilise au-delà des traditionnels cercles de défense de la liberté d’expression au Maroc. Nous avons donc vu que cette mobilisation a peut-être mis en porte-à-faux certains membres du gouvernement qui sont peut-être plutôt ouverts sur les libertés individuelles. »

Au Maroc, ses confrères se mobilisent pour la défendre et pour demander sa libération : une pétition a été signée par 150 journalistes pour dénoncer une « campagne diffamatoire ». Pendant la conférence de presse hebdomadaire du porte-parole du gouvernement, sa photo a été collée sur des sièges vides.

Un rassemblement de solidarité avec les prévenus se tiendra, ce lundi, devant le tribunal de Rabat où s’ouvre le procès.

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