REPORTAGE TABASKI: Éleveurs du dimanche, acteurs nouveaux du marché



Les éleveurs du dimanche sont devenus en quelques années des acteurs émergents du marché représenté par la Tabaski, également appelée “fête du mouton”. Ils contribuent par leur activité à l’offre nationale en moutons. Par passion ou par nécessité en vue notamment de se donner les moyens de boucler des fins de mois parfois difficiles.
Dans leur cas, le dimanche ne représente plus vraiment un jour de repos dont on profiterait à fond après une semaine de travail bien remplie.    La principale activité dominicale de ces éleveurs d’un genre particulier consiste à bien entretenir des moutons pour espérer les vendre à prix d’or le moment venu, à l’ouverture du marché de la Tabaski.   Un business devenu florissant dans lequel certains s’engagent simplement par passion. D’autres sont au contraire mus par la perspective de pouvoir boucler des fins de mois devenus de plus en plus difficiles.   “Que nul n’entre dans cet enclos s’il n’est pas millionnaire”. Ce pourrait être la devise des éleveurs de moutons communément appelés “laadoum” dont chaque tête se vend à coup de millions.   Ces moutons de “prestige” qui ont fini par faire partie du décor dans beaucoup de quartiers dakarois sont devenus le gagne-pain d’éleveurs du dimanche et même à temps plein.   “Il n’y a que la passion qui me retient dans l’élevage”, insiste Doudou Gaye, transitaire de profession la semaine, éleveur le dimanche.   “C’est comme ceux qui s’activent dans les chevaux qui sont quatre à cinq fois plus chers que le laadoum. Or on peut se servir de la viande de moutons. Ce qui n’est pas le cas avec le cheval. En tout cas au Sénégal. Il n’y a que la passion qui peut expliquer ce lourd investissement”, martèle Doudou Gaye.   Selon lui, l’entretien d’un mouton, sécurité, enclos, soins vétérinaires et alimentation, “est à 75% plus cher que chez l’homme.”   Cet éleveur du dimanche qui se présente comme amateur affirme qu’il lui arrive souvent d’acheter un mouton à plus d’un million de francs CFA. “Mais rarement je le vends à plus d’un million”, assure-t-il, ajoutant hériter sa passion pour les moutons de sa mère qui en élevait.   M. Gaye, qui exerce cette activité depuis “plus de 20 ans”, note que ce qu’il aime le plus, c’est “entretenir une brebis jusqu’à ce qu’elle mette bas, et voir l’agneau jouer”.   Doudou Gaye, dont l’enclos compte aujourd’hui dix têtes, estime que s’il lui arrive de vendre des moutons, c’est souvent pour désengorger son enclos.   Contrairement à Doudou Gaye, Alioune Ndiaye, nouvellement retraité à 65 ans, s’est lui reconverti dans l’élevage de moutons pour, dit-il, “boucler les fins de mois difficiles.”   “Au Sénégal, avec la retraite c’est souvent moins de ressources et paradoxalement plus de charges familiales”, indique cet ancien fonctionnaire de La Poste, à la retraite depuis 2013.   Outre le fait que cette activité l’éloigne de “l’oisiveté” qui rythme le quotidien d’un retraité, Alioune Ndiaye déclare que depuis sa retraite intervenue en 2013, il achète 2 à 3 moutons à raison de 75 à 80 mille francs CFA l’unité et pour les revendre 8 mois après à “pas moins de 250.000 FCFA chacun”.   L’ancien postier note que les revenus qu’il tire de cette activité lui permettent de prendre en charge les devoirs liés aux préparatifs de la Tabaski par exemple et quelques dépenses familiales.   L’appétit venant en mangeant, le vieux Ndiaye pense dès à présent à construire un enclos sur sa terrasse, un espace qui devrait pouvoir contenir un nombre plus important de bêtes.   Oumar Paye, un menuisier installé à Niary Tally, reconnaît que cette activité, devenue dans son cas un business lucratif, a fini par prendre le dessus sur toutes ses autres activités.   “Parallèlement à ma profession, je suis également dans l’élevage comme vous pouvez le constater”, déclare Oumar, en indiquant du regard les moutons attachés non loin de son atelier de menuiserie installé dans la maison familiale à Niary Taly, un quartier populaire de la commune de Biscuiterie.   “C’est tellement fatiguant de cumuler mon travail avec cette activité parallèle qui au début restait seulement une passion. Mais, aujourd’hui, il faut reconnaître que c’est quelque chose qui me rapporte gros”, soutient-il.   “Ça vaut la peine d’essayer”, conclut Oumar Paye, qui compte embaucher sous peu un “boy” pour le seconder dans l’entretien et le nettoyage de son enclos de moutons.

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