Paolo Cuelho, Le Cri Primal


RAMENÉ au jour d’hui, “L’Alchimiste” de Paulo Coelho ne vaudrait pas sa palme d’or d’un tiers des 225 millions d’exemplaires vendus par l’auteur pour l’ensemble de son immense bibliographie : le texte ne crève pas l’écran et l’histoire est somme toute bien ordinaire d’un individu poursuivant un rêve doré.

Il faudrait peut-être retourner au symbolisme de la fin des années 70 et du renouveau d’intérêt pour l‘Égypte, pour  expliquer le succès du livre. Et aussi à cette image d’Épinal de Moïse, berger conduisant son troupeau à la terre promise qu’il n’atteindra pas, Aron menant à bien l’opération. Car, après bien de péripéties, le jeune berger Santiago devra revenir sur ses pas, en Espagne, pour trouver finalement l’or auquel il avait tant rêvé ; de l’Égypte, il n’en fut rien qu’une pyramide au pied de laquelle Santiago fera le voyage retour, comme pour vanter les dangers d’une vie d’errance qui ne vaudra finalement pas le déplacement : l’aventure, l’espoir, la réalisation de soi se fait au final chez soi. C’est la morale à tirer de cet ouvrage qui fit autant de bruit, toutes proportions gardées, que « La Brute «  de Guy des Cars auquel se rapproche Coelho sur le plan de la production littéraire et symbolique.

L’Alchimiste n’a donc rien à voir avec l’excellent ouvrage de Andrea Camilleri : “Chien de Faïence“, Éditions, Fleuve noir, 1999. 351 pages. Sinon une curiosité latine pour ce berceau de la civilisation qui suscite tant de lyrisme dans les deux ouvrages ?

« L’Alchimiste » reste cependant dans la même trame de la majorité des ouvrages de Coelho : la recherche dans la douleur du cri primal ; pour un Brésilien nourri d’ésotérisme mystico-religieux, le syncrétisme des années charismatiques est un pétrin magico-religieux fort pour parfaire son homme ; le terme est puissant dans sa polysémie, donnant une forme malléable, mais aussi, dans la compréhension populaire, lieu de tourmente. Ajoutez-y une maturité encyclopédique de l’auteur pour véritablement permettre à Paulo Coelho de tracer son sillon. Car de 1988 (L’Alchimiste) à 2006 (La Sorcière de Portobello) Coelho s’impose, moins par ces deux ouvrages magistraux qu’avec « Onze minutes » paru en 2003 où le Brésilien sublime le Créateur par le métier le plus ancien du monde, par un permanent état polythéiste de Bachelard car il se cherche dans deux extrêmes : la liberté et l’aliénation physique, morale. Dans la réalité, il s’échappera de l’asile par exemple de l’asile où ses parents l’avaient placé, jeune, flirtera avec les Hippies auxquels il consacre d’ailleurs un ouvrage autobiographique,  sans pour autant trouver cette paix intérieure, …Ni dans la solitude d’une salle, ni dans la foule libertaire et solitaire perdue dans le brouillard du ganja.

Spiritiste tirant  vers un Guy Des Cars mais en plus raffiné, Cuelho passe sa vie à se chercher, et douloureusement, dans le temps et l’espace, de cette Amérique latine martyrisée à cette Afrique sacrifiée. Alors “Se retrouver à la limite de la dégradation” (11 minutes) ou avec une mère qui nous a abandonné (La sorcière de Portobello), la souffrance est la même : Paulo Coelho est toujours à la recherche de lui-même et nous invite à en faire autant.

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Andrea Camilleri : “Chien de Faïence“, Éditions, Fleuve noir, 1999. 351 pages.

Pathé MBODJE, M. Sc,  Journaliste, sociologue
Parcelles assainies, Unité 10, Villa N° 276, Dakar, Sénégal, tél (+ 221) 775952161  

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