DR MAGUETTE DIENG, CHEF DU BUREAU PERSONNES ÂGÉES AU MINISTÈRE DE LA SANTE : “Il peut y avoir des complication pour certains”

DR MAGUETTE DIENG, CHEF DU BUREAU PERSONNES ÂGÉES AU MINISTÈRE DE LA SANTE : “Il peut y avoir des complication pour certains”

Malgré les ravages du temps et une santé très souvent chancelante, les personnes âgées s’échinent à accomplir le quatrième pilier de l’islam, le jeûne du ramadan, quelquefois à leurs risques et périls. Mais, c’est la foi qui les guide

La scène est empreinte de tendresse. Refusant de céder aux supplications d’Amadou, son fils aîné, aujourd’hui âgé de 64 ans, Mame Salimata, 23 ans de plus que lui, se blottit dans son lit et demande avec insistance à sa prévenante descendance, amusée et émue, si le croissant lunaire est apparu au Sénégal. « Je jeûne depuis l’âge de 10 ans, ce n’est pas aujourd’hui que je vais m’affranchir de cette obligation alors que l’ange de la mort frappe à ma porte », assure-t-elle, la bouche « dépeuplée » de ses dents. Son fils n’arrive pas à la convaincre de renoncer au jeûne, cette année, pour ne pas compromettre sa délicate santé. Mais, la mamie ne veut rien entendre. Mieux, elle nargue la commission de concertation sur le croissant lunaire et observe le ramadan dès le lundi, officiellement entamé au Sénégal un jour après. « On n’y peut rien. Depuis deux ans, je la supplie de ne pas jeûner, mais elle refuse. Je me suis même proposé de nourrir, pour son compte, une personne démunie à titre de compensation comme il est permis par la religion dans certains cas. Je n’ai pas l’impression qu’elle en souffre, mais c’est contraire aux prescriptions de son gériatre », confie Amadou à la fois inquiet et fier de sa téméraire mère. 

De retour chez elle le lendemain pour voir comment elle s’y prend, nous avons trouvé Mame Salimata en train d’écouter la voix sépulcrale du « nécrologue » de « Radio Sénégal ». Elle conversait avec sa petite descendance, tantôt grognonne tantôt comique, distillant de la joie autour d’elle malgré l’angoisse qu’elle suscite. « Mon défunt époux, le père d’Amadou, jusqu’à sa mort à l’âge de 91 ans, a toujours jeûné sous la chaleur étouffante du Fouta Toro. Je ne veux pas faire moins que lui ». La mémé ne veut pas de compromis ! Elle aime l’ambiance du ramadan ! Contrairement au défunt mari de Mame Salimata, Aliou trouve, chaque année, le moyen de ne pas observer le ramadan au Fouta grâce à ses enfants. Ces derniers, n’ayant pas réussi à le convaincre de se soustraire du quatrième pilier de l’Islam à cause de son âge avancé, le pousse à l’accomplir à Dakar pour lui épargner la chaleur suffocante de leur terre d’origine. Pape Fall, lui, ne se rappelle plus la première fois qu’il a jeûné. Il se souvient juste qu’il était encore un môme plein d’entrain. Et depuis, le septuagénaire ne s’est jamais « dérobé » durant le mois de ramadan, jeûnant même en dehors de cette séquence de grande ferveur. Devant sa quincaillerie au populeux quartier de Grand Dakar, il discute avec deux de ses fils qui en sont les gestionnaires. Pa Fall, comme on l’appelle affectueusement ici, attend toujours le mois béni de ramadan avec enthousiasme

Jeûner à Dakar

« Si Dieu me donne longue vie et une bonne santé, je vais jeûner. Mon souhait est de suivre le chemin recommandé par Allah jusqu’à mon dernier souffle », confie-t-il. Dès ce mardi, Pape Fall entame un mois de diète. Trente jours de privations qui, en plus de le rapprocher de son Seigneur, lui permettraient de garder la forme. « Le jeûne est bon pour la santé. Quand je ne pourrais plus l’accomplir, j’arrêterai. Mais, pour le moment, je sens que j’en ai les moyens  », assure-t-il, non sans indiquer qu’il est plus facile pour une personne âgée de jeûner à Dakar que dans les autres régions du Sénégal. Dans la capitale sénégalaise, le thermomètre est plus clément. Dans son Baol natal où la chaleur est accablante, le ramadan aurait été plus pénible pour les âmes de son âge, malgré une foi inébranlable à l’Islam et aux vertus du jeûne. Dior Sall, trouvée non loin de la quincaillerie du vieux Fall, fait, elle aussi, de la résistance. Elle continue toujours d’observer le ramadan, malgré le poids de l’âge et les rides profondes de son visage. Cette année, elle compte encore s’y mettre mais, avoue-t-elle, « j’ai, depuis quelques années, du mal à jeûner tout le mois ». A cause d’une santé fragile, elle s’y prend de manière plus prudente, ne se privant de nourriture que quand son corps le lui permet. Un peu plus vieux que Dior Sall, Modou Guèye, ancien sportif, confortablement assis sous un arbre feuillu, garde toujours la forme malgré ses 83 berges. Mais, depuis, sept ans, il y va mollo pour se préserver. « J’ai décidé d’alterner les jours de jeûne pour ne pas courir des risques inutiles. Je jeûne, à peu près, 15 jours. Et le soir, je bois beaucoup d’eau conformément aux recommandations de mon médecin. ». Ne dit-on pas que le Seigneur est miséricordieux ?

OUMAR SALL, IMAM DE LA GRANDE MOSQUEE DE L’UCAD «Le système de compensation est applicable aux personnes âgées»

« L’islam a prescrit le jeûne à tout musulman majeur qui en a la force, bien portant et qui n’est pas en voyage ou indisposé pour des raisons légitimes et naturelles. Les dispositions applicables aux malades sont pratiquement les mêmes qui s’imposent aux personnes âgées », a déclaré Oumar Sall, imam de la grande mosquée de l’Ucad. Selon lui, il y a les maladies curables et incurables. « Pour le cas des affections curables, le malade n’est pas tenu de jeûner. Il s’y emploiera quand il recouvrera sa santé en s’abstenant le nombre de jours équivalents plus tard. Toutefois, si la personne est atteinte d’une maladie incurable qui l’empêche d’observer le ramadan, elle devra, à titre de compensation, nourrir un pauvre au moment de la rupture pour chaque jour non jeûné. Si le malade ne dispose pas de moyens lui permettant de s’en acquitter, il est déchargé de cette obligation. Dieu n’accable pas ses créatures de fardeau qu’elles ne peuvent pas supporter. Les personnes âgées sont soumises aux mêmes prescriptions », a clarifié imam Sall. Il a aussi précisé que « dans l’incapacité de jeûner pour cause de vieillesse, les personnes âgées devront assurer la nourriture d’un indigent chaque jour au moment de la rupture (soit l’équivalent de trois repas par jour pendant tout le mois de ramadan) si elles disposent de ressources. Le système de compensation leur est applicable ».

DR MAGUETTE DIENG, CHEF DU BUREAU PERSONNES AGEES AU MINISTERE DE LA SANTE ; «Il peut y avoir des complications pour certains»

Les personnes âgées désirant observer le jeûne doivent recueillir l’avis d’un médecin. C’est le conseil du Dr Maguette Dieng, chef du bureau Personnes âgées

Les personnes âgées, qui sont « vigoureuses » et en « très bonne santé » peuvent observer le jeûne, souligne le Dr Maguette Dieng, chef du bureau Personnes âgées au ministère de la Santé et de l’Action sociale. Elle conseille, toutefois, à ces personnes du troisième âge de se rapprocher, à chaque fois, d’un médecin pour voir si elles n’ont pas d’anémie ou ne présentent pas de signes pouvant nuire à leur santé. Pour elle, le jeûne a un effet psychologique dans le psychisme du musulman. Il a aussi un « effet positif » pour une personne âgée qui jouit toujours de ses capacités physiques. Par contre, celles qui sont « fragiles » ou qui sont à un stade de « vieillissement, qui a une altération sur leurs réserves fonctionnelles », ne doivent plus jeûner. D’après ce médecin généraliste, capacité en gériatrie, ces personnes manifestent déjà des signes cliniques à cause de la réduction de leurs réserves fonctionnelles. « Si cette personne jeûne, il y aura d’autres diminutions de réserves. Cela peut causer la fragilité complète ou une décompensation pouvant entraîner des complications », précise Mme Dieng. Elle les exhorte également à éviter la déshydratation au moment de la rupture. « Il faut qu’elles boivent beaucoup d’eau, au minimum 1,5 à 2 litres au moment de la rupture jusqu’au petit matin », recommande-t-elle. L’alimentation est aussi importante pour accompagner les papis et mamies pendant ce mois de privation. Pour leur bonne santé, le Dr Maguette Dieng les appelle à manger « des légumes, beaucoup de fruits et des céréales. Il faut également qu’elles fractionnent les repas. Les personnes âgées n’ont pas la même digestion qu’un jeune, il faut donc qu’elles adaptent leur goût », ajoute-t-elle. Le repas du petit matin est aussi important pour ces personnes. C’est pourquoi, le Dr Dieng les conseille de se lever très tôt pour manger ; de préférence, quelque chose de liquide ou de sucré pour avoir plus d’énergie toute la journée. « Ça leur permet aussi de se réhydrater », conclut le Dr Maguette Dieng.

Gawlo.net (Avec Le Soleil)

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