A 50 ans, Mamadou Sall est sans doute en train de poursuivre le rêve le plus fou de sa vie : devenir député européen. La natif de Pikine, qui vit depuis trois décennies à Florence, a été investi par le Parti démocratique italien. Un grand défi pour l’ancien vendeur de mouchoirs, devenu ouvrier dans une entreprise, puis leader syndical. Il est aussi un des piliers de la communauté sénégalaise et africaine en général en Italie, contre le racisme et autres abus.
L’histoire de Luc André Diouf, devenu député au parlement espagnol, pourrait être bientôt supplantée par celle d’un autre Sénégalais. Mamadou Sall, qui vit à Florence en Italie, est candidat aux élections européennes. Notre compatriote, natif de Pikine, va se présenter sous la bannière du Parti démocratique italien (PD). Un parti de centre gauche, créé en 2007. «Quand on m’a demandé de me porter candidat, je suis devenu blanc de peur», ironise-t-il, dans un entretien avec «Corriere delà sera».

«Nous avons besoin d’une Europe plus démocratique et plus accueillante»
Poursuivant, il souligne qu’il a finalement «choisi d’accepter» la demande qui lui a été faite de se présenter, «pour la communauté sénégalaise en Toscane». Un des rares «candidats de couleur» pour les européennes en Italie, il décline ses ambitions. «Nous avons besoin d’une Europe plus démocratique et plus accueillante. Une Europe qui pense plus au travail. Beaucoup disent que la crise est terminée, mais je connais beaucoup d’amis et de collègues qui rêvent de prendre leur petit-déjeuner au bar le matin, mais cela est un luxe qu’ils ne peuvent pas se permettre», explique-t-il.

«Je me sens 100% Italien, j’ai trouvé un travail ici et j’ai ma vie»
Revenant sur son parcours et sa situation en Italie, Mamadou Sall note qu’il y est depuis 30 ans. C’est pourquoi il s’y sent aujourd’hui comme un poisson dans l’eau. «Je me sens 100% Italien, j’ai trouvé un travail ici et j’ai ma vie», dit-il. Mais notre compatriote a trinqué pendant longtemps avant de trouver sa voie et son salut au pays de Matteo Salvini. Vendeur de mouchoirs, pendant trois à quatre mois, il a été souvent obligé de faire la manche dans les rues pour pouvoir survivre. «Je n’étais pas bon pour ça ; je suis très timide et j’avais honte d’aller voir les gens pour demander de la charité, je voulais arrêter le plus vite possible».
Dès lors, il tente le coup, quand une occasion s’est présentée. Alors qu’il était avec ses mouchoirs au niveau d’une entreprise, un interlocuteur lui a dit : «Nous n’achetons pas, merci». Aussitôt, il a rétorqué qu’il n’était pas venu vendre des mouchoirs, mais chercher du travail. C’est ainsi qu’a commencé l’entretien au bout duquel il a eu son travail, qu’il exerce encore aujourd’hui, dans une entreprise qui fabrique des matières plastiques à Florence.

Un leader syndical et un expatrié engagé pour la cause des immigrés
Mamadou Sall a fait sa renommée dans la lutte syndicale, contre le racisme et la défense des intérêts des compatriotes et autres Africains d’Italie. «Le syndicat a joué un rôle important dans ma formation. J’ai contacté la CGIL en 1998 et je suis un délégué syndical de mon entreprise qui lutte pour des conditions de travail meilleures et plus justes avec mes collègues», soutient celui qui a été aussi «bénévole pendant des années dans la Misericordia, comme sauveteur».
Soulignant qu’il a «toujours été attaché à l’intégration», Sall est responsable, depuis 2000, de la communauté sénégalaise de Florence et aussi patron du forum sur l’immigration de la région métropolitaine de Florence. Dans les grands moments de mobilisation de la communauté, comme en 2011, quand 2 vendeurs à la sauvette ont été tués par balles et récemment, lors du meurtre d’Idy Diène en 2018, il était aux premiers rangs du combat contre le racisme, dont lui-même a été victime. «Ils m’ont offensé en disant : «noir de merde», raconte-t-il.
Mais aujourd’hui, tout est derrière lui et il semble avoir pris sa revanche sur ses détracteurs, en se présentant aux élections européennes. Ce qui, au-delà de lui, est une fierté pour son pays d’origine, le Sénégal, qu’il porte dans son cœur. «Je suis très attaché au Sénégal, j’y vais au moins une fois par an. Grâce à une association créée avec des amis, j’essaie d’aider autant que possible les femmes et les enfants sur place».

Gawlo.net (Avec Les Echos)