Financement des partis : Une question de morale publique et d’exigence démocratique

Financement des partis : Une question de morale publique et d’exigence démocratique

La campagne électorale, qui vient de démarrer, remet sur la table l’épineux problème du financement des Partis, au Sénégal. Depuis des lustres, les acteurs de la vie publique (Société civile, Partis d’opposition) remettent sur le tapis le sujet. Si, sous le règne des Socialistes, c’était la stratégie des quotas de riz qui avaient fini par avoir raison de la Caisse de Péréquation et de Stabilisation des prix pour permettre à certains opposants de se « ranger », sous le Pape du « Sopi » et Macky Sall, par contre, les opposants sont royalement ignorés, là où les souteneurs du régime perçoivent quelques 4 à 5 millions par mois, selon l’ancien Secrétaire général de la Ligue démocratique, Mamadou Ndoye. Alors, n’est-il pas temps de mettre en œuvre les mécanismes légaux de financement des Partis?
Ce sont 4 à 5 millions de nos francs à chaque leader de la Coalition « Benno Bokk Yakaar » non compris les avantages en matériels, et les mirobolants budgets mis à la disposition des alliés bombardés à la tête d’Institutions de la République. C’est le « patioo » national dénoncé par Mamadou Ndoye, ancien Secrétaire général de la Ligue démocratique. Macky Sall aura fini de cloner Me Abdoulaye Wade, jusque dans la gestion des souteneurs, comme si le personnel politique était le seul souci de nos gouvernants.Si, sous Abdou Diouf, on avait poussé la galanterie jusqu’à « partager » avec les opposants qui étaient dans le besoin, permettant, du même coup, de donner une belle image à la démocratie, il n’en est rien sous Abdoulaye Wade et Macky Sall, où l’opposition devait être réduite à sa plus simple expression. Pourtant, il suffit juste d’une bonne volonté, pour que cette mesure ait l’effet attendu. Car, outre les directives de l’Union monétaire ouest-africaine (UEMOA) qui sont applicables au Sénégal, les dispositions des articles 2 à 5 de la loi du 06 mais 1981 modifiée par la loi du 12 octobre 1989 réglementent la vie des Partis politiques dans notre pays. Il ressort des dispositions de ces articles précités, qu’il est fait obligation à chaque Parti politique, outre les formalités relatives au fonctionnement des Associations, prévues par le Code des obligations civiles et commerciales, « de déclarer, sans délai, toute modification apportée à ses Statuts, et, au plus tard, dans les huit jours qui suivent la date anniversaire du récépissé de ses Statuts, les prénoms, noms, profession et domiciles de ceux qui, à titre quelconque, sont chargés de son administration ».Mais hélas, ni le Conseil constitutionnel, Gardien de la Charte national et encore moins le président de la République, clé de voûte des Institutions n’ont, apparemment, l’intention de faire changer les choses, préférant laisser celles-ci dans l’informel.Au Mali, le Gouvernement a décaissé 1,953 milliard de F Cfa en faveur de 22 formations politiques sur 56 postulantes
Au Mali voisin, rien que, durant cette année, suivant l’article 29 de la Charte des Partis politiques relatif au financement des Partis, inscrit au budget de l’Etat, le Gouvernement a décaissé 1,953 milliard de F Cfa en faveur de 22 formations politiques sur 56 postulantes. Et c’est le Rassemblement pour le Mali (RPM), Parti au pouvoir, qui se taille la part du lion avec 703 millions, suivi de l’Adema, avec  268 millions, et de l’URD avec 259 millions.Le montant annuel des Crédits affectés au financement des Partis politiques est divisé en quatre fractions: 15% des crédits alloués sont reversés aux Partis ayant participé aux dernières élections générales (municipales et législatives). 40% sont réservés, proportionnellement, sur la base du nombre de députés obtenus. 35% reversés, proportionnellement, en fonction du nombre de femmes élues.Cette transparence a permis au Mali, depuis l’adoption et la mise en pratique de la loi, le financement occulte des Partis, tout en mettant tous les politiciens au même niveau. Cette situation clarifie le débat politique et permet d’éviter l’arrimage politique, en fonction de viles intérêts alimentaires.
L’utilité du financement des Partis
Au-delà de la lutte contre le blanchiment de capitaux et de la délinquance financière, cela permet un contrôle, d’amont en aval, suivant les règles établies de l’argent public mis à disposition. Et cela aidera beaucoup à revitaliser la démocratie sénégalaise, qui, de plus en plus, s’enfonce dans des deals politiques, n’ayant aucun impact positif sur le vécu des citoyens.Car l’opacité dans laquelle, les États-majors alliés sont entretenus par des fonds supposés provenir des Fonds spéciaux alloués au président, prouvent le degré d’assistanat, dans lequel la majorité de nos hommes politiques vivent. Car, chez cette race de politiciens, il n’est rien d’autre que d’exister non pas par les idées, mais par la panse. La stratégie est simple et cela a concouru à multiplier la création des Partis politiques, qui ont atteint presque le chiffre de 300.La transparence doit être de mise, car l’argent à distribuer appartient aux Sénégalais et ne saurait être « détourné » pour les beaux yeux d’hommes, qui ont juste le mérite de créer un Parti politique, n’ayant ni Siège, encore moins de structure.
Création d’un Organe de contrôle neutre et indépendant
Financer pour financer serait, également, une autre manière de faire du détournement d’objectifs; d’où, l’impérieuse nécessité de mettre sur pied un Organe neutre et indépendant à-même d’assurer la transparence dans les opérations. Il faut, cependant, noter que l’Etat, qui est souvent assimilé au Parti au Pouvoir sous nos Cieux, n’en saurait assurer une quelconque distribution.Des Institutions de contrôle, comme la Cour des Comptes, pourraient aider à donner plus de crédit à un Organe indépendant. C’est à ce titre, et seulement à ce titre, que l’asservissement de certains Partis à celui au Pouvoir pourra cesser, et même permettra d’assainir la dépendance et le clientélisme politique, qui ont fini de prendre en otage l’ensemble de la société sénégalaise.Naissance de nouveaux Instruments de conquête du pouvoir
Mettre sur pied un mécanisme de financement des formations politiques mettra fin au système des Partis « cabines téléphoniques » et autres « Yobaléma » dont les dirigeants ne représentent que leurs intérêts. Ce système mettra fin à la floraison de ces petits Partis créés juste pour devenir des prébendiers et des politiciens à la solde du plus offrant, Une hideuse image du Sénégal !
Supprimer l’hégémonie du Parti sur l’Etat
Il devient urgent, pour la classe politique et principalement pour tout président de la République, d’initier les ruptures attendues. Notamment celle obligatoire de cesser d’être chef de Parti, une fois qu’on est élu chef de l’Etat. Car il est incongru d’être un chef d’État, responsable devant tous les Sénégalais et, en même temps, être un chef de clan. Ne pas mettre fin à cette pratique est synonyme de suspicion, de risques de collision.

Gawlo.net (avec SourceA)

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