Mutinerie

Mutinerie

Certains mots, lorsqu’ils sont prononcés par des militaires hâtivement installés derrière un micro, ne peuvent longtemps dissimuler les intentions de leurs auteurs. En annonçant, lundi 7 janvier avant l’aube, sur les ondes de la Radio-Télévision gabonaise (RTG), la mise en place imminente d’un « conseil national de la restauration », le jeune lieutenant de la garde républicaine Ondo Obiang Kelly n’a pas directement parlé de coup d’Etat. Tous ceux qui ont pu suivre son allocution auront cependant immédiatement compris ses desseins.

Flanqué de deux autres bérets verts tenant leur fusil d’assaut en travers de leur poitrine, le jeune inconnu, se présentant comme le président d’un Mouvement patriotique des jeunes des forces de défense et de sécurité du Gabon, a repris une bonne partie du vocabulaire putschiste. « Nous ne pouvons abandonner la patrie », a-t-il déclaré, jugeant les institutions « illégitimes et illégales » et soulignant que « le jour tant attendu est arrivé où l’armée a décidé de se mettre aux côtés de son peuple afin de sauver le Gabon du chaos ».

« Si vous êtes en train de manger, arrêtez. Si vous êtes en train de prendre un verre, arrêtez. (…) Levez-vous comme un seul homme et prenez le contrôle de la rue », a martelé ce soldat, appelant « tous les hommes du rang et les sous-officiers » à se procurer « armes et munitions » et à « prendre le contrôle » des points stratégiques, comme les édifices publics et les aéroports.

Des coups de feu ont été rapportés dans la matinée autour de la radio nationale, en plein centre de la capitale, Libreville, mais selon les autorités gabonaises, la tentative de coup d’Etat a rapidement tourné court et « la situation est sous contrôle » désormais. D’après un communiqué de la présidence, le chef du commando « a été arrêté ». Les forces de sécurité ont « pris le bâtiment [de la radio] d’assaut, et ont abattu deux membres du commando et libéré les otages ».

Le pays a « perdu sa dignité »

Il reste cependant difficile de rendre compte précisément de la situation du fait de la saturation des lignes téléphoniques et de l’apparente coupure des réseaux sociaux.

Cette première tentative de putsch dans l’histoire de cette république au sous-sol gorgé de pétrole intervient alors que le président Ali Bongo est absent du pays depuis plus de deux mois. Le 24 octobre 2018, l’héritier du clan familial, au pouvoir depuis 1967, avait été victime d’un accident vasculaire cérébral en Arabie saoudite, puis transféré en décembre au Maroc où il poursuit sa convalescence.

Après des semaines d’une communication minimale et des arrangements avec la Constitution pour éviter une vacance du pouvoir, Ali Bongo était réapparu à la télévision nationale pour les vœux du 31 décembre.

L’intervention avait eu le mérite de mettre un terme aux rumeurs sur sa mort, sans rassurer pleinement sur son état de santé. Les militaires qui ont investi la radio publique n’ont en tout cas pas été convaincus. Dans leur communiqué, ils estiment que « le message du chef de la nation visant à clore le débat sur sa santé a plutôt renforcé les doutes sur sa capacité à assumer la fonction de président de la République ».

L’entourage d’Ali Bongo a organisé une mise en scène avec un président « malade et dépourvu de plusieurs de ses facultés physiques et mentales », dénoncent-ils, évoquant le « spectacle désolant » d’un pays « qui a perdu sa dignité ».

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