Des chercheurs sénégalais, américains, et guinéens, ont mis au point un test rapide contre Ebola

Des chercheurs sénégalais, américains, et guinéens, ont mis au point un test rapide contre Ebola

Des chercheurs américains, sénégalais et guinéens ont mis au point un test rapide, mais imparfait, qui permet d’identifier le virus en moins de trente minutes.

Fièvre, fatigue, nausées ou vomissements… En Afrique subsaharienne, lorsqu’un médecin est face à ces symptômes, il pense immédiatement au paludisme, une parasitose transmise par les moustiques. Mais ces signes peuvent aussi annoncer une maladie plus terrible: la fièvre hémorragique Ebola. Des similitudes qui peuvent induire les soignants en erreur. C’est ainsi qu’au début de l’épidémie d’Ebola de 2014, en Afrique de l’Ouest, de nombreux malades ont été diagnostiqués, à tort, comme étant atteints du paludisme. Le virus Ebola a alors pu se répandre durant des mois sans que les autorités ne soient alertées, et provoquer la plus grave épidémie depuis sa découverte, en 1976.

Pour éviter que ce scénario ne se répète, des chercheurs américains, sénégalais et guinéens ont mis au point un test capable de détecter en moins de trente minutes ces infections, contre une à quatre heures avec les méthodes classiques de diagnostic, appelées PCR. C’est la première fois qu’un test immunologique rapide est conçu pour distinguer ces différents agents infectieux simultanément grâce à un seul échantillon de sang. «Rechercher ces pathologies endémiques dans un même test est pertinent car les co-infections sont fréquentes dans cette région du monde, soulève le Dr Sylvain Baize, responsable du Centre national de référence des fièvres hémorragiques virales (Lyon).

Outre la rapidité du test, les auteurs de l’étude parue dans Science Translational Medicine soulignent que leur technologie fonctionne sous température élevée et forte humidité. Elle n’a pas non plus besoin de prise d’électricité grâce à sa batterie, qu’il faut tout de même recharger.

«On ne peut pas se passer des méthodes classiques de diagnostic, même si cela prend trois ou quatre heures, car c’est la seule méthode fiable à 100 %» 

Karin Huster, responsable du centre de transit de Médecins sans frontières à Béni, en RDC

L’évaluation du test a été pratiquée sur des échantillons de sang collectés et stockés au Sénégal et en Guinée. Celle-ci montre que le test prédit avec 100 % d’exactitude que des malades atteints du paludisme sont bel et bien infectés et avec 99 % de précision que des volontaires sains ne sont pas porteurs du parasite. S’agissant d’Ebola, le test fait moins bien: 90 % des patients atteints sont testés positifs, et plus de 97 % des volontaires en bonne santé ont des résultats négatifs.

«Ces performances sont légèrement moins bonnes que celles des tests rapides actuellement utilisés pour diagnostiquer Ebola. On risque de passer à côté des patients infectés depuis peu de temps ou au contraire de ceux en phase tardive, mais aussi des cas peu sévères, explique Sylvain Baize. Par ailleurs, quelques patients non atteints d’Ebola présentent des résultats positifs, ce qui signifie qu’ils pourraient être hospitalisés en CTE et entrer en contact avec des personnes vraiment souffrantes. Dans le cas d’une maladie comme Ebola, on ne peut pas se le permettre.»

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Une critique que partage Karin Huster, responsable du centre de transit de Médecins sans frontières (MSF) à Béni, en République démocratique du Congo (RDC), où sévit actuellement la deuxième plus grave épidémie d’Ebola. Depuis le 1er août dernier, plus de 330 personnes sont mortes. Au total 560 cas, dont 512 confirmés, ont été identifiés, selon les dernières données du ministère congolais de la Santé. «Notre centre a pour seul objectif d’identifier les patients positifs à Ebola, pour les transférer le plus vite possible au CTE, et les personnes non infectées afin de limiter le risque de transmission mais aussi de leur apporter les soins appropriés. Et pour faire ce tri, on ne peut pas se passer de la PCR, même si cela prend trois ou quatre heures, car c’est la seule méthode fiable à 100 %», explique-t-elle.

Toutefois, cette infirmière humanitaire entrevoit déjà l’intérêt de ces tests sur des terrains difficiles, où aucun laboratoire ne peut réaliser la PCR, faute d’équipement ou de biologistes formés. «En zone reculée, ces tests pourraient être utiles, hors période d’épidémie, pour faire de la surveillance et être alerté dès les premiers cas», décrit Karin Huster. «Mais ils doivent être mis dans les mains de personnels formés car aucun test n’est infaillible», insiste le Dr Baize.

Lors de l’épidémie d’Ebola de 2014, un patient sur cinq pris en charge en Centre de traitement Ebola (CTE) souffrait aussi du paludisme.»

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