Titulaire de la chaire de cardiologie à la faculté de médecine de l’Université Cheikh Anta Diop, président de la société sénégalaise de cardiologie et chef du service de cardiologie du centre hospitalier universitaire Aristide Le Dantec, le Pr Serigne Abdou Bâ a fait un exposé sur l’hypertension artérielle et l’accident vasculaire cérébrale (Avc). Dans la catégorie des maladies cardiovasculaires, révèle le Pr, l’Avc est la deuxième cause de mortalité dans le monde. L’hypertension artérielle est le premier facteur de risque d’AVC.

Professeur, comment peut-on définir l’hypertension artérielle ?

L’hypertension artérielle peut être définie comme une élévation anormale de la pression du sang dans les artères. Le cœur reçoit du sang par des canaux appelés veines et il distribue ce sang dans les différentes parties du corps par des canaux appelés artères. La pression sanguine à l’intérieur de ces canaux artériels ne doit être ni trop élevée ni très basse. Il ne faut pas que les chiffres soient supérieurs ou égaux à 140 mm Hg pour la maximale et 90 mm Hg pour la minimale. C’est une maladie chronique dont la fréquence augmente dans notre pays. C’est une maladie qui détériore les organes de notre corps. Et les trois organes les plus atteints sont le cœur, le rein et le cerveau

Elle fait partie des maladies non transmissibles et cause de nombreux décès. Qu’est-ce qui favorise cette pathologie ?

On distingue deux types d’hypertension artérielle. L’hypertension artérielle primaire ou essentielle qui représente environ 95% des cas. Elle n’a pas de cause évidente. L’hypertension artérielle essentielle apparait le plus souvent à partir de 40 ans chez des patients présentant des antécédents familiaux d’hypertension artérielle. Elle est associée à d’autres facteurs de risque cardiovasculaire. Les principaux facteurs de risque sont l’âge avancé, l’hérédité, l’obésité, le tabagisme, l’abus d’alcool, la sédentarité et le stress. Une forte consommation de sel est également associée à une élévation de la pression artérielle. L’hypertension artérielle secondaire peut résulter d’un problème de santé d’ordre rénal, endocrinien ou lié à une anomalie congénitale de l’aorte. Elle touche le plus souvent le sujet jeune. Comment se manifeste-t-elle ? En général, l’hypertension artérielle est le plus souvent asymptomatique (c’est-à-dire absence de signes fonctionnels). Elle est fréquemment découverte au cours d’un examen médical de routine. Lorsque le médecin découvre une hypertension artérielle dans son cabinet, il la contrôle à plusieurs reprises dans différentes conditions : repos, position assise, position couchée et aux deux bras pour s’assurer de sa permanence. Le médecin peut également s’aider d’autres moyens de mesure de la tension artérielle tels que la mesure ambulatoire de la pression artérielle (MAPA) et l’auto mesure de plus en plus utilisées avec des résultats plus fiables. Cependant, certains signes font suspecter une hypertension artérielle : des maux de tête, des vertiges, des bourdonnements d’oreille, des troubles visuels, des saignements du nez, une fatigue, des crampes musculaires… qui peuvent amener le patient à consulter un médecin.

Est-elle favorisée par l’alimentation ?

Oui, l’alimentation joue un grand rôle dans la survenue de l’hypertension artérielle. Il a été démontré que la consommation excessive de sel entraine une accumulation d’une grande quantité d’eau dans l’organisme, ce qui favorise l’élévation de la pression artérielle. Avec le temps, une consommation excessive d’alcool s’accompagne d’une élévation de la pression artérielle. Il est déconseillé de dépasser trois verres de vin par jour pour l’homme et deux verres de vin par jour pour la femme.

Que faut-il faire pour éviter la maladie ?

Il s’agit d’adopter une hygiène de vie et de bons comportements alimentaires. Il faut transmettre de bons messages publicitaires sur l’alimentation. En effet, les aliments industriels comme les bouillons, la charcuterie et la pâtisserie sont le plus souvent délétères car ils contiennent une quantité importante de sel. Il faut donc privilégier une alimentation saine et équilibrée avec des produits naturels et locaux, tout en modérant la quantité de sel que nous mettons dans nos cuissons. Il est conseillé d’éviter les aliments trop gras et trop sucrés et de privilégier les fruits et les légumes. Il faut éviter ou arrêter la consommation d’alcool et de tabac. Il faut pratiquer une activité sportive régulière et raisonnable en privilégiant les sports d’endurance et de relaxation tels que la marche, la bicyclette et la natation. Il faut également éviter le stress psychique.

Comment l’hypertension parvient-elle à provoquer l’accident vasculaire cérébral (AVC) ?

L’AVC est la deuxième cause de mortalité au monde, dans la catégorie des maladies cardiovasculaires. L’hypertension artérielle est le premier facteur de risque d’AVC. En effet, l’élévation de la pression artérielle favorise la formation d’un caillot de sang qui bouche une artère du cerveau et entraine un arrêt brutal de la circulation du sang dans une zone du cerveau. Dans ce cas, on parle d’AVC ischémique. Elle peut favoriser également une déformation de l’artère appelée anévrisme dont la rupture entraine une hémorragie, on parle alors d’AVC hémorragique. Le tableau clinique se manifeste par une paralysie d’une partie du corps, une perte de la parole, voire un coma.

En cas d’AVC, qu’est-ce qu’il faut faire?

L’AVC est une urgence médicale. En cas d’AVC, il faut conduire le malade le plus tôt possible à l’hôpital dans un service de cardiologie ou de neurologie pour qu’il puisse bénéficier des premiers soins. Ensuite il faut identifier la cause de l’AVC et la prendre en charge. Il faut disposer d’un scanner cérébral le plus rapidement possible pour pouvoir déterminer le type d’AVC. L’AVC peut être ischémique ou hémorragique. La prise en charge dépend du type d’AVC. Une rééducation sera proposée au patient et se fera par paliers et de manière progressive. Cette rééducation permettra d’améliorer la mobilité du patient. Il faut également prendre en charge les facteurs de risque cardiovasculaire de ce patient pour éviter la récidive de l’AVC.

Gawlo.net (L’As)