LE SOCIOLOGUE DJIBY DIAKHATÉ SUR L’IMPLICATION DES CHEFS RELIGIEUX DANS LA SPHÈRE POLITIQUE : «Les chefs religieux doivent se situer à équidistance des camps politiques; sinon…»

LE SOCIOLOGUE DJIBY DIAKHATÉ SUR L’IMPLICATION DES CHEFS RELIGIEUX DANS LA SPHÈRE POLITIQUE : «Les chefs religieux doivent se situer à équidistance des camps politiques; sinon…»
C’est un secret de polichinelle de dire que les hommes politiques partagent, de plus en plus, le terrain politique avec les chefs religieux. Certes, aucun texte n’interdit l’implication de ces derniers au jeu politique du seul fait qu’ils sont des citoyens libres de penser et de militer à la formation politique de leur choix. Mais il se trouve que, selon le Sociologue Djiby Diakhaté interrogé par SourceA, les chefs religieux, au lieu d’être porteurs d’un projet politique et d’appeler à adhérer audit projet, s’arrogent le plein droit de militer à une formation politique de leur choix. Cette posture menace la cohésion sociale, en ce sens que dit-il, «les chefs religieux, étant des régulateurs sociaux, doivent se situer à équidistance des camps politiques; sinon, ils ne sauraient jouer le rôle d’amortisseur qui leur est assigné par la société».
D’après le sociologue Djiby Diakhaté, les chefs religieux sont considérés dans nos sociétés traditionnelles comme des amortisseurs sociaux bénéficiant du respect de tous. Rôle qu’ils ont hérité, dit-il, des personnes les plus âgées qui avaient une crédibilité communautaire, qui leur permettait de jouer le rôle de régulateurs sociaux. Ainsi, M. Diakhaté explique que ces suppléants des patriarches traditionnels ont la lourde tâche de faire en sorte que les conflits, que connaissent nos sociétés, n’atteignent pas certaines proportions dans les Communautés. Poursuivant, il fait savoir que, pour assurer, pleinement, ce rôle d’amortisseur social, il faut nécessairement qu’ils se situent «à un niveau Méta catégorielle, qui leur permet de développer une solidarité trans-catégorielle, c’est-à-dire être au-delà des clivages catégoriels, en mettant les gens côte-à-côte et non face-à-face».
«Le militanisme maraboutique pose problème…»
L’entretien accordé au Sociologue de rang a, également, été le cadre privilégié pour Djiby Diakhaté de décortiquer sa conviction. En effet, si l’on s’en tient à ses dires, aujourd’hui, le militanisme maraboutique pose un réel problème», en ce sens, enseigne-t-il, lorsqu’un marabout, qui devait être à équidistance des camps politiques, se trouve embarqué dans une formation politique de son choix, «il lui sera difficile de jouer son rôle d’arbitre ou d’acteur neutre». Dans la même veine, l’invité de SourceA, qui tente de convaincre les plus sceptiques, convoque le sport pour étayer ses propos. En effet, Djiby Diakhaté soutient que: «Comme en sport, il y a un arbitre de l’arbitre. Et dans la société, l’arbitre c’est la justice et les chefs religieux sont les arbitres de ces arbitres». Pour ainsi mettre l’accent sur le fait que ces hommes de foi doivent assumer leur neutralité.
«Soit, le chef religieux est porteur d’un projet politique, soit il se situe à équidistance des formations politiques»
Comme mentionné ci-haut, les chefs religieux, comme la loi le leur confère, ont la latitude de s’inviter dans le jeu politique. Mais, pour le sociologue, deux possibilités s’offrent à eux pour rester dans les normes sociales. Il s’agit, premièrement, d’être porteur d’un projet politique et d’appeler tout le monde à adhérer à son projet politique, en étant militant d’une autre formation politique. Ou, alors, le marabout se situe à équidistance des Partis politiques.
«Ces une menace à la cohésion sociale…»
A vrai dire, Djiby Diakhaté ne kiffe pas l’implication des chefs religieux dans la sphère politique. Car, insiste-t-il, ce sont, eux-mêmes, qui doivent alerter sur les tensions au sein de la société. Donc, il dit rester convaincu que ces régulateurs sociaux ne sauraient jouer leur rôle, en roulant pour un bord politique quelconque. «S’ils sont dans l’opposition, on va dire qu’ils exagèrent et s’ils sont avec le pouvoir, on va considérer qu’ils sont des traitres», affirme notre interlocuteur qui enchaine: «des confréries ont toujours travaillé dans le sens de fonctionner comme une grande famille, qui intègre plusieurs membres. S’il y a des clivages au sein de cette confrérie, il peut y avoir des déchirures. Malheureusement, on a rencontré ce type de déchirure dans les confréries, simplement, parce qu’une partie de la famille peut ne pas suivre le marabout dans son choix politique». Pour clore ce chapitre, le sociologue estime que, «c’est une menace à la cohésion sociale de voir que les chefs religieux choisissent leur camp politique, alors qu’ils incarnent un point de convergence».
«C’est une mauvaise image pour les jeunes…»
De l’avis du Sociologue, il y a une autre conséquence due à l’appartenance des religieux à un bord politique. En effet, selon Djiby Diakhaté, «il s’agit là, d’une mauvaise image donnée aux jeunes qui se disent que le seul repère, qui n’est pas ébranlé par les secousses de la mondialisation, c’est les marabouts. Dès lors, il ne faut pas que ce repère s’effrite. De plus, prévient le sociologue, le Sénégal a une réputation légendaire d’être un pays, relativement, stable. Donc, les marabouts doivent se rendre compte, qu’ils doivent jouer le rôle d’équilibre pour que notre pays ne connaisse pas des conflits ou des coups d’État, comme dans la sous-région».
Gawlo.net (SourceA)

Categories: OPINION
Tags: DIAKHATE, Djiby

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