Kalidou Diallo, ancien ministre de l’Éducation : «Les professeurs que j’affectais à Matam démissionnaient pour aller dans le privé»

Kalidou Diallo, ancien ministre de l’Éducation : «Les professeurs que j’affectais à Matam démissionnaient pour aller dans le privé»
Pour arrondir les fins de mois, beaucoup d’enseignants n’hésitent pas à aller dispenser des cours dans les écoles privées, un,e pratique pourtant formellement interdite par la loi 61-33 de 1961 qui régit l’éducation. Pour empêcher les enseignants de mener une autre activité parallèle, Kalidou Diallo, alors ministre de l’Éducation, avait procédé à un changement des textes.
Les enseignants, comme beaucoup d’autres Sénégalais, ne se limitent pas souvent à leur seul emploi. les instituteurs et professeurs ont tendance à dispenser des cours dans d’autres écoles, notamment celles du privé et/ou à domicile. Certains y vont même jusqu’à créer leur propre école. Pour l’ancien ministre de l’Éducation, Kalidou Diallo, la loi 61-33 de 1961 qui régit l’éducation interdit aux enseignants d’exercer un autre travail, c’est-à-dire d’aller dispenser des cours dans des écoles privées, sans une autorisation d’office. Pour le ministre, il existe ce qu’on appelle l’autorisation d’enseigner dans le privé. Celle-ci est souvent donnée aux étudiants qui veulent enseigner et être sous couvert de l’État. «Mais un enseignant recruté par l’État du Sénégal ne peut pas enseigner ailleurs. C’est pour cette raison que j’avais sorti une circulaire qui rappelait ce principe», a dit le ministre de l’Éducation sous Abdoulaye Wade. Il souligne même que l’actuel ministre a rappelé cela l’année dernière au moment où les enseignants étaient en grève. Serigne Mbaye Thiam avait sorti le décret 73-737 du 7 août 1973 et 75-373 du 7 avril 1975, ainsi que la lettre sur l’interdiction des cours privés payants, établis par les textes législatifs et règlementaires. Il avait rappelé également, par lettre numéro 004465/MEPEMSLN/SG/DEMS G du 15 septembre 2010, la réfutation de cette pratique qui va à l’encontre des principes d’équité et d’égalité des chances. Dans le chapitre «les obligations liées à l’exercice du fonctionnaire», notamment obligation d’honnêteté et de probité, il est interdit à tout enseignant d’exercer à titre professionnel une autre activité privée lucrative de quelque nature que ce soit.
 
«Les jeunes professeurs exigeaient d’être laissés à Dakar»
Selon lui, les enseignants qui sont bien payés dans les écoles privées ne perdront plus du temps à aller en grève pour des primes qu’ils considèrent comme des miettes. L’ancien ministre et professeur d’histoire à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar raconte qu’en son temps, les professeurs de mathématiques qu’il affectait à Matam ou à Kédougou démissionnaient sur le champ. Il souligne qu’une fois dans ces zones, ces jeunes professeurs n’auront pas la possibilité de dispenser des cours particuliers. Kalidou Diallo, qui ne cessait d’aller en guerre contre ces enseignants spécialistes du «khar matt», avait également supprimé un avantage que l’ancien ministre Mustapha Sourang avait donné aux enseignants qui étaient toujours à la Fac. Il explique que ces étudiants, en plus d’être boursiers et en licence, étaient recrutés comme vacataires par le ministre Sourang. Ils exigeaient d’être laissés à Dakar pour pouvoir enseigner dans le privé. «C’est moi qui ai supprimé cela, mais j’ai eu des problèmes par la suite, car j’étais obligé de recruter des professeurs titulaires du Bac», rappelle-t-il. C’est à la suite de cela qu’il a changé les textes. Car, estime-t-il, il y avait un rapport de force. «Les responsables des écoles privées gagnent doublement, parce qu’ils ne paient pas l’impôt, ils ne cotisent pas à la Caisse de Sécurité Sociale, ils ne recrutent pas et bénéficient de l’appui des enseignants du public qui sont plus rigoureux dans le privé que dans les écoles de l’État», lance-t-il.
Gawlo.net (avec L’As)
Categories: OPINION
Tags: DIALLO, Kalidou

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