EL HADJI DIOUF: Une carrière riche mais une reconversion en dents de scie…

EL HADJI DIOUF: Une carrière riche mais une reconversion en dents de scie…

El Hadji Ousseynou Diouf, qui a commencé à jouer comme gardien de buts, avant de se transformer en attaquant, avec Jules François Bocandé comme modèle, a eu une carrière brillante, marquée par des hauts et des bas et surtout couronnée de deux ballons d’or africains.
À 13 ans, il se fait remarquer à Dakar lors de la Semaine de la jeunesse. Un an plus tard, il  débarque au RC Lens, mais l’expérience échoue après douze jours de stage. Ayant rejoint le FC Sochaux, le Sénégalais montre vite l’étendue de ses qualités, aux côtés de futurs professionnels comme Kamel Meriem, Frau, Pedretti  et Daf. Le 11 novembre 1998, à peine dix-sept ans, il débute en D1 contre le SC Bastia  (2-1) puis participe à quinze rencontres durant la saison. À l’été 1999, le Stade rennais  le recrute contre 5,35 M€. Il y joue 28 matchs et marque 1 but. Son passage en Bretagne  sera surtout marqué par un accident de la circulation en mars 2000. Diouf conduisait sans permis et ce qui lui avait valu de comparaître devant un tribunal. La vie de «Bad Boy» qu’il a longtemps traîné venait de débuter. La même année, il signe son retour au RC Lens et marque 8 buts en 28 matchs durant la saison 2000-2001, devenant le meilleur buteur du club cette saison-là. Il est cependant exclu de l’équipe professionnelle pendant un mois après avoir reçu un carton rouge contre le RC Strasbourg. En fin de saison, l’option d’achat est validée par le club lensois pour 5,34 millions d’euros. Il fait sa meilleure saison en 2001-2002 avec 10 buts en 26 matchs (ainsi que plusieurs passes décisives), faisant partie des meilleurs joueurs de Ligue 1 de la saison.

La Can et le Mondial 2002 : Quand Diouf se révèle à l’Afrique et au monde entier
Cependant, il doit partir pour la Can 2002. Durant son absence, l’équipe lensoise est irrégulière et se fait remonter 6 points par Lyon. Diouf est au sommet de sa carrière et ses prestations lors de la Coupe du monde 2002 le révèlent aux yeux de tous les grands clubs européens. En 2002, Liverpool  le rachète pour 18,5 M€. Un joli coup car le contrat a été signé avant que Diouf ne brille en Coupe du monde. Pour son 1er match, en amical, il marque deux buts. Mais sa 1ère saison n’est pas un succès, avec seulement 3 buts. Néanmoins, il remporte la League Cup où il marque 3 buts. La seconde saison est cauchemardesque. Ses relations avec Gérard Houllier, son coach d’alors,  se détériorent au point qu’il refuse de s’entraîner. Il ne marquera aucun but lors de cette saison 2003-2004. Diouf renforce son image de « Bad Boy» avec ses problèmes comportementaux (multiples crachats, accident de voiture sans permis de conduire) et le fait que le nouvel entraîneur de Liverpool décide de ne pas le faire jouer poussent l’encadrement des Reds à le prêter pour la saison 2004-2005 aux Bolton Wanderers.  Avec eux, Diouf renait et fait une saison correcte avec 9 buts. Son prêt se transforme en transfert en fin de saison. Diouf a vécu une saison en demi-teinte en 2005-2006 (3 buts) avec Bolton. Passant plusieurs fois sur le billard après son retour de blessure, il ne semblait pas faire beaucoup d’effort pour revenir à son meilleur niveau, soulevant la colère de son coach Sam Allardyce. Lors de la saison 2006-2007, en duo avec le Français Nicolas Anelka, il marque 5 buts et fait 6 passes décisives. Au cours de la saison 2007-2008, il marque 4 buts. Les Wanderers évitent la relégation et terminent 16e.
Le 28 juillet 2008, El-Hadji Diouf s’engage avec Sunderland de Roy Keane pour 4 ans. Mais les choses se passent mal pour Diouf, il ne marque pas et se dispute même avec ses coéquipiers.  Sur le départ, il signe le 30 janvier  2009  à Blackburn, sous les ordres de son ancien entraîneur à Bolton, Sam Allardyce. En janvier 2011, il est prêté aux Glasgow Rangers. Il remporte la Coupe de la Ligue écossaise de football  et le championnat écossais 2011 malgré une relation détestable avec les supporters. Au bout de sept matchs, il a déjà déchiré et jeté son maillot au sol. Le 1er septembre 2011 il rompt son contrat le liant à Blackburn. El-Hadji Diouf est mis à l’essai par West Ham United, mais après une semaine d’entrainement avec les Hammers, Diouf n’est pas conservé et aucun contrat ne lui est proposé. En octobre 2011, Doncaster (D2 anglaise) lui tend la perche pour trois mois. Puis il rempile pour 18 mois. À l’issue de la saison, Doncaster  est relégué en 3ème division. Diouf termine meilleur buteur (6) et 2e meilleur passeur (5) du club en 22 matchs.  Libre de tout contrat, El-Hadji Diouf s’engage avec Leeds United  le 11  août  2012 6. Le 16 mai 2014, il est libéré par le club. Pour clore sa carrière, il signe en novembre 2014, un contrat avec le club de Sabah FA  en Malaisie. Il est nommé capitaine et entraîneur-adjoint. Une belle brèche pour sa reconversion, mais il n’en profitera pas.

Diouf «prophète» en sélection
Il connaît sa 1re sélection avec le Sénégal le 23 avril 2000 face au Bénin (victoire 1-0). Durant les éliminatoires de la Can  et la Coupe du monde de football 2002, il permet au Sénégal de se qualifier pour sa 1ère Coupe du monde en finissant 2e meilleur buteur des éliminatoires avec 9 buts. Cette performance lui vaut le Ballon d’or africain  2001. Le Sénégal échoue en finale de la Can 2002  face au Cameroun aux tirs aux buts. Diouf est élu meilleur joueur de la compétition. Il a connu son heure de gloire lors de la Coupe du monde de 2002  lorsque les Lions de la Teranga atteignent les quarts de finale de la compétition contre la Turquie ; chose qu’une seule équipe africaine avait jusque-là réussie (le Cameroun en 1990). Durant cette Coupe du monde, l’enfant de Saint-Louis et ses coéquipiers Khalilou Fadiga  et Henri Camara  explosent aux yeux du monde. Le Lensois impressionnant tout le monde de par ses dribbles, sa technique et son aisance sur le terrain. Diouf est classé 7e au classement des meilleurs joueurs de la Coupe du monde 2002 derrière le trio de tête Oliver Kahn, Ronaldo  et Hong Myung-Bo, et choisi parmi les 23 de la All-Star Team de cette Coupe du monde et gagne à nouveau le Ballon d’or africain (2002). Il est actuellement le seul joueur sénégalais à avoir remporté le Ballon d’or africain. Lors de la Can 2004, blessé, lui et le Sénégal se font éliminer en quarts face au futur champion, la Tunisie. Mais alors qu’on l’attendait à la Can 2006, il ne marqua aucun but avec le Sénégal qui finira 4e. Il joue seulement 3 matchs, dont un plein (contre le Zimbabwe). La Can 2008 n’est pas une réussite pour Diouf et son équipe, alors que le Sénégal faisait partie des favoris. Ils se font éliminer dès le 1er tour ; Diouf faisant encore des siennes en faisant une sortie nocturne avec 2 joueurs de l’équipe dans des bars, juste avant le dernier match face à l’Angola.

Retraite internationale
Le 1er avril 2009, El-Hadji Diouf annonce sa retraite internationale. Mais la nouvelle ne crée que très peu de réactions au Sénégal, certains croyant à une blague, d’autres croyant qu’il s’agit d’un autre coup de bluff de Diouf. En octobre 2007, Diouf, alors capitaine du Sénégal, avait annoncé sa retraite internationale tout en critiquant la gestion de l’équipe nationale. Il était ensuite revenu sur sa décision, après une lettre d’excuse à la Fédération. Mais Amara Traoré  qui a hérité du banc des Lions ne le sélectionnera pas. Mais à la suite de la Can  2012 catastrophique du Sénégal, éliminé au premier tour, avec aucune victoire alors que l’équipe faisait partie des favoris, et de la défaite face à la Côte d’Ivoire en match de qualification de la Can  2013 (4-2), Diouf, qui purgeait une interdisait d’équipe nationale pour cinq ans, a vu cette sanction levée par la Fédération sénégalaise de football. Ses espoirs pour une convocation au match retour sont déçus par le sélectionneur intérimaire Joseph Koto. Même si Diouf clame toujours son envie de retrouver l’équipe nationale, Alain Giresse, le nouveau sélectionneur des Lions, déclarera qu’El-Hadji Diouf n’entrait pas dans ses plans et qu’on ne pouvait pas «jouer au football jusqu’à 50 ans», nuançant tout de même ses propos en ajoutant qu’il «est sélectionnable, parce qu’il ne faut jamais fermer la porte à quelqu’un qui est toujours en activité et qui ne s’est pas mis à la retraite».

Que sont devenus ses collègues de 2002
Tony Sylva est actuellement en charge de la préparation des gardiens de but dans le staff de la sélection nationale. Ferdinand Coly s’est reconverti dans l’agriculture où il exploite ses champs et autres vergers, en plus de s’activer dans le commerce du poisson et de l’immobilier sur la Petite Côte sénégalaise. Pape Malick Diop  est rentré au Sénégal après sa carrière avant de retourner en France, il y a près de deux ans, pour passer ses diplômes d’entraîneur. Lamine Diatta, agent de joueurs et aussi coordinateur de la sélection nationale depuis l’arrivée d’Aliou Cissé au poste d’entraîneur national. Omar Daf, parallèlement à ses fonctions de coach au FC Sochaux (réserve), assure des piges avec la sélection nationale sénégalaise comme adjoint d’Aliou Cissé. Papa Bouba Diop a aujourd’hui pris sa retraite et vit à Arras, près de Lens avec sa famille. Après une carrière bien remplie en Angleterre, il gère ses affaires notamment ses biens immobiliers à Dakar et se fait très discret. Il est cependant en train de travailler sur des projets à mettre en œuvre dans sa ville d’origine de Rufisque. Salif Diao a fait du scouting pour son dernier club anglais et a lancé à Dakar un centre de formation de football à but humanitaire (Sport 4 Charity). Il est très actif dans le social et très sollicité par de nombreuses organisations humanitaires intervenant au Sénégal. Moussa Ndiaye qui a définitivement mis fin à sa carrière à la suite d’une blessure récurrente au genou est actuellement l’entraîneur de l’équipe de sa localité l’US Parcelles Assainies. Khalilou Fadiga, le «gaucher magique» a plusieurs cordes à son arc de reconversion. Conseiller marketing du président de la Fédération sénégalaise de football (Fsf), il est aussi ambassadeur pour la jeunesse du Président Macky Sall, et gère ses affaires dans le négoce et l’immobilier. Consultant pour beIN Sports à Doha lors des grandes rencontres africaines, il l’est aussi sur une chaîne belge durant les rencontres européennes. Il a intégré depuis près d’un an la commission technique de la Confédération africaine de football (Caf). Habib Bèye est devenu un des consultants phares de la chaine de télévision Canal+. Henri Camara (2ème division grecque) et Souleymane Camara (Montpellier) sont encore en activité, Sylvain Ndiaye s’est quant à lui reconverti dans l’industrie du luxe en Espagne. Alassane Ndour s’occupe de son association les «marmites du cœur». Les deux gardiens remplaçants Omar Diallo (Diambars) et Kalidou Cissokho (Dakar Sacré-Cœur) travaillent avec deux clubs du pays. Makhtar Ndiaye (Rennes) et Pape Sarr (Saint-Etienne, Lens) sont restés aussi en France, sans grandes nouvelles. Pape Thiaw (FC Metz, Strasbourg) a été récemment aperçu à Toulouse après avoir évolué sur l’île de la Réunion dans un club du championnat local où il vient d’obtenir son diplôme d’entraineur. Amdy Faye est resté en Angleterre après sa carrière et évolue en marge du football. Aliou Cissé, l’ancien capitaine de la bande à Bruno Metsu a connu une reconversion vertigineuse. Parachuté au poste d’entraîneur de la sélection nationale sénégalaise après la bérézina de la Can  2015, et après une petite pige de quelques mois avec l’équipe olympique lors des JO de Londres en 2012 et la sélection A’. Il avait auparavant connu une courte expérience d’entraîneur adjoint de Louhans-Cuiseaux. L’ancien sociétaire du LOSC, du PSG et de Montpellier est l’actuel sélectionneur de l’équipe nationale du Sénégal.

La reconversion d’El Hadji Diouf en question
El Hadji Ousseynou Diouf, quant à lui essaie de trouver sa voie dans le jeu politique sénégalais. Nommé ambassadeur itinérant  par le président de la République, cela ressemble à une perche tendue à une ancienne star en chute libre. Depuis, Diouf multiplie les sorties politiques en faveur de ce dernier et se découvre de nouvelles ambitions, notamment celle de gérer la municipalité de Saint-Louis, dont il est originaire. Avec un mouvement en collaboration avec Yatma Diop, Salif Diao et Diamil Faye, entre autres, il a essayé de briguer la présidence de la Fédération sénégalaise de football. Un fiasco total ! Il ne savait sûrement pas que ce sont les clubs qui votent et qu’on ne peut pas être président d’une fédération sans être président ou membre d’un club. Sans base, il est passé inaperçu avec ses compagnons devant Augustin Senghor, défié par Mbaye Diouf Dia et Louis Lamotte qui n’ont pas, eux non plus, fait le poids. Il a été aussi récemment l’un des ambassadeurs de la campagne de Maroc 2026. Là aussi ce fut un échec. Actuellement, El Hadji est partout ! Depuis la fin de la Coupe du monde, son sport favori est d’investir la presse, pour tirer sur son ex coéquipier Aliou Cissé et sur la  Fédération sénégalaise de football, réclamant leurs têtes

Diouf peut-il faire mieux que Cissé ou Senghor ?
El Hadji Ousseynou Diouf appelle le chef de l’Etat Macky Sall à organiser des concertations nationales pour sauver le football sénégalais de «la disette dans laquelle il se trouve depuis une éternité». Certes le Sénégal n’a pas gagner de Can  et n’a pas dépasser le cap des quarts de finale à la Coupe du monde, mais ça ne date pas d’aujourd’hui. Même avec lui, au sommet de son art, le Sénégal n’a rien gagné. Aujourd’hui, alors qu’il n’a aucun diplôme d’entraîneur, aucune expérience de la direction, ne serait-ce que d’un club, c’est curieux de le voir lorgner avec insistance les fauteuils de Cissé et Senghor. Un bel amalgame d’ailleurs !

Diouf, arrêtez de critiquer à tort et à travers et donnez-vous les moyens de vos ambitions et prétentions
Tous ces gens à qui El Hadji Diouf s’attaque ont une belle longueur d’avance sur lui. Certains ont fait des études supérieures et des formations académiques qui les prédestinent à leurs postes et d’autres, comme Cissé, ont acquis des diplômes d’entraineur. Pourtant ? au terme de sa carrière, Diouf avait annoncé qu’il aller faire des études et se reconvertir en entraineur, sans suite. Actuellement, pour espérer diriger une institution, il faut compter sur des diplômes au moins de management. Après plusieurs recherches, El Hadji Diouf n’est diplômé en rien même pas un Cfee. Pourtant, ses anciens coéquipiers lui ont suffisamment montré la voie à suivre.

Mais, hélas, Diouf, qui se considère toujours comme une star du football et se comporte en jeune de 20 ans, préfère continuer à surfer sur les vagues trop affaiblies de son succès déjà très lointain…

Gawlo.net (Les Echos)

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