Dettes publiques : La Senelec dans une zone de turbulence

Dettes publiques : La Senelec dans une zone de turbulence
L’État et ses différents démembrements doivent plus de 235 milliards FCfa à la Senelec, soit plus de la moitié de son chiffre d’affaires (400 milliards FCfa). Le Syndicat autonome des travailleurs de l’électricité (Satel) a sonné l’alerte hier, craignant des délestages sous peu.
Populations de Dakar, attendez-vous au pire ! A la pénible corvée quotidienne d’eau, devraient s’ajouter les délestages, que les habitants de la capitale pourraient, sous peu, subir. A moins que l’État daigne éponger ses dettes vis-à-vis de la Société nationale d’électricité (Senelec). Le chiffre d’affaires de 400 milliards FCfa par an depuis l’arrivée de Mouhamadou Mactar Cissé, aurait pu permettre à la Senelec de continuer à fournir, sans discontinuité, de l’électricité aux populations. Les  mauvais payeurs risquent de mettre cette société dans une situation inconfortable. Les révélations du Secrétaire général du Syndicat autonome des travailleurs de l’électricité (SATEL), Souleymane  Souaré, font froid dans le dos. La manne financière est énorme. «Tous les efforts et sacrifices du Directeur général Mouhamadou Mactar Cissé et du personnel de Senelec risquent d’être annihilés, parce que l’État et ses démembrements doivent plus de 235 milliards FCfa à Senelec», a-t-il révélé. Toute cette dette est contractée par l’État et ses différents démembrements. Le patron du syndicat détaille: «L’État doit 26 milliards FCfa de dette échue à Senelec sur un total de 35 milliards FCfa, les collectivité locales 36 milliards FCfa. Les hôpitaux, les universités… ne payent pas, 582 millions FCfa de débours. Le remboursement de la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) s’élève à 90 milliards FCfa. La compensation tarifaire, qui n’est pas une subvention, s’élève à 104 milliards FCfa», a expliqué Souleymane Souaré. Pour la compensation tarifaire, c’est l’État qui décide de soutenir les tarifs pour éviter la hausse du prix de l’électricité. La Senelec, en dépit de sa bonne santé financière, risque de connaître un coup d’arrêt. «Actuellement, ces difficultés provoquent des problèmes de trésorerie. Cela va  finir par impacter sa fourniture de l’électricité. Avec l’hivernage, la pointe va arriver vers le mois d’octobre, où il pourrait y avoir des délestages», a averti M. Souaré. Cette situation délicate contraint Senelec, «pour respecter ses engagements vis-à-vis de la clientèle», à lever des fonds à des «taux très élevés de 8 à 9%» «Cela obère la trésorerie de Senelec, et à terme, elle peinera à payer ses factures de fuel (à la SAR)». C’est le client qui va supporter les délestages.
Hausse du baril de pétrole, pénurie d’eau, TER, centrale de Sendou
Aux facteurs endogènes, se greffent ceux exogènes, beaucoup plus difficiles à résoudre, parce qu’indépendants de la volonté du Sénégal. Le baril du pétrole est passé, selon Souleymane Souaré, de 30 à 75 dollars américains. Avec la baisse du baril du pétrole, Senelec était dans une dynamique de «réduire considérablement» le prix du kilowatt/heure.
Maintenant, non seulement la baisse ne devrait pas être envisagée, du moins à court terme, mais la hausse pourrait être une option. Sachant que l’État peine déjà à verser la compensation tarifaire de 104 milliards FCfa. D’autre part, la pénurie d’eau perturbe les plans de Senelec. «La centrale de Sendou a besoin de 30 000 litres d’eau par jour. Et avec le problème d’approvisionnement de Dakar en eau, il y aura des difficultés pour cette centrale à contribuer à l’effort de fourniture d’électricité», a expliqué Souleymane Souaré. Même le Train express régional (TER) n’est pas épargné. «Le TER est en chantier, et c’est un train qui doit fonctionner avec l’électricité. La date de sa mise en circulation est prévue pour janvier 2019. Mais s’il n’y a pas suffisamment d’électricité, il ne pourra pas démarrer», a-t-il alerté.
Mouhamadou Mactar Cissé, une lumière dans la grisaille
La tâche semblait titanesque, mais le Directeur général de la Senelec a pu relever le défi. Mouhamadou Mactar Cissé a réussi à mettre tout le monde d’accord sur l’amélioration qualitative et quantitative dans la fourniture d’électricité aux populations. Les syndicalistes sont sur ce point précis, fascinés. «Depuis un certain temps, la situation de la Senelec s’est beaucoup améliorée. Le Directeur général (Mouhamadou Mactar Cissé: Ndlr) et le personnel ont fait énormément d’efforts et de sacrifices pour retrouver la confiance des bailleurs et des clients», a témoigné Souleymane Souaré. Les chiffres et autres classements plaident en faveur de l’ancien Dircab du président de la République. «La Senelec est la 4e société d’électricité d’Afrique dans le classement de la Banque mondiale. Elle est certifiée iso 9001 vers 2015 dans le segment des clients grands comptes. La Senelec a obtenu la notation AA et bouclé son emprunt obligataire de 30 milliards FCfa. La Senelec est redevenue une entreprise fiable et performante. La situation financière de Senelec est des meilleures», a rappelé M. Souaré. Le syndicaliste a indiqué que Senelec a 1 000 projets dont certains sont en cours d’exécution, devant permettre l’entrée de Senelec en Bourse. Aujourd’hui, le taux de pénétration du mix énergétique a atteint 22%. Autant de progrès qui risquent de connaître un coup de frein à cause des dettes.
Gawlo.net (L’Observateur)

Tags: Dettes, publiques

About Author