SERVICES FINANCIERS DÉCENTRALISES: Une dégradation des portefeuilles de crédit en souffrance inquiéte

SERVICES FINANCIERS DÉCENTRALISES: Une dégradation des portefeuilles de crédit en souffrance inquiéte

Les services financiers décentralisés (Sfd) continuent de connaître une dégradation des portefeuilles de crédit en souffrance. Ils rencontrent aussi des difficultés liées au discours prudentiel de la règlementation, un manque de visibilité fiscale notamment des problèmes d’accès de ressources financières entre autres. Ils ont demandé ce jeudi 05 juillet 2018 au cours de leur rencontre annuelle avec le ministère de l’Économie et des Finances, à l’Etat de les aider à lever les contraintes.
En effet, le rapport sur la situation des services financiers décentralisés (Sfd) note que le premier trimestre de 2018 marque l’aboutissement des procédures ouvertes de retrait d’agrément de 85 Sfd ainsi que l’instruction de la demande d’autorisation d’exercice d’une nouvelle institution de type Société anonyme (Sa). Le nombre de membres ou clients a, informe le rapporteur du jour, cru de 2%, après une légère hausse de 0.4% observée au trimestre précédent. Toujours, note le rapport, le taux d’accès aux services financiers décentralisés, calculé par le rapport entre le nombre physique détenant un compte et la population adulte, « s’est ainsi établi à 23.8% ».
Selon le présentateur du rapport, une reprise de +2% a été notée pour l’encours des dépôts auprès des services financiers décentralisés qui est à 311.6 milliards de francs Cfa à fin mars 2018. Ce montant représenterait, souligne-t-il, 3% du produit intérieur brut. Cette situation est, selon le rapporteur, corrélée à la hausse de 2.1% notée au niveau des autres dépôts et à la croissance de 7.1% du montant des dépôts réalisés par les personnes physiques. Et ce rehaussement de l’encours des dépôts pourrait, fait-il savoir, être mis en relation avec la reprise des adhésions ou l’ouverture de comptes clients qui ont connu une hausse de 1.9%. A en croire toujours le rapporteur du jour, les emprunts des services financiers décentralisés ont baissé de 5.7% pour se positionner à 64,4 milliards de francs Cfa à la fin de la période sous revue. Cette baisse conjoncturelle reste, selon lui, due au démarrage tardif des activités. Poursuivant, le rapporteur révèle que les fonds propres ont atteint un montant de 118 milliards durant ce trimestre de 2018 avec un milliard de plus par rapport au tri- mestre précédent c’est-à-dire 2017. S’agissant de l’activité de crédit, il a été, selon le rapporteur, observé une forte hausse du volume de financements décaissés au cours du 1er trimestre 2018 avec notamment 98 milliards de francs Cfa contre 122 milliards de francs Cfa au trimestre précédent. Parallèlement, fait-il noter, l’encours des crédits s’est établi à 360 milliards de francs Cfa, connaissant ainsi une diminution de 3,5 milliards. Les crédits en souffrance ont, informe-t-il, représenté 5.3% du total de l’encours de crédit, soit une qualité de portefeuille en détérioration. Aussi, il a été noté par les enquêteurs, selon le rapporteur, la présence de plusieurs crédits en souffrance, l’absence de mesures concrètes pour le recouvrement notamment l’ouverture de dossier de recouvrement, lettres graduelles, etc. « D’où la dégradation continue de portefeuilles de crédit au niveau des services financiers décentralisés », en déduise le rapporteur.

Les contraintes fiscales plombent la microfinance

Ce secteur a, selon le président de l’Association professionnelle de services financiers décentralisés du Sénégal, Mamadou Lamine Gueye, enregistré ces dernières an- nées des avancées très significatives aussi bien en termes de portées que d’accès au financement faisant de notre pays le leader au sein de l’Uemoa. Ces performances sont, selon lui, visibles. Toujours, selon le président de l’APSD, le secteur demeure un pilier essentiel de renforcement de l’inclusion financière et un instrument important de lutte contre la pauvreté et pour l’amélioration des conditions de vie des populations notamment celles des plus défavorisées. Poursuivant, M. Mamadou Lamine Gueye fait croire qu’avec l’adoption de la lettre de politique sectorielle de microfinance 2016-2020 en décembre 2015 prenant en compte les nouveaux enjeux de développement économique face à une forte demande sociale l’espoir leur est permis. Cependant, malgré les performances réalisées, les professionnels du secteur sont, à l’en croire, toujours confrontés à des difficultés liées au discours prudentiel de la règlementation, à un manque de visibilité fiscale notamment au problème d’accès de ressources financières. « Ceci ayant une incidence négative sur la viabilité financière et sur le développement institutionnel et organisationnel des systèmes financiers décentralisés », soutient-il. Et face à ces difficultés, révèle M. Gueye, l’APSFD a mené des réflexions approfondies à l’issu duquel il a émis un certain nombre de recommandations. « Premièrement, la levée des contraintes fiscales à travers, au moins l’opérationnalisation des points d’accords obtenus avec la direction générale des impôts et domaines, mais les SFD reconnaissent l’obligation qui pèsent sur eux en tant que organisme citoyen en participant au développement économique et social du pays de façon multiforme. Deuxièmement, la mobilisation de la contrepartie de l’Etat pour la mise en œuvre de la LPS microfinance (30% du budget ce qui constitue une motivation pour les bailleurs qui s’engageraient davantage dans la mise en œuvre du plan d’action de la LPS), Troisièmement, à défaut d’un abandon, nous demandons un encadrement des interventions directes de l’Etat en tant qu’intermédiaire financier. Quatrièmement, la mutualisation des ressources des différents fonds étatiques à travers par exemple de la mise en place du fond national pour l’inclusion financière qui existe déjà dans certains pays de l’Uemoa. Et cinquièmement, la redynamisation de la coopération bi et multilatérales de l’Etat en faveur des progrès et projets d’appui au secteur de la microfinance », sollicite le président de l’APSD.
Gawlo.net (Le Témoin)
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