Mis en examen, vedette de télé-réalité, que faire des anciens présidents ?

Mis en examen, vedette de télé-réalité, que faire des anciens présidents ?

Dans un discours sur le pouvoir et la vertu prononcé à l’Académie voici quatre ans, Valéry Giscard d’Estaing distinguait trois sujets : l’accès au pouvoir, l’exercice du pouvoir, l’adieu au pouvoir. On a tendance à considérer que seuls les deux premiers importent, le troisième n’ayant qu’une valeur d’anecdote, mais cette hiérarchie n’est pas fondée. La question de savoir ce que font les présidents après avoir rendu leur tablier, par exemple, n’est pas moins décisive que celles de savoir comment ils gagnent l’élection ou ce qu’ils fabriquent durant leur mandat – surtout si, comme certains, ils ne fabriquent pas grand-chose. Le problème est d’autant plus aigu de nos jours qu’on devient président plus jeune. Voyez M. Macron qui quittera la rue du Faubourg-Saint-Honoré en 2022, ou en 2027 : à même pas 50 ans, il sera déjà retraité de la présidence. Encore mieux que les agents de la SNCF ! D’où la question : que fera-t-il durant les vingt-cinq années suivantes ?

Le cas Sarkozy montre que le problème est crucial. Voilà un homme qui, visiblement, ne sait pas quoi faire de sa retraite. Après une reconversion en conférencier itinérant puis une tentative manquée de retour en politique, il passe maintenant son temps chez les juges. Pas moins de vingt-quatre heures cette semaine, et cent cinquante au total, d’après ses calculs ! Un tel besoin de compagnie témoigne d’un sentiment pathétique de solitude, et d’un désœuvrement insupportable. Jacques Chirac, dans la même situation, avait choisi la même issue. François Hollande, par contraste, n’a pas pris la peine de se ménager de quoi intéresser la justice après son mandat, et d’assurer sa reconversion comme prévenu. Résultat de cette imprévoyance : il s’ennuie. La preuve, il tue le temps en donnant des interviews au Monde sur la politique étrangère. Le pauvre. Cela dit, l’inoccupation semble lui peser moins qu’à ses prédécesseurs. Il faut dire qu’il s’est entraîné pendant son mandat.

À même pas 50 ans, Emmanuel Macron sera déjà retraité de la présidence. Encore mieux que les agents de la SNCF !

La Constitution de 1958 avait sagement anticipé le problème des ex-présidents oisifs en les expédiant d’office au Conseil constitutionnel. Manière ingénieuse de les occuper, tout en leur garantissant un train de vie décent ; l’obligation de réserve des conseillers qui pèse sur eux, bien qu’ils ne prêtent pas serment, empêche en outre qu’ils la ramènent à tout bout de champ, au risque de gêner leur successeur.

Hélas, le système n’a pas bien fonctionné. La plupart des ex s’en sont détournés, préférant l’Académie, comme Giscard, ou le bureau du juge, comme Chirac et Sarkozy. C’est au point qu’on supprimera bientôt de la Constitution la référence aux anciens présidents, comme le réclame M. Macron. J’en déduis que ce dernier a prévu de quoi s’occuper le moment venu. Peut-être se fera-t-il écrivain, son rêve de jeune homme. À moins qu’il ne compte sur les juges pour le divertir, comme M. Sarkozy. C’est ce qui s’appelle avoir confiance dans la justice de son pays.

À la ferme

Peut-être que la télé-réalité, qui s’est fait une spécialité du recyclage des vieilles gloires, pourrait s’en mêler. J’imagine, par exemple, une ferme présidents, sur le modèle de la Ferme célébrités. Au lieu de régner sur 60 millions de Français, les candidats régneraient sur douze poules, dix cochons et un champ de blé, sous l’œil d’une trentaine de caméras. L’émission serait présentée par un duo d’éditorialistes du sérail, à la façon des débats d’entre-deux-tours ; Alain Duhamel et Jean-Pierre Elkabbach feraient ça très bien. Une telle émission occuperait nos ex vingt-quatre heures sur vingt-quatre et leur assurerait une rémunération convenable. Les magistrats, débarrassés d’eux, pourraient s’employer à d’autres missions. On ferait produire cette ferme par Endemol et on la diffuserait sur LCP, au titre du service public.

Ça tombe bien : le président de LCP vient de changer. Il s’appelle désormais Bertrand Delais et est réputé proche de M. Macron. Si ça se trouve, sa nomination n’est pas un hasard, le président a eu la même idée que moi. Plutôt que de recevoir des oranges en prison, les ex-présidents du futur feront pousser des carottes à la ferme. Ce sera quand même mieux, pour leur dignité de gros légumes.

 

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