Le Sénégal des catastrophes ! Mais qu’avons nous fait à Dieu?

Le Sénégal des catastrophes !  Mais qu’avons nous fait à Dieu?

Depuis quelques années, les accidents se suivent, se multiplient et… s’assemblent. Leurs bilans sont le plus souvent très lourds, étonnants à la limite. Sur terre, sur mer, comme du ciel, une pluie d’incidents s’abat et fait tomber plusieurs vies, si elle ne laisse pas des séquelles sur les victimes rescapées, leurs proches et par-delà, les populations. Du terrible incendie de Daaka en 2017 au crash récent de l’hélico, les faits sont troublants. Dans ce pays, à forte croyances «maraboutiques», l’explication rationnelle ne suffit plus pour se donner une raison à ce qui traumatise leur existence. Et si c’était dans nos comportements…

Alors, qu’est-ce qui se passe dans ce pays, depuis quelques années, avec ces tas d’accidents qui se succèdent au point de donner le tournis? C’est comme si cela nous tombait dessus, et il y a une raison quelque part, connue, ou inconnue. On cherche. Et, les populations, bouleversées, se posent encore des questions, certaines se rappelant de cette mise en garde émise par l’éminent érudit et khalife général des Tidianes, Cheikh Ahmed Tidianes Sy Al Makhtoum, dans son dernier sermon en publique, en 2011, à la veille de l’élection présidentielle qui a sacré Macky Sall, quatrième président de la République du Sénégal. Il disait en substance que ce qui se passe dans ce pays, le Sénégal, est  grave et ahurissant surtout dans les pratiques scabreuses qui mènent à la course vers la conquête du pouvoir, mais également la recherche par tous les moyens de l’avoir. L’intellectuel et spirituel marabout nous avertissait des conséquences de ses vilenies quand une frange importante des populations s’active, chaque jour que Dieu fait, à des pratiques sorcières et animistes. Il avait enjoint à ce qu’on «lave le pays à grande eau», parce qu’il y avait en nous, autour de nous quelque «pourrissement comportemental, caractériel». Dans son débit lent et pénétrant, le marabout intellectuel avait voulu faire passer le message sur les dangers qui nous guettent, depuis notre éducation «interne» et ses locutions «externes». Pour dire que ce qui nous arrive est peut-être venu profondément de nous, de notre «vie à la sénégalaise». Et quelque fois, c’est une fatalité qui nous conduit à une série de calamités…

Quelques événements malheureux

En 2015, l’incendie qui s’est déclaré au quartier de la Médina avait fait plusieurs morts et blessés. Neuf jeunes talibés avaient péri, cramés, dans la folie d’un feu qui ne leur a pas laissé le temps de savourer une vie meilleure. Tous les politiciens de la République et de la rue publique s’y étaient donné rendez-vous pour s’émouvoir: plus jamais ça ! C’est ce qu’ils nous ont dit. Mais, aucune leçon n’a été tirée. Sinon, on avait tiré juste sur les conditions d’existence des talibés, les «maras» qui les exploitaient. Le président de la République, Macky Sall s’était rendu sur les lieux et avait fait l’annonce que «les daaras qui ne répondent pas aux normes seront fermées (…) Nous allons intervenir et identifier les sites comme celui-ci, les fermer. Les enfants seront récupérés et remis, soit à leurs parents quand ils ont la possibilité de les garder, soit à l’Etat qui les gardera. Pour les enfants venus de la sous-région, nous prendrons des mesures, au besoin de concert avec les autorités de leurs pays, afin de les ramener chez eux». Les autorités ont fait quelques agitations, une petite traque de «talibés mal établis», et puis… Ensuite plus rien. Comme si nous avions les mains liées, le corps engourdi, les comportements se sont enchevêtrés dans la mélasse d’une purée de gadoue.

En mars 2017, un accident d’une rare violence a fait une vingtaine de morts vers l’Université Gaston Berger de Saint-Louis. Un minicar transportant plus d’une vingtaine de passagers, en provenance de Saint-Louis, à l’occasion d’une visite du Président Macky Sall, avait pris feu… Une crevaison de pneu, et le minicar heurte un camion d’hydrocarbure et le choc a déclenché un incendie. Des passagers ont été tués par la violence du choc quand d’autre ont été brûlés vifs… Un sacrifice comportemental qui ne détermine pas son module de «visite technique»

Le Daaka…

Avril 2017, à Daaka. Un incendie inouï a surpris des milliers de personnes venues à l’occasion d’une retraite spirituelles à Médina Gounass. Le feu a ravagé toutes les installations, en tuant des dizaines de talibés qui n’ont pas eu le temps de comprendre ce qui leur est arrivé, et fait des centaines de blessés et disparus. Il y a eu des suspects, on a tantôt parlé de fumeur d’herbe qui aurait balancé son mégot en prenant la tangente parce que surpris, d’explosion de bonbonne de gaz de buveurs de thé irresponsables, d’un père et son fils arrêté… Les mesures à prendre ont été déclarées encore sur les cendres de cet emplacement où les victimes étaient pourtant venues invoquer Allah. Mais, la condition humaine est toujours ce qu’elle est au Sénégal.

A Bitenti…

A Bitenti, quelques jours après le grave incendie de Daaka, 17 personnes sont mortes et une trentaine de rescapés dont certains étaient dans un état grave et des portés disparus, avait été le bilan du chavirement d’une pirogue dans cette localité située dans la communauté rurale de Toubacouta. La pirogue qui transportait une soixantaine de personnes avait à son bord dont 51 femmes… deux femmes parmi les blessées étaient enceintes. Ces personnes revenaient d’une collecte d’huitres. On s’en est ému, certaines autorités ont parlé du port de gilets et balancé des mesures à prendre sans leur devoir à apprendre, ont promis des choses. Et, après les pirogues ont continué à tanguer le long des fleuves et rivières de promesses et actions non tenues.

La route de Louga avait enregistré un grave accident, en novembre 2017, avec un bilan lourd de 25 morts et plusieurs blessés. La cause: une collision entre deux bus, l’un venant de Richard-Toll, transportait des pèlerins du Magal de Touba et l’autre roulait en sens inverse. Le choc a été inévitable parce que le bus, provenant de Richard-Toll en passant par Saint-Louis où il a embarqué quelques passagers, tentait de dépasser un autre bus sur le bord de la route, est entré en collision avec le minicar. On entend encore et toujours parmi d’autres lamentations, celle du père du conducteur de bus: «Mons fils s’est toujours occupé de moi et assurait ma dépense quotidienne». Mais, sur la route on continue toujours à dérayer et faire déraper la vie de pauvres personnes.

Bofa Bayotte…

Faut-il en rajouter, sur cette liste longue d’incidents et d’accidents malheureux. Que dire encore de ces 14 fusillés de la forêt de Bofa-Bayotte et pleine jungle de rébellion en Casamance? Ces enfants de la nation sénégalaise ont été tristement assassinés à cause de nos attitudes, notre manière de laisser pourrir des comportements et actes qui nous pourrissent finalement la vie. Peut-être nous faut-il un «ndeup» national pour arrêter ses dérives mortelles, ou alors nous imposer à invoquer la fatalité. Peut-être bien, pendant que nous y sommes: une concentration, pardon, une nation, des prières !

Oraison et angélus pour Macky

Quand notre président de la République sollicite des prières pour nos Lions sur le chemin de la coupe du monde en Russie, demandant aux populations d’invoquer toutes les oraisons et angélus possibles allant de la «Fatiha au Salatoul Fatiha» pour les musulmans, à «Mon Père…» pour les catholiques, cela traduit ce que nous sommes, ancrés dans nos croyances pour expliquer que certaines réussites, échecs ou malheurs ne sont pas seulement du domaine du «palpable». Certes, on a beau être rationnel, cartésien si cette dénomination vous sied plus, avouez qu’il y a quand même des incidents malheureux et préoccupants pour tout sénégalais. Les questions fusent, les réponses peuvent être «logiques», mais les explications ne sont pas souvent concrètes, si elles ne sont pas, à la limite, inexistantes. Les enquêtes sur les incidents et accidents sont souvent plates, quand elles n’aboutissent pas. Il faut expliquer autrement les «mobiles»… Et prier pour une bonne et meilleure éducation pour notre nation.
Cheikh Tidiane Coly (LA CLOCHE)

Categories: OPINION

About Author