Sénégal : Les enfants matraqués par le destin

Sénégal : Les enfants matraqués par le destin

Le kidnapping des enfants est devenu une réalité inquiétante au Sénégal. Depuis plusieurs années, le Sénégal fait face à l’horrible phénomène d’enlèvement d’enfants. Ce phénomène est d’autant plus ignoble que ces enfants sont retrouvés lâchement assassinés. Mais ces derniers temps, ce phénomène a pris des proportions inquiétantes au point de semer la psychose au niveau des populations. C’est ainsi que le 24 mars dernier, la jeune Mariétou Doumbia âgée de 8 ans et habitant à Mbao est enlevée, violée et tuée cruellement. Le même jour à Touba, Fallou Bâ, un enfant presque du même âge (7 ans) est enlevé puis égorgé sauvagement. Les autorités sénégalaises, jusqu’alors quasi-mutiques sur ce fléau, commencent à sortir de leur torpeur pour édicter des mesures répressives fortes au point de prendre aux fins de rassurer les parents. Le ministre de la Justice, Ismaïla Madior Fall, s’est prononcé sur la récurrence de ces enlèvements suivis de meurtre en martelant que « la loi sénégalaise ne sera d’aucune pitié pour les auteurs des violences sur les enfants et leurs complices ». Mais ces propos risquent d’être inopérants si l’on sait qu’à chaque fois qu’il y a un drame qui s’abat sur les enfants, nos autorités s’empressent de distiller à travers les médias des discours émotifs qui ne sont suivis d’aucun acte concret.

Dans la nuit du dimanche 3 au lundi 4 mars 2013, vers 23 heures à la Médina, quand 9 jeunes talibés ont péri calcinés dans un incendie, Abdoul Mbaye, l’alors Premier ministre du gouvernement sénégalais, disait sur un ton directif : « Il faut que l’ensemble de la population sénégalaise décide de se battre contre cette mendicité des enfants. Il faut que la population se sente également concernée par ce problème. Quand on voit plusieurs fois des enfants habiter, s’entasser à 50 dans de petites baraques, qu’on le dénonce, qu’on informe la police. La police n’est pas là seulement pour incriminer, elle est également là pour assurer la sécurité des citoyens, même s’ils ont trois ans ou quatre ans. Cette mendicité organisée, d’exploitation des enfants en leur faisant vivre des conditions terribles, les exposant à des risques comme celui qui a été vécu à la Médina, ça doit cesser et avec le concours de tous. Il y a des décisions qui ont été prises et on va vers l’interdiction totale de la mendicité des enfants dans les rues. » Depuis lors, rien n’a été fait pour l’éradication de ce cancer social que représente la mendicité dans notre pays.

D’ailleurs on a assisté à une série d’actes de violence sauvage exercé sur ces bouts de bois de Dieu. C’est ainsi que le samedi 8 aout 2015 à Thiès, le forcené Moustapha Ngom dit «Dubaï», armé d’une machette, s’est introduit aux environs de 23 heures dans l’école coranique de Serigne Bassirou Kane de Thiès pour égorger le jeune mendiant Pape Ndiaye âgé de 7 ans. Le samedi 6 février 2016, dans le quartier Althiéry de la commune de Louga, un maitre coranique a battu à mort un talibé de 9 ans. Presque une semaine après, à Diourbel, le maitre coranique Oumar Sylla enchainait une vingtaine de jeunes dont l’âge varie entre 6 et 14 ans en leur infligeant des traitements inhumains et abjects. Le 15 mars 2016 à Koungheul, un talibé a été amputé d’une jambe après avoir été fauché par un camion.

 

Pourtant l’article 245 du code pénal qui dit que « la mendicité est interdite », de la loi n° 75-77 du 9 juillet 1975 qui stipule que « tout acte de mendicité est passible d’un emprisonnement de trois mois à six mois » et de la loi 2005-06 relative à la lutte contre la traite des personnes et pratiques assimilées et à la protection des enfants sont toujours en vigueur. Mais pour des raisons politico-électoralistes, nos gouvernements laissent cette pratique qui n’a rien à envier à l’esclavagisme perdurer. Dans un tel environnement, serait-il possible de parler d’émergence et de développement ? Laissons le professeur Penda Mbow répondre : « le phénomène des enfants mendiants est un indicateur au développement, qu’on le veuille ou non. Et tant qu’on n’arrivera pas à l’éradiquer, le Sénégal ne sera pas un pays émergent à plus forte raison un pays développé ».

 

Sur un autre registre, l’Etat a failli à sa mission de protéger la vie de nos enfants et de leur assurer une réussite dans l’éducation et la formation. Depuis plusieurs années, nos enfants sont victimes de l’irresponsabilité de nos autorités à respecter leurs engagements et de l’inconscience des syndicats d’enseignants à ne recourir qu’à l’arme de la grève pour se faire entendre. Chaque année, le quantum horaire est loin d’être atteint et cela affecte la qualité de la formation de nos jeunes apprenants. L’irrespect de l’Etat à respecter ses engagements à l’endroit des enseignants conjugué au jusqu’au-boutisme des syndicalistes grévistes ne font qu’une seule victime : les enfants, lesquels doivent bénéficier d’un enseignement correct comme le stipule la loi d’orientation de l’Education nationale.

 

Il s’y ajoute aujourd’hui un phénomène nouveau, celui qui consiste à jeter des gaz lacrymogènes dans des institutions scolaires. Le 09 mars dernier, l’école Mame Yacine Diagne de Thiong a reçu des grenades lacrymogènes au point que plusieurs élèves sont tombés évanouis. Une semaine après à Mbour, lors de des échauffourées entre les éléments de la police et les chauffeurs de taxi-clandos, c’est le collège Saint Esprit de Mbour qui reçoit une pluie de grenades des forces de l’ordre au point que 120 de ses élèves, dans les vapes, se sont retrouvés par la suite à l’hôpital de ladite commune pour y recevoir des soins. Aujourd’hui nos enfants sont tenaillés entre le marteau des autorités avec leurs policiers répressifs et l’enclume des enseignants guidés par leur culte immodéré de l’argent.

Il ne faut pas, dans cette chaine de responsabilités, exonérer les parents d’élèves démissionnaires qui ne se préoccupent plus de l’éducation et de la sécurité de leur progéniture. Les difficultés de la vie, la hantise de la dépense quotidienne, le manque de communication, l’absence de contact social et la fuite de responsabilité des parents déteignent sur l’éducation des enfants.

 

L’État, dont la mission première est d’assurer à sa jeunesse les conditions d’un avenir radieux, est le garant de la sécurité, de la protection et l’éducation de nos enfants. Et il serait bon de l’interpeler toujours sur le sort inquiétant de nos enfants laissés-pour-compte exposés sans défense à l’esclavagisme mendiant, au viol, à la violence mortifère.

 

 

Gawlo.n et (Mark Senghor)

 

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