Le professeur Songué ou le pouvoir du singe sur la guenon

Le professeur Songué ou le pouvoir du singe sur la guenon

Les propos machistes tenus Songué Diouf, professeur de philo et chroniqueur à l’émission Jakarloo de la TFM, le 09 mars dernier continuent d’alimenter les médias et les réseaux sociaux. D’ailleurs le CNRA s’est fendu d’un communiqué pour fustiger ce qu’il qualifie de «dérapages, prises de positions inappropriées, de nature à entraîner des conséquences préjudiciables aux femmes».

Interrogé par Khalifa Diakhaté, l’animateur de Jakarloo, sur la problématique du viol, l’omniscient professeur de philosophie et chroniqueur à ladite émission dans une analyse aussi sordide que bancale a tout simplement fait savoir :

«A propos du viol, je coupe la poire en deux. Je disais à certaines de mes élèves (filles certainement, ndlr) qui organisaient une marche en les taquinant que nous aussi (hommes viriles, ndlr), nous devons porter plainte parce que vous faites tout pour que nous vous violons et quand nous vous violons nous allons en prison. Et, vous qui avez tout fait pour qu’on vous viole, vous continuez d’être libres ».

– Ah elles font ça, les femmes, s’étonna Marième Seck du Ladies Club ?

– J’assume pleinement ce que j’ai dit, répondit Songué avant de continuer sans retenue ses élucubrations.

– Côté viol, je dénonce vigoureusement parce que n’étant pas conformes à nos normes sociales, morales et religieuses. Mais je coupe la poire en deux, Parce que celle-là avec ses formes plantureuses exposées devant un homme virile exerce une violence aussi grave que la violence que pourra exercer le violeur pourra exercer sur elle ».

Et malgré l’animateur de l’émission qui l’entrecoupait pour renforcer ses arguties débiles avec un refrain débile d’un rappeur stupide, le professeur de philo comme piqué par une mouche débridait ses passions machistes sur les femmes en cherchant sauvagement un justificatif à la culture du viol.

«Pourtant le pauvre qui va tomber dans le panneau prendra dix ans alors que celle qui a tout fait pour être violée et qui a violé toutes les normes morales, sociales et religieuses, elle, continue à errer nue dans nos rues. Il faut la femme refuse elle-même d’être un objet. Qu’elle revienne à sa dignité»

Voilà les propos sexistes, machistes qui, aujourd’hui, qui enflamment les médias et réseaux sociaux et suscitent des réactions légitimes loin de ces indignations quasi-pavloviennes. Toutes ces inepties de Songué ne servent qu’à  justifier laborieusement le comportement répugnant des violeurs et autres agresseurs sexuels. Horresco referens. Si on m’avait raconté cette histoire sans l’appui d’une vidéo, je n’y aurais jamais cru, tant le professeur Songué a habitué aux téléspectateurs de Jakarloo à des analyses plus pointues dans des postures lucides et non discriminantes. Mais cette fois-ci, sa langue a failli. Ses dérapages verbaux sexistes n’honorent son statut d’éducateur, très respecté et très écouté.

A l’entendre, le professeur Songué éprouve amèrement un sentiment d’injustice en quand un excité subit seul les rigueurs de la loi alors que l’agressée, elle, ne souffre que de la violence sexuelle subie. Il laisse sous-entendre qu’il faut punir au même titre les femmes « provocatrices » qui, les premières, violent et violentent les hommes par leur accoutrement impudique. Certainement que M. Diouf ne tardera pas à saisir l’institution parlementaire pour proposer une loi réprimant toute femme-victime qui aguichera un mâle qui a du mal  à retenir et à contenir la lave foisonnante de son volcan libidinal.

Mais l’accoutrement ne peut en aucun cas être un prétexte pour expliquer ou justifier une violence sexuelle. Il est évident que les viols se commettent indépendamment de l’âge et de l’habillement des personnes qui en sont victimes. Par conséquent, les remarques justifiantes sur la tenue sont évidemment intolérables et insoutenables. Au moins d’août 2017, à Tambacounda, un jeune répondant au nom de Talla Mané a violé à mort une dame de 75 ans. A Sidi Slimane au Maroc, en mars 2014, un groupe de jeunes dont la moyenne d’âge est de 25 ans a violé une femme de 96 ans.

Seule l’attitude ferme de Charles Faye et celle de Bouba Ndour plus timorée sont à saluer puisqu’ils ont ramé à contre-courant des propos sexistes de Songué et de l’animateur de l’émission qui, visiblement, avec ses gloussements intermittents, partageait cette conception du viol au point même de l’illustrer avec le refrain d’un rappeur insolent. C’est dommage que les femmes invitées de l’horrible émission à savoir la syndicaliste Fatou Bintou Yafa et Marième Seck du Ladies Club n’ont eu comme réponse à ces attaques machistes et sexistes contre l’intimité et l’intégrité des femmes qu’un répulsif ricanement. Au tribunal de Jakarloo, on dédouane le violeur en maintenant de vieux clichés machistes et on culpabilise la victime. Ainsi la culpabilisation des femmes violées alimente les débats en lieu et place de la déculpabilisation des violeurs.

On pensait après coup que l’auteur de ces propos ignobles aurait l’humilité de faire amende honorable, voila qu’il diffuse une vidéo via la page facebook de son complice, Khalifa Diakhaté, pour repréciser une pensée sordide qui n’est en quelque sorte qu’une légitimation larvée des ses propos machistes et blessants. Etablir une ligne de démarcation entre songuéphiles, songolâtres et songuéphobes sur fond d’un manichéisme déculpabilisant, évoquer Dieu, le défunt Serigne Saliou et tutti quanti pour montrer son degré de foi qui lui interdit de débiter certaines balourdises, s’autoproclamer poète des femmes après les avoir jetées en pâture, c’est chercher des exutoires exigus qui mènent impitoyablement vers des culs-de-sac. Déclarer prétentieusement que « Songué », c’est le « Songué » des femmes me fait penser à ce jeune Algérien de Toggourt qui a tué son ami et qui est venu le lendemain présenter ses condoléances « attristées » aux parents de sa victime.

La seule chose qui reste à Songué, c’est de présenter ses plates excuses publiques aux femmes blessées à travers le canal médiatique qu’il a utilisé pour bafouer leur dignité. Mais le professeur de philo, sous l’influence on ne sait de quel tropisme, s’entête dans ses sottises, s’emberlificote dans ses élucubrations, refuse de quitter la sombre caverne et s’arc-boute faussement à ces clichés et stéréotypes machistes qui survalorisent la l’ultra-virilité mâle. Mais plus prompte devrait être se résipiscence. Songué doit battre sa coulpe.

Dans beaucoup de pays, nombreux sont les hommes qui pensent comme Songué que l’habillement sexy des femmes serait un déclencheur des viols. Une courte robe avec une large fente ouverte à l’arrière, un décolleté plongeant qui expose une poitrine ferme et galbée, un court body qui exhibe un djoumbakh-out, une mini-culotte qui expose les cuisses plantureuses d’une femme, bref l’habillement sexy d’une femme doit-il aiguiser l’appétit sexuel cette catégorie de mâles décrits par Songué au point de les pousser à commettre le viol ? Que nenni !

Que dire du cas de cette petite fille de 9 ans qui allait à l’école, qui a été violée et qui est enceinte par la suite ? N’ayant pas pu la faire avorter nonobstant le risque à cause de l’absence d’une disposition légale qui n’autorise pas encore l’avortement médicalisé, la petite innocente violée a accouché par césarienne un mort-né avant de décéder quelques semaines après. Que dire de cette jeune fille Mariétou de 8 ans habitant à Mbao sauvagement violée puis étouffée à mort et jetée dans les ordures vers la fin du mois de février dernier ? Le professeur Songué qui évoquait la tenue sexy comme déclencheur de viol doit méditer sur ces cas où en aucun moment on ne peut incriminer l’âge, la morphologie ou l’habillement des victimes. Et c’est comme si dans la morale songuéenne, le violeur d’une fille habillée sexy ou de mœurs dissolues doit bénéficier de circonstances atténuantes. Le violeur peut donc continuer allègrement à satisfaire sa libido au gré de son appétence, à considérer qu’il a bien le droit de brutaliser le corps d’autrui pour son unique désir et plaisir, de faire souffrir sa victime, de la polluer, de l’humilier et de porter atteinte à son intégrité sous le couvert d’un machisme cruel.

L’habillement et la morphologie ne sont jamais en cause dans l’exercice du viol. La culture du viol ne saurait être arrimée à des considérations attitudinales. C’est plutôt le regard perverti de l’homme qui le pousse à ces outrances sexuelles. Le principal responsable et coupable donc, c’est le regard perverti de cet homme pervers qui considère la femme comme un objet sexuel. Même si pour le professeur Songué, le mâle pétillant de virilité devient l’objet le plus fragile à la vue d’une cuisse plantureuse, d’un popotin généreux, d’un nombril aguichant, d’une aisselle poilue, rien ne peut justifier des étreintes sexuelles sous une contrainte sensuelle. Les énergumènes qui accusent les femmes d’incitation au viol ne sont que des imbéciles et des immatures ne pouvant pas contrôler le séisme de leur corps qui agissent sur la raideur de leur phallus. Sauter sur une femme et ensuite dire c’est elle qui a chauffé ma machine désirante, c’est verser dans la mauvaise foi pure et dure. Alors, que Songué et tous les forcenés qui pensent comme lui arrêtent de nous faire croire que le viol n’est que la conséquence d’un désir sexuel incontrôlé ou d’un trop-plein de son taux de testostérone! Une relation sexuelle ne s’extorque pas, elle doit reposer sur un libre-arbitre.

Si nous voulons vivre dans un monde juste, il faut que l’égalité de droits de chacun soit respectée, sans discrimination. La justice doit être la justice de tous, des forts aussi bien que des femmes faibles qui sont en position de vulnérabilité.

P.S :

Bravo à Bouba Ndour, directeur des programmes de la TFM, d’avoir déclaré à la RFM qu’une faute commise doit être reconnue et son auteur doit avoir l’humilité de présenter ses excuses à la société qu’il a offensée. Mais où est cette grande gueule de Fatou Kiné Camara de l’Association des femmes juristes toujours prompte à se lever quand l’honneur et la dignité de la femme sont bafoués ? Son mutisme sur une affaire aussi grave est synonyme d’approbation des insanités songuéennes.

Serigne Saliou Guèye

Categories: OPINION

About Author