Ligue des champions : Zidane, meneur devenu tacticien

Ligue des champions : Zidane, meneur devenu tacticien

La démonstration réalisée par le Real Madrid porte l’empreinte du Français, qui s’affranchit mois après mois de son étiquette de simple meneur d’hommes.

« On a fait un match parfait. » La formule, employée avec récurrence par l’ensemble du giron footballistique, avait une autre saveur et une autre dimension mardi soir, lorsqu’elle sortit de la bouche de Zinédine Zidane en conférence de presse d’après-match. L’ancien meneur de l’équipe de France venait de réussir son tour de force, une qualification que personne ne s’aventurerait à contester, en surclassant un PSG renvoyé à ses études.

En ralliant les quarts de finale de la C1 pour la 8e fois consécutive, le Real s’est affranchi d’une mission que, faut-il le rappeler, beaucoup jugeaient encore délicate début janvier. Lorsque la Maison blanche tanguait après plusieurs sorties franchement peu reluisantes contre le Celta Vigo (2-2), Numancia (2-2), Villarreal (0-1), le tout précédant une piteuse élimination de la Coupe du roi par Leganés, Zidane ne s’est pas démonté, là où d’autres auraient pu céder à la panique. « C’est la pire soirée de ma carrière d’entraîneur, oui. Mais je ne regrette pas mes choix et j’assume toujours ce que je fais », disait-il après cette élimination face au promu, trois semaines avant de recevoir un PSG à la crédibilité alors grandissante sur la scène continentale.

Un rôle de meneur reconnu

Les choix, c’est ce qui définit en grande partie la nature du travail de l’entraîneur d’un club de football, qui plus est lorsque celui-ci figure parmi les institutions les plus fortes au monde. Les choix de Zidane depuis qu’il a pris la succession de Rafael Benítez, en janvier 2016, ont été, pendant longtemps, ceux d’un coach renvoyé à son simple rôle de meneur d’hommes. Quand il glane, en juin 2016, sa première C1 en tant qu’entraîneur principal du Real Madrid, six mois après son arrivée sur le banc, c’est cette capacité à transposer son vécu de joueur sur son groupe qui lui est reconnue. Comprenez par là que, pour la tactique, la « patte Zizou », il faudra repasser plus tard.

Douze mois, une Liga et une Ligue des champions plus tard, les avis sont plus nuancés. En 2017, Zidane a fait de son Real Madrid la première équipe depuis vingt-sept ans à régner deux ans d’affilée sur l’Europe du foot. Mais il continue d’être cantonné à ce qu’il réussit de plus visible : tirer la quintessence d’un groupe taillé dans la victoire et pour la victoire, mettre dans les meilleures dispositions psychologiques un vestiaire de champions, jongler avec les ego de joueurs qui pourraient ne plus rien avoir à prouver tant ils ont gagné pour beaucoup d’entre eux.

Cette année, il n’est définitivement plus question de réduire le travail de Zidane à celui d’un simple coach mental. Dans un club à la dimension éminemment politique, il a capitalisé sur l’appui de son institution – sa proximité avec Florentino Pérez, notamment – pour imposer des choix tactiques, presque structurels même : achetés pour 180 millions d’euros à eux deux, Gareth Bale (arrivé en 2013) et James Rodríguez (arrivé en 2014) n’ont pas survécu à l’évolution donnée par le Français pour maintenir son équipe sur le toit de l’Europe.

Une dimension tactique qui s’affirme

S’il est parvenu à traverser les zones de turbulence depuis le début de saison, c’est avec l’adhésion d’un vestiaire qu’il n’a pas manqué de chahuter en interne, mais avec une doctrine qui pourrait s’apparenter à « on gagne ensemble, on meurt ensemble ». Le rendez-vous parisien en ligne de mire, Zidane a coupé court à toute éventualité de renforts au mercato hivernal, responsabilisant ainsi un groupe qui s’est retrouvé un état d’esprit. Au moment de disputer au Parc des princes un match crucial pour l’avenir de son club – et le sien –, il choisit les hommes en forme du moment (Vasquez, Kovacic), quitte à se passer de deux éléments-clés (Kroos, Modric) dont la prépondérance n’était pourtant plus à prouver. Ainsi, Zidane légitime son discours, celui de la valeur groupe, prenant le contrepied de ce qui freine le PSG depuis des saisons : les statuts s’inclinent devant la forme du moment. Contraste saisissant avec sa victime du soir.

Il y a là de quoi renforcer l’argument selon lequel Zidane est avant tout un brillant meneur d’hommes, un ex-joueur qui comprend les joueurs, qui sait ce qu’ils ressentent, ce dont ils ont besoin pour donner leur pleine mesure. Mais, dans cette double confrontation qui n’aura été stratosphérique que dans l’attente et l’excitation qu’elle a suscitées, c’est le Zidane tacticien qui s’est définitivement affirmé. Et ce, en partant du principe que ses duels gagnés face à des stratèges de la trempe des Allegri, Simeone, Sarri ou Ancelotti, pour ne citer qu’eux.

Au match aller contre le PSG, Zidane a déjà influé positivement sur le score du match avec deux remplacements à l’incidence immédiate (entrée d’Asensio et de Vasquez). La maîtrise tactique fut encore plus probante au retour : là où il avait eu besoin de rectifier le tir à Bernabéu, il n’a jamais été gêné dans la conduite des événements au Parc des princes. Loin du Real version BBC, il a réhabilité un 4-4-2 décrit comme ringard il y a encore quelques mois, et transformé une équipe un tantinet plus flamboyante en une machine de précision plus cynique, plus chirurgicale, plus italienne, en somme plus à son image. Le Real est venu à Paris faire exactement le match qu’il souhaitait. Le match parfait. Comme quoi certaines formules, en apparence banales, peuvent parfois être lourdes de sens.

 

Categories: SPORT
Tags: Zidane

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