Entrepreneuriat féminin : ces leviers essentiels pour avancer

Entrepreneuriat féminin : ces leviers essentiels pour avancer

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, la Coordination pour l’Afrique de demain (Cade) vient de publier un Livre blanc sur l’entrepreneuriat féminin. Cinq leviers accélérateurs y sont mis en avant.

Éléments de contexte du Livre blanc

À l’initiative de la Coordination pour l’Afrique de demain (Cade) et de l’Association du notariat francophone, en partenariat avec la Caisse des dépôts et consignations et de l’Union européenne féminine, une grande rencontre économique s’est déroulée le 18 décembre 2017 à Paris. Cet événement a réuni des praticiens de l’entrepreneuriat féminin : femmes entrepreneurs, réseaux d’accompagnement, banques commerciales, banques de développement, fonds d’investissement, fondations, d’Europe, de Méditerranée et d’Afrique.

Pour Roland Portella, président de la Cade, et Anne-Marie Cordelle, déléguée générale de l’Association du notariat francophone, « l’objectif était de démontrer la dynamique positive de l’entrepreneuriat féminin, et plus globalement le rôle de la femme comme créatrice d’investissements durables à l’échelle mondiale ». « La dynamique entrepreneuriale des femmes doit passer par la mise en œuvre de partenariats constructifs et de synergies d’action entre l’Europe, l’Afrique et la Méditerranée », disent-ils, convaincus qu’il s’agit de s’interroger sur la création d’un environnement favorable pour la montée en puissance des entrepreneuses, sur les stratégies de réseaux et de regroupements des femmes pour le renforcement de leurs capacités et l’amélioration de leur compétitivité, enfin, sur les domaines économiques investis par les entrepreneuses en réfléchissant à la manière de briser le plafond de répartition des secteurs homme-femme.

Ensemble, Roland Portella et Anne-Marie Cordelle pointent la dimension « genre » introduite dans le rapport « Doing Business » 2017 de la Banque mondiale permettant d’évaluer la facilitation accordée à l’entrepreneuriat féminin dans chaque pays. Une approche d’autant plus intéressante qu’auparavant le rapport du bureau Afrique du Pnud, publié en 2016, a évalué à 6 % du PIB le manque à gagner engendré par les disparités de genre en Afrique subsaharienne. C’est à l’issue de cette grande rencontre que le Livre blanc a été publié, reprenant des éléments communiqués, dont les leviers pour accélérer l’entrepreneuriat féminin.

Des leviers identifiés*

Il existe, en particulier dans les pays en développement, des forces vives qui ne sont pas suffisamment mobilisées pour participer à la relance de l’économie mondiale : ce sont les femmes. C’est un enjeu politique et économique majeur en Afrique qui suppose un engagement fort du pouvoir politique et un accompagnement déterminé de la communauté internationale.

Il existe un terreau de femmes entrepreneurs potentielles qui, sauf quelques exceptions notables, s’impliquent dans une économie de survie, informelle, à faible valeur ajoutée. Ce modèle économique précaire n’est pas durable et des initiatives fortes, sur le long terme, devraient permettre de le faire évoluer vers un cadre plus formel, plus professionnel. Quels leviers mobiliser ?

L’éducation des filles

Les filles devraient bénéficier d’un enseignement obligatoire jusqu’à 16-18 ans. Cette mesure a pour corollaire la lutte contre les mariages précoces et la facilitation de l’accès des filles à des formations supérieures, en particulier dans des filières techniques, scientifiques et économiques.

L’adaptation du droit

L’objectif est de libérer l’initiative féminine, à égalité avec les hommes. Ceci implique que les États doivent corriger toutes les inégalités que le droit actuel ou sa mauvaise application génèrent et qui constituent des freins qui entravent le libre exercice de l’entrepreneuriat féminin. Une attention particulière doit être portée à la question foncière, aux droits de succession, au droit à la propriété.

La facilitation de l’accès au crédit

C’est une demande forte, car, dans la situation actuelle, on voit bien que les difficultés de financement handicapent sérieusement la croissance ou le maintien de leurs entreprises, donc la création de richesses. La communauté internationale est appelée à mettre en place ou à améliorer les mécanismes existants pour répondre à cette demande en liaison avec les États et les établissements financiers locaux. Les femmes porteuses de projets doivent avoir le plein accès aux financements sans le recours à une tutelle masculine.

L’égalité hommes-femmes en matière d’accès à l’emploi

Cela doit à tout prix être assuré et garanti par le droit, et l’employabilité des femmes dans les projets de développement publics ou privés doit être une préoccupation permanente.

Un accompagnement des initiatives féminines dans la durée

Cela vaut de la conception du projet à sa réalisation, en privilégiant leur fonctionnement en réseaux et en développant des partenariats au niveau aussi bien national que régional, voire international. La maîtrise des techniques d’information est l’outil indispensable dont on doit les aider à se doter.

La facilitation de la combinaison vie professionnelle-vie familiale

Elle est nécessaire, car, sans cela, toutes les préconisations en matière d’emploi et d’entrepreneuriat féminin seront sans effet.

* Par Philippe Mathieu, administrateur de la Cade, ancien directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Ce texte reprend sa communication lors de la grande rencontre organisée à Paris le 18 décembre 2017.

 

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