APR : LA CACOPHONIE !

APR : LA CACOPHONIE !

On n’avait pas fini d’épiloguer sur la floraison des mouvements, clubs, comités de soutien au président Macky Sall, voilà qu’une nouvelle structure dénommée «Plateforme des Forces de l’émergence» chapeautée par Cheikh Kanté vient d’être portée sur les fonts baptismaux. Son but : « la mise en mouvement des citoyens autour du Plan Sénégal Emergent pour la vulgarisation de ses réalisations et de participer de manière décisive et déterminée à la mobilisation des forces vives de la nation pour la réélection dès le premier tour du Président Macky Sall en 2019. » 

Pourtant ce qui est bizarre, c’est qu’une même structure dénommée Initiative 35 (i35) dirigée par Mame Mbaye Niang (membre de Plateforme des Forces de l’émergence) née le 26 décembre 2017 s’est assignée la même mission : « mobiliser toutes les énergies positives et combattantes, convaincus de la justesse de la vision du Président Macky Sall et décidés à l’accompagner dans son œuvre de construction nationale en faveur de l’émergence du Sénégal et de la consolidation des acquis de notre système démocratique. » Il y a cacophonie.

Si diffuser largement les réalisations du président Sall afin de le réélire au premier tour de la présidentielle de 2019, tel est l’objectif commun de ces structures de soutien, il y a de quoi s’interroger sur les motivations occultes de leurs initiateurs.

Et ce qui étonnant, c’est que ces mouvements de soutien sont dirigés pour la plupart par des politiciens qui ont combattu Macky Sall soit jusqu’au premier soit au second tour de la présidentielle de 2012. Autre temps, autres mœurs ! Aujourd’hui Cheikh Kanté, qui s’est autoproclamé «bayefall» de Macky Sall au point de verser dans le « m’as-tu-vu » hypocrite, a été son ardent adversaire jusqu’en 2011, quand les prodromes de la deuxième alternance commençaient à s’amonceler dans le ciel politique. Souleymane Jules Diop qui, sous le régime de Wade, déversait sa bile sur ce dernier et traitait son actuel mentor d’incompétent fabriqué par un vieillard cacochyme, figure dans cette plateforme mackyphile.

Un tel embrouillamini a poussé Pape Malick Ndour, coordonnateur du mouvement « Initiative 2019 », à ruer dans les brancards pour flétrir ces antivaleurs que son parti (l’APR) veut ériger en vertu.

« Depuis un certain moment, nous avons constaté que l’APR, qui est fondée sur le travail, la dignité et la solidarité, est sur le point de perdre ses valeurs… Nous avons le devoir et la responsabilité d’alerter et d’orienter nos camarades qui sont en train d’emprunter un autre chemin. Si aujourd’hui des gens qui hier ont jeté le discrédit sur le Président Macky Sall et causé à notre parti de tous les maux, veulent s’ériger en défenseurs du Président, nous estimons qu’il y a une crise… Le ministre Mame Mbaye Niang veut créer un parti dans l’APR et recycler des hommes qui, dans un passé récent, attaquaient le Président Macky Sall. Nous ne lui laisserons pas la possibilité de détruire notre parti», s’est clamé avec amertume Pape Malick Ndour.

En l’absence d’un parti bien structuré avec des instances fonctionnelles, des militants alimentaires ne voulant pas être oubliés au festin du pouvoir, créent des mouvements de soutien pour réélire le président Sall. Il appert que ces groupes de souteneurs fonctionnent selon une logique commune, celle du «soutien mercenaire», caractérisée par le courtage politique, la négociation et l’achat d’allégeances partisanes. Aujourd’hui quand on  parle de rationalisation des partis politiques, le primum movens, c’est d’abord la structuration des formations politiques dont l’absence favorise la flopée des mouvements de soutien comparables à des raccourcis politiques alimentaires ou  à des armées mexicaines où chacun se croit général. Déjà le crêpage de chignons entre les deux « Initiatives » 19 et 35 témoigne du manque de discipline dans le parti présidentiel où le choc des ambitions crypto-personnelles, des postures égotistes prennent le dessus sur l’intérêt supérieur du parti. Cette absence d’organisation de l’APR fait croire à chaque militant qu’il peut créer son mouvement de soutien qui, en réalité, plonge le parti dans un état de collapsus plus qu’il ne le renforce.

In fine, ces mouvements de soutien n’ont jamais permis aux anciens présidents (Abdou Diouf et Abdoulaye Wade) d’être réélus. Sous le magistère de Diouf, il y a eu le Comité de soutien à l’action du président Abdou Diouf (Cosapad) de Mbaye Ndiaye et d’Ameth Saloum Boye, le Comité national des griots pour le soutien au président Abdou Diouf (Conagrisapad) d’Assane Samb Coumba Ndiangane, Abdoo Nu Dooy du professeur Iba Der Thiam, les amis de Jean Collin d’Aida Ndiongue et les amis de Elisabeth Diouf de Moussa Yoro Camara. Le Sofara créé par l’épouse du chef d’état-major général des Forces armées de l’époque, Mme Tavarez de Souza, et de l’Union pour le soutien à l’action à l’action du président Abdou Diouf (Uni-sapad).

A cela s’ajoutent le groupe des 1500, le Gresen (Groupe de rencontres et d’échanges pour un Sénégal nouveau), le MNS (Mouvement national de soutien), Le CAS (Cercle des amitiés sénégalaises), l’Ansapp (Association nationale de soutien à l’action des pouvoirs publics), l’UPD (Union des populations de Ndiambour Doolel Abdou Diouf), l’Usapad (Union des sœurs unies du plateau pour le soutien à l’action du Président Abdou Diouf), Cosamapad (comité de soutien des armateurs, mareyeurs et pêcheurs à l’action du président Diouf). On connait la suite : Abdou Diouf fut éjecté du pouvoir en 2000.

Avec le président Wade, le nombre des mouvements de soutien se développait à un rythme exponentiel et de façon anarchique au point que le Libéral en chef prit la décision de dissoudre tous les mouvements de soutien de son parti. Et malgré la survivance de plusieurs autres mouvements de soutien, Abdoulaye Wade n’a pas pu résister à la bourrasque populaire de 2012.

Le président Macky Sall qui semble se plaire et se complaire avec les vagues de transhumants et la multitude de mouvements de soutien (Siggui Jotna ak les Amis de Cheikh Kanté, Dekkal Thiès, Mouvement entente deuk bii, Yée Askanwi, Soukhaly Thiès, Dollil Macky, Sms, Msis, Présence citoyenne,  Alliance pour un Sénégal prospère, Front patriotique, And Nawle, Fort, Mojem, And dollel Macky, Thiès sur les rails, le mouvement Macky mo niu nior (2Mn) Horizon 2019) n’ignore pas que ces structures, véritables escroqueries politiques pour conquérir ou conserver des passe-droits, ne peuvent pas apporter une plus-value à sa force politique. Mais puisque l’obsession d’une réélection au premier tour grise et aveugle…

 

 

Mark Senghor (Gawlo.net )

Categories: A LA UNE, ONDE DE CHOC
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