Dialogue politique : la montagne accoucha d’une souris !

Dialogue politique : la montagne accoucha d’une souris !

Un dialogue politique met en présence des groupes d’intérêt différents qui s’engagent à se pencher sur des  questions cruciales dont les enjeux sont opportuns, mais pas nécessairement communs. Il suppose que des personnes de coteries politiques, de mouvements citoyens, ont des points de vue divergents sur les mêmes problématiques qui doivent déboucher sur des solutions convergentes ou consensuelles. Ce grand moment d’échanges et de concertations doit également mettre l’accent sur un nombre restreint de questions qui peuvent être abordées de façon réaliste. Par conséquent, un dialogue national conséquent débouchera sur un chapelet d’engagements que toutes les parties prenantes tiendront à ratifier littéralement. Il est vrai qu’il n’y a pas un modèle unique voire idéal pour un dialogue politique mais la meilleure formule, le plus souvent, est celle où les participants sont en nombre relativement restreint et où les lourdeurs protocolaires sont complètement bannies. Or, le défunt dialogue politique dirigé par l’ambassadeur en retraite Seydou Nourou Ba posait problème de par sa composition quadripartite : pouvoir-opposition-non alignés-société civile. Un tel dialogue avec une tare congénitale ne pouvait pas donner les résultats escomptés. Dans un dialogue politique, il y a deux parties qui se font face : celle du pouvoir et celle de l’opposition. La troisième qui est celle de la société civile sert d’arbitre en cas de blocage. Mais le mouvement non-aligné, qui n’est qu’une escroquerie politique que certains observateurs qualifient même d’une excroissance du pouvoir, n’y avait pas sa place. En sus, l’opposition significative, ayant remarqué dès le début que ses doléances ont été rejetées, a mené la politique de la chaise vide pour refuser de cautionner une forfaiture. Dès lors, il était probable que les acteurs du dialogue politique allaient prêcher dans le désert.

 

En 1988, les élections générales furent émaillées par une forte orgie de violence urbaine avec à la clé l’arrestation et l’embastillement du leader du Sopi Abdoulaye Wade le 29 février 1988 et certains de ses lieutenants. Relaxé le 11 mai, il répond favorablement à l’appel d’Abdou Diouf du 17 mai qui déclarait sans circonlocution : « Le chef de l’opposition parlementaire a son mot à dire sur les problèmes économiques, ainsi que sur la consolidation démocratique. J’aime le Sénégal, Wade aussi. Aussi, je l’invite personnellement à s ‘asseoir avec moi pour discuter des moyens d’aider notre pays ». Et c’est ainsi que la fameuse Table ronde débuta le 4 juillet 1988. Cela avait permis de contenir la contestation populaire et d’apaiser le climat socio-politique exacerbé par la violence urbaine. L’opposition exigeait une réforme du code électoral et un meilleur accès aux médias d’Etat mais le parti au pouvoir multipliait les tentatives de blocage. Et le 19 juillet, les partis de l’opposition (Pds, Pit, Ld/Mpt et l’Uds/R ) quittaient la Table ronde. Et deux ans plus tard, le président Abdou Diouf formait un gouvernement de majorité présidentielle élargie (GMPE) dans lequel se retrouvaient des éléments du Pds d’Abdoulaye Wade et du Pit d’Amath Dansokho. Et ce climat apaisé avait permis l’adoption d’un code électoral consensuel en 1992.

 

Depuis 1992, ce fameux code électoral consensuel devrait être gravé sur du marbre et servir de Charte électorale pour le Sénégal. Comme une Loi fondamentale, le code ne devait faire l’objet de retouche que quand des situations exceptionnelles l’exigent. Malheureusement, l’on constate que le code électoral est assimilable à un cahier de devoirs d’un élève.

 

26 ans après, les mêmes problèmes de transparence du fichier, de confection de cartes d’électeurs, de découpage de la carte électorale, de bulletin de vote, de commission électorale autonome, de caution électorale qui se posent systématiquement à chaque élection surtout présidentielle. S’il en est ainsi, c’est parce que les acteurs politiques particulièrement ceux qui se succèdent au pouvoir manipulent le code pour essayer de conserver le pouvoir au moment où les opposants exigent des garanties plus fiables pour un bon déroulement du scrutin. Ce manque de sincérité entre acteurs politiques fait naitre la suspicion et la méfiance au point que l’élection qui devait constituer  un moment de jouissance démocratique devient une tragédie effroyable.

 

Qui pouvait penser que 19 ans après le code consensuel que des difficultés politiques électorales allait aboutir à plus d’une dizaine de mort ? Aux élections de 2012, le tripatouillage des textes constitutionnels, qui a abouti à la validation controversée de la candidature du président sortant Abdoulaye Wade et qui a failli consacrer une dévolution monarchique du pouvoir, a montré la fragilité de notre système électoral. Aujourd’hui, en 2019, on revit le syndrome de 2011. Le dialogue de sourds s’est installé entre pouvoir et opposition. L’opposition exige le bulletin unique et le pouvoir impose le parrainage des candidats. L’opposition réclame un ministre organisateur des élections neutre politiquement, le président de la République s’immisce dans le dialogue et martèle qu’il ne mettra pas un militaire à la place Washington. Et après plusieurs semaines de parlotes, c’est le statu quo.

 

Mais si on en est arrivé à cette situation inextricable, c’est à cause du président de la République, clé de voûte des institutions, qui ne s’est jamais engagé de mettre en application les conclusions tirées de ce dialogue. Ce qui veut dire que les acteurs en présence construisaient sur de l’argile et que rien de solide ne sortirait de ces assises. Et l’imposition d’un système de parrainage, piège pour éliminer les fortes têtes que la nasse judiciaire n’a pu neutraliser, finit par être la principale pomme de discorde entre acteurs du dialogue. Après plusieurs semaines de discussion, rien de concret n’a pu être ratifié.

 

Ainsi le dialogue politique devient systématiquement un travail de Sisyphe que nos acteurs politiques sont obligés d’organiser interminablement d’élection en élection sans aboutir à un résultat concret. La montagne accoucha d’une souris !

 

 

Gawlo.Net (Mark Senghor)

 

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