Macky va – t- il s’affranchir de son « Cabinet noir » ?

Macky va – t- il s’affranchir de son « Cabinet noir » ?

L’expression « cabinet noir » renvoie à une vieille pratique connue et popularisée au XVIIe siècle. Ledit «cabinet noir» plonge ses racines abyssales dans l’histoire de France, puisque c’est sous Richelieu qu’il s’organise vraiment. Sans existence officielle, son objectif premier était d’intercepter les correspondances des sujets de Sa Majesté, d’ouvrir leurs lettres pour en rendre compte au souverain.

 

Ce « cabinet » noir était considérait comme un outil de gouvernance et de sécurité pour le souverain. Ainsi de tout temps, les hommes de pouvoirs ont intercepté des courriers et de nombreuses correspondances, ont usé et abusé de cette basse pratique afin de repérer et censurer ceux qui voulaient nuire au souverain. Le cabinet noir lit les secrets diplomatiques, politiques et militaires récoltés dans ces courriers avant de les recacheter sans laisser de trace d’ouverture. Cette violation de la correspondance perdure jusqu’à aujourd’hui avec des formes plus modernes. Aujourd’hui, il n’est plus question, avec les différentes législations en vigueur, d’ouvrir les courriers d’autrui depuis les institutions postales mais de les bloquer au niveau des palais. Les chefs d’État entretiennent ainsi des officines secrètes qui s’adonnent la plupart du temps à de basses œuvres antinomiques à l’éthique républicaine.

 

Et notre République jacobine dont la structure pyramidale met en exergue la surpuissance du Président n’échappe pas à cette règle. La centralité du chef de l’État est tributaire de ses pouvoirs constitutionnels. Dès lors, tout part de lui et tout revient à lui. Il nomme aux emplois civils et militaires. Il fait et défait les carrières. C’est ce qui explique pourquoi nos chefs d’État font tout le temps l’objet de sollicitations de la part des citoyens. Combien de fois le Président n’a-t-il pas été interpellé sur des questions qui devaient être traités à un niveau inférieur de l’organigramme gouvernemental ?

 

Les mouvements d’humeur, les protestations syndicales, les contestations politiques doivent trouver écho et solutions auprès du Président. Mais si une telle situation perdure dans nos Républiques, c’est parce que nos chefs d’État ont cru être des deux-ex-machina qui doivent être seuls au début à la fin de toutes les préoccupations des compatriotes. Ainsi des citoyens n’hésitent pas tout le temps, souvent même pour des billevesées, à adresser des correspondances à celui qui trône au sommet de la pyramide de l’État.

 

Régulièrement, des concitoyens ont vu leurs correspondances ou leurs demandes d’audience ne jamais atterrir entre les mains du Président. Certes, le président de la République ne peut éplucher toutes les correspondances de ses concitoyens mais il appartient à ses services préposés de faire le tri et de transmettre au Président les informations utiles et nécessaires. Mais la plupart de ces correspondances ou demandes d’audience sont l’objet d’un classement sans suite. Et c’est ce qui incite certains citoyens hommes d’affaires, investisseurs, à sortir de leurs gonds pour dénoncer le blocage dont ils sont victimes de la part du « cabinet noir » du Président. Et souvent, nonobstant plusieurs relances, le Palais présidentiel, par son cabinet occulte, oppose une fin de non-recevoir à toute demande de rencontre surtout de citoyens, ordinaires mais valeureux et compétents, qui n’ont pas ce que l’on appelle trivialement « le bras long » au niveau du Palais. Ainsi beaucoup de projets, solidement ficelés par des citoyens à l’expertise avérés dans certains domaines, sont étouffés à l’œuf . Et c’est bien dommage pour le Sénégal, notre pays !

 

Et en général, le président de la République accepte de jouer le jeu de son fameux cabinet qui l’enferme et l’enserre dans une sorte de tour d’ivoire l’isolant des réalités de son peuple. Sous le règne du président Abdou Diouf, combien de fois, dans ses sept premières années de gouvernance, n’a-t-on pas dit que ce dernier ignorait certaines choses et que c’est Jean Collin, son conseiller occulte, qui dirigeait la République ?

 

Il se susurre dans les méandres de la République que le soulèvement du 23 juin 2011 est l’œuvre de ces «faucons», conseillers occultes tapis dans le cabinet noir du palais, lesquels conseillers occultes ont poussé le président Abdoulaye Wade à solliciter un troisième mandat et à modifier la Constitution pour matérialiser la dévolution monarchique du pouvoir.

 

Macky Sall n’échappe à cette camarilla. Son frère Aliou Sall n’a-t-il pas, au lendemain de son éviction sur les listes d’investiture législatives, pesté contre ceux-là qu’il appelle rageusement «les faucons». «Il y a beaucoup de gens qui se disent proches de Macky Sall, ils passent la journée avec lui et le soir ils vont aller voir des gens de l’opposition pour donner des informations fausses. Pour manipuler et donner de l’argent à certains qui se disent de la société civile et qui les poussent à dénigrer Macky Sall et  sa famille. Ces gens n’aiment pas Macky Sall et sa famille… Quand le Président m’a demandé de retirer ma candidature, je ne l’ai même pas laissé développer. Mais dès le lendemain, quand j’ai entendu ses faucons danser comme de petits diables pour fêter leur victoire, j’ai compris que tout cela n’était que le fait de comploteurs et je n’accepte pas de me défaire devant les comploteurs… Le parti n’est pas composé que de gens qui travaillent pour le Sénégal, il y a des antipatriotes. Il y a des gens mauvais», avait fulminé le maire de Guédiawaye.

 

In fine, nos présidents s’accommodent de ces « cabinets noirs » mais l’aisance est souvent éphémère et le réveil est toujours brutal et fatal.

 

 

Gawlo.Net (Mark Senghor)

Categories: A LA UNE, ONDE DE CHOC
Tags: Macky, Sall

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