«Shutdown» aux États-Unis, des milliers de fonctionnaires au chômage technique

«Shutdown» aux États-Unis, des milliers de fonctionnaires au chômage technique

Après l’échec des négociations entre républicains et démocrates, le gouvernement américain se retrouve officiellement à court d’argent. Résultat, des services fédéraux ferment et des agents sont mis en congé d’office.

De notre correspondant à Washington

Le fonctionnement normal du gouvernement fédéral américain est une fois de plus suspendu depuis vendredi soir à minuit (06h samedi à Paris). La situation absurde, dite de «shutdown», est le résultat de l’incapacité des républicains, pourtant majoritaires dans les deux chambres du Congrès, à s’entendre sur les priorités budgétaires du pays, ne serait-ce que pour une période transitoire de quelques semaines. Le gouvernement américain se retrouve officiellement à court d’argent.

L’impasse ne pourrait durer que quelques heures, si les tractations entre le Président Trump, les leaders républicains des deux chambres et leurs collègues démocrates minoritaires aboutissent à un compromis couvrant les dépenses publiques pour une période plus courte.

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Alors que la Chambre des représentants avait adopté jeudi une proposition de loi visant à prolonger le financement du gouvernement fédéral jusqu’au 16 février, le Sénat a voté à 50 voix pour et 49 contre, manquant de 10 voix la majorité qualifée de 60 pour que le texte passe. Les démocrates minoritaires ont tout fait pour ne pas aider leurs rivaux. Ainsi, au Sénat, les démocrates, aidés par une poignée de républicains conservateurs, ont bloqué un vote de procédure qui aurait ouvert la voie au financement du gouvernement fédéral jusqu’au 16 février. L’opposition au parti de Donald Trump conditionnait son vote sur le budget temporaire à une protection immédiate contre l’expulsion de quelque 700.000 jeunes sans papier, baptisés «dreamers», issus de parents entrés sur le territoire américain illégalement.

La Maison blanche a réagi peu après minuit en indiquant: «Nous ne négocierons pas le statut des immigrants «dreamers» tant que les démocrates garderont en otage avec des exigences irresponsables non citoyens respectueux de la loi…Nous réouvrirons les négociations sur la réforme de l’immigration lorsque les démocrates commenceront à payer nos forces armées et nos urgentistes». De fait juridiquement, les soldats américains et les urgentistes fédéraux doivent travailler sans solde, tant que le «shutdown» continue.

Pour autant la présidence minimise l’ampleur de ce «shutdown». Peut-être parce qu’elle compte sur une solution à court terme, elle n’a pas voulu indiquer le nombre de fonctionnaires qui se retrouvent en chômage technique, laissant à chaque département le plus de marge possible pour déterminer qui est «indispensable» et qui ne l’est pas.

Vers une mise à pied temporaire de 800.000 fonctionnaires fédéraux

On estime que près de 800.000 fonctionnaires fédéraux sur un total de 2, 8 millions pourraient être mis à pied temporairement, faute de vote par les deux chambres du Congrès d’un texte assurant pour quelques jours de plus le financement des activités normales du gouvernement. Une grande confusion règne donc samedi matin à Washington, y compris dans les rangs des fonctionnaires fédéraux qui ne savent pas s’ils seront déclarés lundi «indispensables» par les responsables de leur ministère, ou s’ils devront rentrer chez eux après s’être présentés à leur bureau.

Sauf solution dans les prochaines heures, environ la moitié des employés civils du Pentagone seront à priori affectés lundi matin, pour la première fois depuis 2013. 56% des employés du fisc seraient dans le même cas. Contrairement à 2013, les parcs nationaux devraient rester ouverts tout comme certains sites touristiques. Les statistiques économiques ne seront plus compilées. Les permis d’exploiter les mines ne seront plus délivrés. Les licences d’exportation non plus. En revanche la poste américaine assurera son service normalement car elle n’est pas financée par le budget. Les écoles militaires seront fermées, mais les écoles ordinaires continueront d’accueillir leurs élèves car elles ne dépendent pas du budget fédéral, mais des États.

Le «shutdown» est devenu une arme électorale pour les démocrates

Dans le climat extrêmement partisan qui règne à Washington, le «shutdown» est devenu une arme électorale. Les démocrates veulent s’en servir pour démontrer à l’opinion américaine que les républicains, bien que majoritaires, ne sont pas capables de gouverner et méritent d’être remplacés lors des législatives de novembre. Pour les républicains, le «shutdown» est censé démontrer que les démocrates sont des idéologues et des démagogues, prêts à aller jusqu’au bout de l’absurde pour faire passer les intérêts de leur clientèle électorale, avant ceux du pays. Ce «shutdown» qui tombe le jour du premier anniversaire de l’entrée de Donald Trump à la Maison blanche, est aussi à leurs yeux un moyen d’affaiblir le président en prouvant qu’il n’est pas «le roi de la négociation» comme il le prétend depuis des mois.

Les deux camps se réjouissent à court terme du drame politique

Les républicains de leur côté arguent que le statut des «dreamers» n’est pas une question urgente. Le Congrès a jusqu’au 5 mars pour statuer sur leur sort. Leur expulsion n’est donc pas imminente et les républicains ne le souhaitent pas. En revanche, certains veulent conditionner leur vote au financement partiel d’un mur séparant le Mexique des États-Unis.

Le désaccord entre les deux camps est aggravé par les interventions intempestives du Président Trump, souvent par le biais de tweets. Il suffit qu’un accord fragile se dessine pour que brusquement une colère présidentielle vienne tout faire capoter. Les républicains au Congrès sont les premiers, en privé, à déplorer ces outrances de la Maison-Blanche. On peut en conclure que quelque part, les deux camps se réjouissent à court terme du drame politique que représente le «shutdown». À condition bien entendu qu’il n’aille pas trop loin. En 2013 le «shutdown» avait duré 16 jours et fait perdre 6, 6 millions de journées de travail aux fonctionnaires fédéraux qui furent néanmoins payés rétroactivement.

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Comment en est-on arrivé là? L’année fiscale 2018 a commencé le 1er octobre 2017, mais le Congrès n’a toujours pas voté les budgets des dépenses militaires et civiles. Le gouvernement fédéral américain n’a pu fonctionner depuis trois mois et demi que grâce à des crédits votés pour de très courtes périodes. L’idée était de donner aux leaders républicains et démocrates le temps de négocier une solution couvrant l’ensemble du calendrier fiscal jusqu’au 30 septembre 2018.

Comment en est-on arrivé là? L’année fiscale 2018 a commencé le 1er octobre 2017, mais le Congrès n’a toujours pas voté les budgets des dépenses militaires et civiles. Le gouvernement fédéral américain n’a pu fonctionner depuis trois mois et demi que grâce à des crédits votés pour de très courtes périodes. L’idée de ces solutions temporaires était de donner aux leaders républicains et démocrates le temps de négocier une solution couvrant l’ensemble du calendrier fiscal jusqu’au 30 septembre 2018. Pour le moment, elle n’a pas abouti.

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