LA PRESSE MAGAZINE EST-ELLE EN SURSIS ?

LA PRESSE MAGAZINE EST-ELLE EN SURSIS ?

« On a fait huit ans sans bénéfices, où on a enregistré des pertes nettes. Elles ont été d’une certaine manière résorbées par des accords. Vu que ça fait presque dix ans et que la situation ne s’améliore pas, l’environnement économique n’est pas favorable à trouver les mécanismes qui permettraient de relancer le journal, on a pensé qu’il fallait arrêter la production. » C’est le cri  du cœur  de l’ancien- puisqu’il faut parler au passé –  Directeur  de l’Hebdomadaire  « Nouvel Horizon », Issa Sall. Un des magazines fleuron  de la presse locale et le  plus ancien pour avoir vécu  22 ans. Avec la disparition de ce magazine phare au Sénégal, l’on peut se demander si la presse magazine ne serait  pas en sursis. Le cri du cœur de Issa Sall résume également le quotidien des autres  magazines y compris nous à Icône, où le Directeur de publication  déclarait dans une interview au journal Rewmi, qu’à chaque fois qu’on sortait, on perdait de l’argent. Et pourtant, il y a plus  de 10 ans dans un grand dossier consacré  à ce secteur,  nous  tirions  la sonnette d’alarme sur ce qui guettait la presse magazine. L’avenir semble nous avoir donné raison avec la disparition  des  kiosques  de presque tous les magazines édités par des  compatriotes. « Dakar Life » ne paraît plus, « Thiof » et « Lissa »  sont morts, « Station One » et « Satellit » également sans compter des périodiques qui n’ont pas tenu deux parutions. Un état de fait qui s’explique par un marché publicitaire inexistant, par l’érosion des ventes alors que  l’édition ( imprimerie et autres) donne des insomnies aux propriétaires de magazines.  Bref des revues  qui tirent avec des pertes  sèches.  Certains périodiques  qui tiennent coûte que coûte- comme nous autres- n’étant tenu que par l’amour qu’ils  ont  du métier ou pour ne pas rompre un rendez- vous avec quelques lecteurs. Il faut aussi savoir que la presse magazine a un coût avec la cherté  du papier sans compter les autres intrants. Les frais d’impression représentent  près de 85 % du  coût du produit !  Face à une situation pareille, les éditeurs ne peuvent compter que sur la publicité. Ce qui se révèle être un parcours du combattant  avec des agences publicitaires aux méthodes décriées par des professionnels. Et les rares fois où l’on dispose d’un encart publicitaire, il faut courir pour entrer dans ses fonds. La Sonatel, elle, le plus gros des annonceurs, s’est ostensiblement tournée vers la télé, le net et les quotidiens à 100 Frs.  C’est ce qui explique le marasme dans lequel se trouve la presse magazine et que Issa Sall résume ainsi : « Quand on vend de la limonade et que la limonade ne se vend pas, mieux vaut arrêter d’en vendre. Nous avons constaté que ça ne se vendait plus chez les lecteurs aussi bien que chez les annonceurs et nous avons  arrêté »   C’est d’ailleurs le triste quotidien d’une presse magazine de  qualité mais dépourvue de soutien des autorités et des annonceurs qui préfèrent des journaux de moindre qualité pour leur insertion. Ajoutez à cette situation, la concurrence déloyale que leur  mène la presse en ligne.  Un journal ne pouvant exister  que grâce aux soutiens des annonceurs et à la fidélité des lecteurs, si ceux –ci font faux bond, on peut avoir une vision claire qui guette cette presse qui est en sursis.  C’est même une évidence. A l’Etat de prêter  l’oreille à ces entreprises qui participent au rayonnement de la presse. Et un pays sans  presse magazine serait le comble. Pour l’instant on tient contre vents et marrées en espérant des lendemains qui chantent…

  1. S.
Categories: MANSOUR POST

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