Macron ferme la porte à une adhésion de la Turquie dans l’UE

Macron ferme la porte à une adhésion de la Turquie dans l’UE

Lors d’une conférence de presse commune avec Erdogan à Paris, Macron a proposé à la Turquie un « partenariat » avec l’UE afin de préserver l’ancrage de la Turquie dans l’Europe.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan est en visite à Paris vendredi. Il s’est entretenu dans l’après-midi avec son homologue français Emmanuel Macron, au moment où Ankara semble vouloir rétablir ses relations avec l’Union européenne après une grave crise traversée en 2017. Processus d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne (UE), menace terroriste, droits de l’homme… De nombreux sujets sensibles ont été abordés entre les deux chefs d’État lors de cette rencontre, la plus importante du président turc dans un pays de l’UE depuis le putsch manqué de juillet 2016.

L’ampleur des purges menées par Ankara après la tentative de coup d’État lui a valu de nombreuses critiques de ses partenaires européens, Berlin en première ligne, ramenant quasiment à l’arrêt les négociations au long cours sur sa candidature d’adhésion à l’UE. Plus de 140 000 personnes ont été limogées et suspendues et plus de 55 000 ont été arrêtées, dont des universitaires, des journalistes et des militants pro-kurdes.

Le processus d’adhésion à l’arrêt

Emmanuel Macron a estimé que les « évolutions récentes » en Turquie dans le domaine des droits de l’homme excluaient toute « avancée » dans les négociations d’adhésion de ce pays à l’Union européenne. « Pour ce qui est de la relation avec l’Union européenne, il est clair que les évolutions récentes et les choix ne permettent aucune avancée du processus engagé », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse commune. En lieu et place d’une adhésion à l’UE, le locataire de l’Élysée a proposé à la Turquie un « partenariat » avec le Vieux Continent : « Il faut (…) regarder si on ne peut pas repenser cette relation, non pas dans le cadre du processus d’intégration, mais peut-être d’une coopération, d’un partenariat avec une finalité (…), c’est de préserver l’ancrage de la Turquie et du peuple turc dans l’Europe et de faire que son avenir se construise en regardant l’Europe et avec l’Europe. » De son côté, Recep Tayyip Erdogan a dépeint des Turcs fatigués d’attendre une éventuelle entrée de leur pays dans l’UE. « On ne peut pas en permanence implorer une entrée dans l’UE », a-t-il déclaré alors que le dossier est embourbé depuis plusieurs décennies.

Comme promis, le président français a abordé la délicate question des droits de l’homme. Emmanuel Macron a en effet appelé son homologue à « respecter l’État de droit » à propos de l’incarcération de certains journalistes turcs en Turquie. Les « démocraties doivent complètement respecter l’État de droit », a martelé le président de la République, ajoutant que les deux hommes avaient abordé une liste de cas individuels au cours de leur entretien.

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Paris et Ankara signent un contrat dans la défense aérienne

Ces mots vifs échangés entre Macron et Erdogan n’ont pas empêché Paris et Ankara de signer un contrat d’étude dans la défense aérienne et antimissile. Le contrat, dont le montant n’est pas connu, porte sur l’étude de définition du système de défense aérienne et antimissile longue distance portée Loramids (Long-Range Air and Missile Defense System, ndlr) entre les sociétés turques Aselsan et Roketsan et franco-italienne Eurosam et le gouvernement turc, selon l’Élysée. Ces armements sont fabriqués par le consortium franco-italien Eurosam, auquel participent notamment le groupe français Thales et le fabricant de missiles européen MBDA.

« Prévue pour durer dix-huit mois, l’étude de définition vise à préparer le contrat de développement et de production du futur système pour répondre aux besoins opérationnels de l’armée de l’air turque », a précisé Eurosam dans un communiqué séparé. Ce système doit « garantir à la Turquie une autonomie totale en matière d’emploi et permettre un choix souverain du niveau d’intégration au sein de l’Otan », précise le communiqué. Ces systèmes de défense antiaérienne sont déjà utilisés par les armées française et italienne. L’Italie en a même déployé certains en Turquie pendant un temps pour l’aider à intercepter d’éventuels missiles tirés de la Syrie voisine, en pleine guerre.

Une lettre d’intention avait déjà été signée en novembre dernier à Bruxelles par le ministre turc de la Défense, Nurettin Canikli, avec ses homologues française et italienne, Florence Parly et Roberta Pinotti. Les pays de l’Otan n’avaient pas caché leur inquiétude lorsque le président turc Recep Tayyip Erdogan avait annoncé en septembre qu’il avait signé avec la Russie un contrat portant sur l’achat de systèmes de défense antiaérienne S-400. Ces systèmes de missiles de technologie russe ne sont pas compatibles avec ceux de l’Alliance atlantique et l’annonce avait été perçue comme une manifestation de mauvaise humeur de la part du président turc, sur fond de graves tensions avec plusieurs dirigeants européens et les États-Unis.

 

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