COOPÉRATION SÉNÉGALO-MAROCAINE: Le Sénégal, une proie économique facile pour le Royaume chérifien

COOPÉRATION SÉNÉGALO-MAROCAINE: Le Sénégal, une proie économique facile pour le Royaume chérifien
La présence marocaine dans le tissu économique de notre pays n’est plus à démontrer vu les nombreux secteurs dominés par le royaume chérifien. Dans celui des finances, par exemple, le Maroc a su s’imposer avec le groupe Attijariwafa Banque, la Banque Atlantique, la BOA (Banque Ouest-africaine rachetée par un établissement) la Banque Marocaine du Commerce Extérieur, faisant  de lui la première force dans les finances au Sénégal. Il s’y ajoute, dans le cadre de l’externalisation des économies marocaines au Sénégal, le contrôle des secteurs clés comme les assurances, l’immobilier, le BTP et autres.

La présence marocaine au Sénégal ne cesse de s’accentuer, au grand bénéfice naturellement du royaume chérifien qui considère le Sénégal comme l’un de ses principaux alliés sur le sol africain. Comme sa principale colonie économique, plutôt ! Cela s’est d’ailleurs confirmé avec les multiples accords signés entre les deux pays dans divers, pour ne pas dire tous les secteurs, tellement le Maroc a pris pied dans tous les domaines porteurs de notre économie. En effet et cela relève d’un simple constat, il exerce un hégémonie dans tout le tissu bancaire du Sénégal. Les plus grosses boites bancaires de notre pays sont dominées par le royaume de Mouhamed VI. Plus explicitement, il y a quelques années, le Maroc s’est évertué à tout faire pour monopoliser le secteur bancaire, ce qu’il a bien réussi car, avec le désormais célèbre groupe Attijariwafa, le Maroc s’est positionné en première place dans le secteur des banques au Sénégal. Ce puissant groupe a avalé l’ex-banque Sénégalo-tunisienne (BST) mais aussi la CBAO et le Crédit du Sénégal. Il y a aussi la Banque Atlantique qui se positionne d’année en année avec des chiffres d’affaires énormes et la Banque Marocaine du Commerce Extérieur (BMCE). Ainsi, avec cette position dominante des banques marocaines, le royaume chérifien est parvenu, par le biais de ces institutions financières à s’imposer dans plusieurs domaines de notre économie. La conquête marocaine ne se limitant pas au système bancaire, les décideurs marocains se sont investis encore dans d’autres secteurs clés comme les assurances, l’agriculture, l’électricité. Pour ce qui est du BTP, nous avons la construction de la Cité de l’Émergence pour 21 milliards attribuée à l’entreprise marocaine Addoha, de même la Cité de l’avenir avec 19 milliards de nos francs. Cependant, l’un des plus gros investissements immobiliers reste celui du Pole urbain de Diamniadio bâti sur une superficie de presque 2000 ha, avec 325 milliards, dont le projet est attribué au groupe «Alliance».


Le Maroc, un danger pour les entreprises sénégalaises

Ce qui est déplorable dans tout cela, c’est que nos entreprises nationales disposent de l’expertise nécessaire pour porter ces projets d’envergure. Sans oublier des domaines tels que la pêche, le transport aérien et même l’automobile. Bref, le Maroc, comme une puissance qui veut s’imposer en Afrique et dans le monde, s’est intéressé à tous les segments économiques du Sénégal. Ce qui est jugé «dangereux» par certains analystes économiques qui avancent que ce fait ne profite pas vraiment au Sénégal. A les en croire, les entreprises marocaines évoluant dans les domaines cités plus haut, engloutissent les entreprises sénégalaises qui sont en grande partie constituées de PME ou PMI. Suffisant pour pousser ces observateurs de la percée marocaine chez nous, d’alerter nos autorités pour un rééquilibrage de la coopération sénégalo-marocaine. Pour expliciter leurs convictions, ces experts en économie ont tendance à expliquer que le déséquilibre se trouve dans le fait que les entreprises du Maroc arrivent sur le marché sénégalais avec des lignes de financement, qui leurs permettent d’être plus compétitives, face aux négligeables concurrents sénégalaises qui peinent toujours à s’imposer même au  plan national. Mais qu’est-ce qui peut donc inciter nos autorités à parapher des accords et conventions avec un pays aussi puissant que le Maroc qui bloque l’épanouissement de nos petites industries et entreprises? Une interrogation d’autant plus pertinente que non seulement nos PME et nos PMI ne font pas le poids face aux entreprises marocaines mais aussi, elles n’ont pas des moyens leur permettant d’aller s’implanter au Maroc en vue d’y exercer leurs activités. Ce en raison du caractère très discriminatoire de la législation marocaine. En conclusion, pour se faire une idée de l’expansion du Maroc au Sénégal, il convient de savoir que plus d’une centaine d’accords et de conventions ont été signés entre les deux pays, dans tous les secteurs clés de notre économie. Une stratégie de conquête ne se limitant pas seulement au Sénégal car le Maroc, surtout au cours de ces dernières années, a accéléré sa présence dans non seulement les pays de la Zone de la Cedeao mais aussi en Afrique centrale et de l’Est. D’où la nécessité, pour les pays de la Cedeao, de prendre leurs dispositions afin de tirer bénéfice -ou se protéger !- de l’arrivée de cette puissance africaine qui, de l’avis de tous, n’est pas un enfant de chœur. Au contraire !

Aliou Kane (Le Témoin)

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