Hommes d’Etat reconvertis hommes d’affaires : Blair et Sarko dans les mines d’Afrique de l’Ouest / Y a-t-il des risques de conflit d’intérêt ?

Hommes d’Etat reconvertis hommes d’affaires : Blair et Sarko dans les mines d’Afrique de l’Ouest / Y a-t-il des risques de conflit d’intérêt ?
Selon une tradition heureuse établie par Jimmy Carter (ex-président des USA), les dirigeants des Grands de ce monde qui quittent le pouvoir se reconvertissent dans le philanthropisme en œuvrant pour la promotion de la démocratie.  Cette tradition semble passer de mode. En effet, l’Afrique de l’Ouest, convoitée ces derniers temps pour ses prodigieuses ressources naturelles, est devenue un terrain de jeu intéressant pour d’ex-chefs d’Etats membres de l’OTAN, alors que ce rôle de conseiller occulte est jusque-là dévolu à des hommes de l’ombre comme l’avocat franco-sénégalais  Robert Bourgi, héritier des réseaux foccartiens et sans fonctions officielles.
A en croire la dernière édition de La Lettre du continent, l’ex-chef d’Etat français Nicolas Sarkozy fait, en sous-main, du lobbying international entre Ouattara et l’homme fort de Doha.  « L’émir du Qatar Tamim Ben Hamad al-Thani effectuera une visite en Afrique de l’Ouest, du 20 au 24 décembre. Il se rendra tour à tour au Sénégal, en Guinée, au Niger, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Ghana. Cette tournée devrait sceller plusieurs accords de coopération commerciale et économique ainsi que l’ouverture officielle d’ambassades…Plusieurs personnalités ont été approchées pour organiser ce voyage, parmi lesquelles Nicolas Sarkozy. Récemment chargé par Alassane Ouattara de faire monter les intérêts du Qatar en Côte d’Ivoire, l’ancien président français a notamment géré l’étape ivoirienne de l’émir », a écrit notre confrère.
En clair, alors que le beau rôle n’est pas attribué à la France dans la chute de Laurent Gbagbo, Sarko use de son carnet d’adresses pour faire des affaires en Côte d’Ivoire, sous l’aile protectrice d’un Ouattara crayonné comme un pion essentiel du dispositif de ce qui est historiquement appelé la « Françafrique ». C’est dire qu’il y a un procès en suspicion d’autant plus légitime que dans l’exercice de ses fonctions publiques, Nicolas Sarkozy a pris des décisions qui ont eu des conséquences néfastes quant à la stabilité de la région. En Libye, on lui reproche d’être l’initiateur d’une intervention armée qui a débouché sur la mort Kadhafi, et conséquemment, sur le désordre en cours dans de nombreux pays en Afrique. Pour enfoncer un coin dans l’arc, le prédécesseur de François Hollande est accusé d’avoir bénéficié de l’argent du Guide de la Jamahiriya, qui aurait financé sa campagne en 2007.
Le scandale d’Elf, qui a éclaboussé la République française sous François Mitterrand, devrait prédisposer à abhorrer cette parfaite confusion entre privé et public dans un contexte marqué par la volonté du pays de Marianne d’endiguer la concurrence des entreprises chinoises dans son pré carré ouest-africain.
Pendant ce temps, l’ex-Premier ministre Britannique s’active en Guinée Conacry aux côtés de Alpha Condé. Blair a aidé à réécrire le code minier de la Guinée. Seul hic, le géant minier anglo-australien Rio Tinto, pour faire main basse sur l’un des plus grands gisements de fer au monde localisé à Simandou, est accusé d’avoir corrompu un conseiller de Condé, en l’occurrence le banquier français François de Combret.
Le patron de « Tony Blair Institute For Global Change », co-auteur, repenti sur le tard, de la destruction de l’Irak de Saddam Hussein avec Gorges Bush Junior a été reçu le 17 novembre 2017 par Macky Sall, au lendemain de la découverte d’une importante manne pétro gazière au Sénégal.  Il  y a de cela quelques années, Tony Blair a été recruté comme consultant par le Kazakhstan, qui est gorgé de pétrole, mais dont les dirigeants sont loin d’être des parangons de bonne gouvernance. Si le bien-fondé de l’activisme de l’ex-Pm britannique est de nettoyer les écuries d’Augias, on peut dire que le Kazakhstan n’est pas un bon client.
En définitive, les frontières sont floues entre responsabilités d’Etat exercées dans un passé très récent et activités privées actuelles. Or, ces ex-chefs d’Etat qui sont toujours rémunérés par leurs pays, doivent-ils susciter la crainte ne serait-ce que pour les informations stratégiques à leur disposition ?
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