Catalogne : Puigdemont appelle au « dialogue » avec Madrid

Catalogne : Puigdemont appelle au « dialogue » avec Madrid

Dans une lettre publiée ce lundi, le président séparatiste catalan souhaite rencontrer Mariano Rajoy le plus vite possible pour engager des négociations.

Source AFP

Sommé par Madrid de clarifier sa position sur l’indépendance de la Catalogne, Carles Puigdemont, le président séparatiste, a réclamé un « dialogue » avec les autorités espagnoles pour les deux prochains mois. Il a aussi souhaité une réunion avec Mariano Rajoy, le « plus vite possible », et demandé à celui-ci de mettre fin à la « répression » dans sa région. Dans une première réaction, le ministre espagnol des Affaires étrangères Alfonso Dastis a déclaré depuis Luxembourg que Carles Puigdemont n’avait pas apporté la « clarté qu’on lui demandait ». « Je pense qu’elle ne constitue pas une réponse à la mise en demeure » du gouvernement espagnol, a-t-il ajouté.

Mardi 10 octobre, devant le parlement catalan, Carles Puigdemont avait estimé que les résultats du référendum d’autodétermination interdit du 1er octobre lui donnaient le droit de déclarer l’indépendance, avant de proposer de « suspendre » cette déclaration. Et dans sa lettre il semble préférer une nouvelle fois jouer la montre, sans répondre directement à Madrid et en appelant encore au dialogue. « Pendant les deux prochains mois, notre principal objectif est de vous amener à dialoguer », a-t-il écrit à Mariano Rajoy, après avoir évoqué la « suspension du mandat » confié par les Catalans. Il demande par ailleurs à rencontrer « le plus vite possible » Mariano Rajoy. Jusque-là, Madrid a catégoriquement refusé tout dialogue tant que les séparatistes ne lèvent pas leur menace de déclarer unilatéralement l’indépendance. Or, ils ne le font pas.

Menace de suspension de l’autonomie

Bien que la société catalane soit divisée presque à parts égales sur l’indépendance, les séparatistes légitiment leur projet d’indépendance par le référendum du 1er octobre qu’ils affirment avoir remporté avec 90 % des voix et 43 % de participation. Ce scrutin a entraîné la plus grave crise politique en Espagne depuis le retour de la démocratie en 1977. Madrid avait annoncé qu’en cas de refus de renoncer à l’indépendance lundi, Carles Puigdemont aurait un ultime délai, jusqu’à jeudi matin, avant de s’exposer à une suspension de tout ou partie de l’autonomie de la Catalogne, une mesure jamais appliquée en Espagne depuis que ce pays est redevenu démocratique. Beaucoup craignent cependant qu’une telle mesure n’entraîne des troubles en Catalogne, une région de 7,5 millions d’habitants grande comme la Belgique, très attachée à sa langue et à sa culture.

Dans son courrier, le leader des séparatistes rappelle les résultats du référendum, où selon lui, « plus de deux millions de Catalans ont confié au parlement (catalan) le mandat démocratique de déclarer l’indépendance ». « La priorité de mon gouvernement est de rechercher avec toute l’intensité (requise) la voie du dialogue. Nous voulons parler, comme le font les démocraties établies, sur le problème posé par la majorité du peuple catalan qui veut commencer son chemin en tant que pays indépendant dans le cadre européen », ajoute-t-il.

Les alliés de Puigdemont veulent une « République de Catalogne »

Le leader séparatiste était soumis à une énorme pression ces derniers jours, émanant des deux camps, pro et anti-indépendance. Le gouvernement espagnol, les dirigeants européens et les milieux d’affaires ont appelé le leader catalan à faire marche arrière, alors que des centaines d’entreprises ont commencé à fuir la région. Les alliés de Carles Puigdemont et les puissantes associations séparatistes, à l’inverse, l’encouragent à aller de l’avant pour proclamer sans équivoque la naissance de la « République de Catalogne ». Mariano Rajoy s’est dit prêt à discuter si les dirigeants catalans revenaient à la légalité. Il ne veut pas entendre parler de médiation et les États membres de l’Union européenne l’écartent aussi pour ne pas ouvrir la boîte de Pandore des sécessions possibles à travers l’Europe. Les dirigeants européens répètent d’ailleurs qu’en cas de sécession, la Catalogne quitterait automatiquement l’UE et aurait du mal à y revenir face au veto prévisible de Madrid.

La perspective d’une sécession a fait fuir des centaines de sociétés, à commencer par les deux grandes banques catalanes, CaixaBank et Banco de Sabadell, qui déplacent leur siège social hors de la région qui compte pour 19 % du PIB. La menace des poursuites judiciaires pèse aussi sur les leaders séparatistes. Lundi, le chef de la police catalane, Josep Lluis Trapero, et deux chefs des grands groupes de pression indépendantistes catalans, ANC et Omnium, devaient comparaître pour la deuxième fois devant un juge d’instruction. Ils sont inculpés pour sédition dans leur rôle lors d’une grande manifestation contre la police nationale et pendant le référendum.

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