RÉGULATEUR SOCIAL, ÉVEILLEUR DE CONSCIENCES, MÉDIATEUR ET PHILANTHROPE… Serigne Abdoul Aziz Sy Al Amin, un phare pour l’Éternité

RÉGULATEUR SOCIAL, ÉVEILLEUR DE CONSCIENCES, MÉDIATEUR ET PHILANTHROPE… Serigne Abdoul Aziz Sy Al Amin, un phare pour l’Éternité

« La relation à la vérité est le legs fondamental de cet homme. Il a séduit ou fait réfléchir, alerté ou conseillé, convaincu ou freiné. Il aura été une vigie de la bienséance en société et de la loyauté en République.

Le temps n’aura pas vaincu sa quête d’Éternité. La mort ne vaincra pas ses accomplissements sur les chemins de la foi. Abdoul Aziz Sy Al Amine sera une forteresse dans notre souvenir. Parce qu’il s’est résolument engagé dans la voie de l’Absolu et non des luxures si fugaces. Comme Dabakh, son illustre homonyme et oncle, Boussole des  générations ».

Ces propos émouvants émanent de notre confrère Habib Demba Fall, ils campent à suffisance la stature d’un  guide spirituel rare en ces temps où la quête de biens évanescents, la luxure et le manque d’empathie restent les trait des hommes. Al Amin a su rester, tout au long de sa vie, un érudit multidimensionnel. Parcours de vie…

Sa bibliothèque a compté plus de trente mille ouvrages. Né en 1927 à Tivaouane, il  a fait ses premières humanités sous le giron de son père Serigne Babacar Sy, de Serigne Mame Lo et de Serigne Alioune Gueye. A 17 ans, il devient l’assistant de son père et vit durant toute sa jeunesse à Tivaouane. Son surnom lui a été donné par Serigne Moustapha Sy Diamil. Après la disparition de Serigne Babacar Sy, il a réuni ses frères et a ouvert le coffre-fort pour leur montrer l’argent ainsi que les titres de propriétés du défunt. Ému par ce noble geste, le sage de Fass lui a fait comprendre qu’il aurait ne pas appeler la famille et disposer de tous ces biens. « Tu es vraiment loyal et honnête. Tu es Al Amin ». A l’avènement du magistère de Dabakh, l’homme qui vient de nous quitter est resté quarante ans durant son assistant, et son chargé de mission. Il occupera les mêmes fonctions auprès des khalifes successifs. Sa prodigalité est légendaire à Tivaouane. Al Amin payait chaque trimestre plus d’une quinzaine de millions pour les nécessiteux à l’hôpital Principal, plus de vingt millions pour la dépense mensuelle, cinq millions pour les factures d’électricité. Lors de la Tabaski, le défunt khalife a offert pour soixante quinze millions de francs de moutons.

Il a été un médiateur discret et a désamorcé plusieurs bombes sociales. Le conflit Wade-Idy en est une illustration frappante de même que les événements de la zawiya de Dakar. Diplomate dans l’âme, Al Amin a sillonné le monde au profit de la Umma. Il reste le premier guide religieux à avoir lancé un appel pour les Royinghas massacrés par le régime birman.

Lors de la célébration de l’Aid el Kébir 2017, Cheikhal Abdoul Aziz Sy Al Amin, le khalife général des Tidianes, s’est singularisé dans un discours d’une rare pertinence et d’un universalisme incontestable. S’écartant des sentiers battus, le successeur d’Al Makhtoum s’est dit très préoccupé par le sort des Royinghas et a déploré les exactions commises contre cette communauté musulmane brimée par la cruelle junte birmane avec le silence complice d’Aung Sang Sun Kiu, l’ange déchu. Ainsi, fidèle aux enseignements de Maodo et de Serigne Babacar Sy, il s’est joint à l’appel des présidents Macky Sall et Recep Tayip Erdogan à la Ummah islamique pour une urgente mobilisation afin que cessent ces massacres qui durent depuis des années dans l’indifférence de la communauté internationale. A travers cette déclaration d’une grande importance, Al Amin a rappelé le droit des Royinhas à pratiquer leur religion sur cette terre afin que cessent ces massacres qui durent depuis des années. Il a insisté sur le droit des Royinghas à pratiquer leur culte sur cette terre où ils sont présents depuis le VIIIème siècle en Arkan, bien avant l’arrivée massives d’autres communautés. Le khalife a appelé la communauté internationale à agir d’urgence afin de régler définitivement cette crise dont les conséquences pourraient aggraver les tensions intercommunautaires dans le monde qui, plus que jamais, a besoin de sécurité et de stabilité, tout en priant pour que Dieu allège les souffrances de ce peuple et appuie tous les efforts pour une solutions définitive dans le respect, la justice et la paix. Cet appel honore tous les talibés tidianes, les musulmans et toute la Ummah islamique. Ancien fonctionnaire à la Ligue Islamique Mondiale, Serigne Abdoul Aziz Sy Al Amin s’est toujours intéressé au sort de l’humanité et à la souffrance des peuples. C’est en cela  que son khalifat a trouvé dans l’universalisme un socle qui lui permet de prôner la paix dans le monde plein de turbulences et où l’indifférence et l’absence d’empathie sont monnaie courante. C’est cet immense homme que la Tidianniya vient de perdre. Puisse son legs se perpétuer à travers les âges. Repose en paix, boussole de l’Éternité.

  1. Momar Wade

Journaliste

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