LE LINCEUL DES CONTROVERSES

LE LINCEUL DES CONTROVERSES

La Mort demeure la seule et unique Vérité incontournable et irrémédiable qui s’impose aux hommes au-delà de leurs croyances, justement du fait de son impact social. C’est l’instant de communion absolue par excellence, et c’est pour cette raison qu’ici, au Sénégal, on a du mal à comprendre que 7 mois après sa mort, Etienne Tshisékédi soit encore dans une glacière en  Belgique parce que Kabila a peur d’un cadavre politique. Chez nous, nos hommes politiques ont fait de ces moments de deuils qui peuvent frapper leurs amis et même leurs adversaires politiques, des instants d’apaisement de leurs divergences ou d’exacerbation de leurs complicités, comme si la mort avait comme vertus, celles d’effacer les controverses et de susciter des rapprochements. Notre classe politique est à ce point liée par une jeune histoire commune, qu’il n’est pas rare que des adversaires politiques dévoilent, lors de ces cérémonies, les affinités qui avaient suivi les chemins de leurs parents respectifs. L’opposition entre Ousmane Ngom et Macky Sall, datant des événements de 2011 et 2012 a été évacué lors du décès de la mère de l’ancien ministre de l’Intérieur de Wade. La disparition de la mère de Aïssa Tall Sall a provoqué un rapprochement fort et respectueux entre elle et le chef de l’État. On a vu Abdoulaye Wade sincèrement abattu par la disparition du leader socialiste Pape Babacar Mbaye, qui était son adversaire politique, mais il était allé saluer la perte, pour le Sénégal de cet homme auquel le plus bel avenir politique était alors promis.

D’ailleurs, il est de notoriété publique qu’il n’hésitait pas à perturber son service de sécurité du Palais de la République, pour aller à l’improviste rendre visite à un vieil ami hospitalisé. Quant à Abdou Diouf, il avait peut-être plus de pudeurs et de retenue dans ses expressions et ses devoirs sociaux liés aux deuils qui frappaient ses amis politiques. Depuis Wade, beaucoup d’obsèques ont pris le caractère d’obsèques nationales. Et il est certain que pour Abdou Diouf, des obsèques nationale relevaient de critères républicains plus stricts et codés. Joe Ouakam n’aurait jamais eu sous Diouf des obsèques nationale. C’est toute la différence. Même si les levées de corps servent souvent à mettre sous le linceul des dissensions et des controverses qui avaient pu empoisonner la vie politique de notre pays. Et c’est heureux que cela en soit ainsi.

Jean Pierre Corréa

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