LES HOMMAGES POSTHUMES.

LES HOMMAGES POSTHUMES.

Si ce que l’on dit après la disparition de grandes figures politiques en guise de témoignages posthumes reflétait la réalité du vécu partagé avec celles-ci, le Sénégal aurait été une société parfaite dont les élites auraient constitué un écrin de surhommes parés des plus belles vertus et des plus nobles desseins. Or chacun le sait, les rapports au quotidien dans le landerneau national relèvent d’un registre différent. Même l’appartenance au même bord politique n’exclut pas des rivalités parfois sourdes le plus souvent ouvertes, des haines tenaces conduisant dans certains cas à des conspirations pour déstabiliser l’adversaire gênant dans la course effrénée aux responsabilités, aux sinécures ou au pouvoir.

C’est  pour épargner ses survivants de la théâtralisation du rituel de célébration de sa mort que le Général De Gaulle avait, dans ses dernières volontés, refusé l’organisation d’obsèques nationales, le prononcé d’une oraison funèbre officielle et de tout discours à l’Église ou ailleurs en sa mémoire. Il leur préférait le silence et la simplicité qui seuls conviennent au moment fatidique.

Par contre, selon une croyance répandue dans notre société, avant l’inhumation d’un défunt des anges envoyés du Ciel se pencheraient sur terre pour recueillir des témoignages valant un viatique ou précisément une absoute pour le défunt. C’est pour quoi les parents, les amis, les connaissances ne ménagent pas leurs propos amènes qui finalement contribuent à une transfiguration – au sens ricoeurien – de la personne disparue. A partir de ces circonstances, la mémoire commence son travail sélectif. Du personnage est extirpé tout ce qui a fait sa véritable dimension humaine. Ses aspects sombres sont oubliés. On devient tolérant a posteriori à l’égard de ses excès. Ses hauts faits sont sublimés, mais ses bassesses tues. Bref on lui témoigne une compréhension qui lui a souvent fait défaut de son vivant dans le microcosme politique.

Cette subite bienveillance indique qu’au fond ce qui oppose les acteurs dans le monde politique tient à une vertu, à savoir l’esprit de chevalerie qui reconnaît à l’autre – adversaire ou compagnon d’arme – sa valeur….si tant est qu’elle relève de la réalité et non de l’imaginaire.

Lat Soukabe Mbow

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