GESTION CALAMITEUSE, RENVOI SANS MOTIF, NON RESPECT DES DIRECTIVES DE L’INSPECTION DU TRAVAIL: Expresso fait la sourde oreille, Mademba Sock saisit les autorités

Alerte rouge à Expresso ! Le Directeur général Abdallah, Saeed a décidé de renvoyer des syndicalistes sans motif valable, juste après avoir reçu la lettre l’informant de l’installation du comité sectoriel Sntpt/Expresso-Sénégal, que lui a envoyé Ndèye Founé Niang Diallo, secrétaire général national du Sntpt. Une décision qui n’est pas du goût de Mademba Sock, qui a saisi les autorités dans une déclaration incendiaire dans laquelle il exige la revue et une évaluation de la convention Etat du Sénégal/Expresso Sénégal.

Chassez le naturel, il revient au galop ! Visiblement, le Directeur général d’Expresso Sénégal n’a cure des menaces de l’Inspection du travail, qui avait fixé un deadline afin que l’entreprise reconnaisse le syndicat des travailleurs. Seulement, non seulement Expresso n’a pas respecté ses engagements, mais Abdallah Saeed, CEO de ladite société, a renvoyé certains employés qui avaient décidé de mettre en place le syndicat affilié au Syndicat national des travailleurs des postes et des télécommunications (Sntpt).

Abdallah Saeed ignore la lettre du Sntpt et vire les syndicalistes

C’est le 22 août que deux agents d’Expresso : le coordinateur des délégués chargé des revendications et secrétaire général adjoint du bureau du comité sectoriel affilié au Sntpt, ont reçu des lettres de rupture de contrat signées par le CEO d’Expresso. Ironie du sort, l’Inspection du travail, au mois de mai dernier, avait déchiré les arguments de Saeed qui avait argué de motifs «légers» pour renvoyer des agents. En effet, dans les lettres, Abdallah Saeed parle «d’objectifs de vente fixés non atteints». Plus grave, les deux agents renvoyés ont reçu leurs lettres de licenciements alors qu’ils étaient en arrêt maladie.
Pire, le CEO d’Expresso a licencié les agents 15 jours après avoir reçu une lettre de Ndèye Founé Niang Diallo, secrétaire générale nationale du Sntpt, qui l’informait de la mise sur pied du comité sectoriel Sntpt/Expresso-Sénégal. D’ailleurs, elle demandait dans la missive une audience pour une prise de contact et l’instauration d’un cadre de dialogue. Elle a même joint à sa lettre la composition du bureau dudit comité sectoriel et du procès-verbal de l’assemblée générale présidée par Mademba Sock, secrétaire général de l’Union nationale des syndicats autonomes du Sénégal (Unsas).

Mademba Sock saisit les autorités: «Expresso foule aux pieds la législation du travail»

D’ailleurs, ce dernier s’est saisi de l’affaire dès qu’il a été mis au parfum. En effet, c’est via une correspondance adressée aux autorités que l’Unsas liste les griefs à l’encontre de Expresso. «Dans le contexte de mise en œuvre de la déclaration de principe tripartite sur les entreprises multinationales, la société Expresso Sénégal se révèle être un anti modèle dans ses pratiques aux antipodes de la bonne gouvernance qui est en train de prendre ses marques dans notre système de relations professionnelles», déclare Mademba Sock à l’entame de ses propos. Pour mieux étayer ses arguments, le célèbre et teigneux syndicaliste attire l’attention des autorités gouvernementales sur «la situation sociale désastreuse qui prévaut à Expresso Sénégal». Mademba Sock de cracher son venin : «depuis son installation au Sénégal en 2008, elle ne fait que fouler aux pieds la législation du travail en licenciant délibérément les travailleurs comme bon lui semble, sous prétexte de motifs d’insuffisance de résultats».
Ce que Mademba Sock trouve déplorable d’autant que «cette arme est utilisée à chaque fois que les travailleurs décident de mettre sur pied un syndicat». Et à l’en croire, «la direction d’Expresso Sénégal trouve des arguties du genre ‘’objectif non atteint’’ pour les accabler de faux motifs en se débarrassant des têtes de pont et saper le moral des autres».

«Expresso prend des mesures scélérates pour…»

Le secrétaire général de l’Unsas de regretter : «malgré les rappels à l’ordre de l’administration du travail, la direction d’Expresso Sénégal n’en a cure. Au contraire, elle nargue le gouvernement, en refusant de se conformer aux conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT) en matière de liberté syndicale et de dialogue social, ainsi que de la législation du travail en cours au Sénégal». Mademba Sock enfonce le clou en rappelant les engagements qu’avaient pris les autorités d’Expresso. «Faisant fi de ses engagements pris devant l’Inspecteur du travail et de la sécurité sociale pour l’organisation des élections de délégués du personnel au mois d’octobre, elle prend contre toute attente des mesures scélérates pour bloquer le processus, en se séparant de deux candidats investis aux postes de délégués du personnel, en l’occurrence Abibou Guèye, agent commercial en service à Dakar et Albert Jacques Niasse, régional manager, en violation flagrante des dispositions de l’article L29 du code du travail».

L’Unsas appelle le gouvernement à évaluer la convention Etat-Expresso Sénégal sur l’état d’application de son cahier de charges

Fort de ce constat, l’Unsas interpelle «les plus hautes autorités du pays sur les dérives de la direction d’Expresso Sénégal qui installe le désordre et déstabilise le climat social instauré dans notre pays depuis l’avènement du Pacte national de stabilité sociale et d’émergence économique». En plus, signale Mademba Sock, «les travailleurs d’Expresso Sénégal se sentent muselés dans leur propre pays et considérés comme des laissés pour compte dans l’application de la convention signée entre l’Etat du Sénégal et Expresso Sénégal». Raison pour laquelle, l’Unsas souhaite que «le gouvernement procède à une évaluation de cette convention afin de jeter la lumière sur l’état d’application de son cahier de charges. A l’état actuel des choses, le nombre d’expatriés ne cesse d’augmenter considérablement avec l’utilisation abusive de contrats locaux au profit du personnel expatrié. Trop c’est trop ! Nous en avons ras le bol».

L’inspection du travail saisie convoque Expresso demain

Pour rappel, à la suite d’une rencontre avec les responsables d’Expresso, l’Inspection du travail avait envoyé une mise en demeure à la société dans laquelle elle les exhortait à mettre fin à la persécution des travailleurs et à rétablir les droits des travailleurs à créer un syndicat. «Nos droits sont de plus en plus bafoués et le fait que Saeed ignore la mise en demeure de l’Inspection du travail justifie clairement que ce monsieur ne respecte pas nos institutions», révèle un travailleur de Expresso. «On nous a vendu du rêve, car ils nous avaient dit que c’était une entreprise sénégalaise avec juste deux Soudanais quand Expresso débutait, mais, actuellement, presque la moitié de l’entreprise est composée d’étrangers», narre un employé d’Expresso sous le sceau de l’anonymat, révélant qu’une quinzaine d’agents sénégalais craignent pour leurs postes.
D’ailleurs, l’Inspection du travail a convoqué demain les responsables d’Expresso, Ndèye Founé Niang Diallo de la Sntpt et les agents renvoyés. Ça promet !

Samba Thiam (Les Echos)

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