DR MOMAR THIAM, EXPERT EN COMMUNICATION POLITIQUE: «Le pouvoir a tiré les leçons des élections présidentielles passées»

DR MOMAR THIAM, EXPERT EN COMMUNICATION POLITIQUE: «Le pouvoir a tiré les leçons des élections présidentielles passées»

«Politiquement, c’est légitime que les partisans du pouvoir commencent à se préparer pour la prochaine échéance électorale. On est au pouvoir, on cherche à se réinstaller davantage pour un second ou troisième mandat. On vient de sortir des élections législatives qui étaient, en quelque sorte, un test de présidentialité pour certains qui étaient têtes de liste au niveau départemental ou national. Et ça a permis de faire un tri et de savoir exactement quelles sont les personnalités politiques d’envergue qui peuvent prétendre résolument et légitimement à la présidentielle de 2019. Et, en cela le pouvoir a vécu une espèce d’électrochoc suite au taux de 49,5% qu’il a obtenu.

Cela veut dire que dans une hypothèse de présidentielle, son candidat serait au seconde tour et on sait qu’un seconde tour chez nous est souvent une situation complexe pour le candidat sortant du fait de la propension de l’opposition à faire bloc pour ébranler le candidat du pouvoir. Objectivement, je pense que le pouvoir a tiré les leçons des élections présidentielles passées et c’est la raison pour laquelle, il s’empresse, aujourd’hui, d’annoncer la couleur, à savoir qu’il faut tout faire pour réélire le président de la République. Je peux même dire que le déplacement du président de la République à Touba est aussi une manière de communiquer dans ce sens-là : «même si je ne suis pas populaire à Touba comme les élections législatives l’ont remontré, mais, il me faut être présent sur ce que j’appelle moi, la proximité relationnelle pour annoncer la couleur, aller voir le Khalife général des mourides, saluer les responsables locaux, les responsables religieux, et dire que Touba, je suis à vos côtés. C’est purement de la communication politique».

LE POUVOIR NE TRAVAILLE PAS POUR FAIRE AVANCER LA CHOSE PUBLIQUE MAIS PLUTOT…»

«Mon sentiment par rapport à l’impact de cette campagne prématurée pour le Sénégal, c’est qu’on a l’impression et les faits le prouve, que nous sommes perpétuellement en période de campagne électorale quel que soit le pouvoir. Que ça soit de gauche ou de droite, une coalition, etc., une fois qu’on est installé au pouvoir, on ne cherche d’abord à se faire réélire. Et c’est ce qui donne à l’opinion l’impression que le pouvoir ne travaille pas, si vous voulez pour faire avancer la chose publique, mais plutôt pour faire avancer la chose électorale. J’ai l’impression qu’au Sénégal, on est dans une espèce de campagne électorale perpétuelle.

Au lendemain des élections législatives où toute la communication tournait autour des acquis du président République et pour l’opposition sur ce qui a été fait et ce qui n’a pas été fait. Et, les gens n’ont pas eu le temps de parler du bilan de la législature sortante et cela veut dire qu’on prend l’opinion pour dire que celui-là, il est bon, celui-là ne l’est pas, ainsi de suite. Celui-là, il est présidentiable, celui-là, ne l’est pas. On s’installe ainsi dans une tournure électorale qui est perpétuelle. Et cela laisse quand même une partie de l’opinion qui n’a pas vraiment envie de lutter, parce qu’elle se dit, c’est toujours les mêmes personnalités politiques, la même chose, rien ne changera même si parmi ces politiques nous avons des experts en économie, en finance… à l’image de Mamadou Lamine Diallo ou Ousmane Sonko de l’ancien ministre d’origine sénégalo-libanais Ali Haïdar. Avec eux, on peut parler de développement durable, mais malheureusement on est toujours dans un tourbillon électoral qui se poursuit, avant de sortir dans une élection, on songe déjà à l’autre et l’opinion a l’impression que les hommes politiques travaillent beaucoup plus pour leur propre compte que pour l’espace publique, pour gérer les affaires publiques».

SUD QUOTIDIEN

Categories: OPINION, POLITIQUE

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