Chronique: Abdoulaye Wade, le retour du grabataire vengeur et éternel vendeur de vent

Chronique: Abdoulaye Wade, le retour du grabataire vengeur et éternel vendeur de vent

Considéré, jusque-là, comme un simple retraité qui passait de paisibles journées dans les jardins de Versailles, le grabataire de Kébémer a décidé de se rappeler au bon souvenir de ses compatriotes. Il sera à Dakar et veut voir le pays tout entier à ses genoux.

Sorti du palais de la République sous les haro d’un peuple à qui il avait fait la cour pendant 26 ans et qui avait fini par se donner à lui, comme une femme pendant sa nuit de noces, Abdoulaye Wade veut revenir à Dakar comme le père Noel attendu par des orphelins. Le carrosse chargé de cadeaux susceptibles de régler tous nos problèmes. Et nous faire regretter de l’avoir chassé du palais.

L’humilié de 2012, celui-là qui avait été meurtri, blessé par une cuisante défaite infligée par son ancien Premier ministre, s’était contenté d’un exil doré dans la ville de ses modèles de toujours: les monarques de Versailles. Les rares visiteurs qui avaient eu le privilège de le rencontrer chez le Roi Soleil disaient de lui qu’il était devenu pensif, haineux et ruminait sa colère contre ce peuple ingrat qui l’avait bouté hors du palais.

A mort les traitres, vive Wade!

Son ire s’est décuplée lorsque, quelques mois après son départ du palais, il a vu son successeur, « le meilleur des Sénégalais« , emprisonné par « un tribunal d’exception » et accusé d’enrichissement illégal, au détriment du contribuable. Et depuis lors, les petits rictus de l’homme comblé que ses visiteurs du palais de la République, à Dakar, avaient l’habitude de remarquer sur le visage de notre Gorgui national avaient laissé place à un visage tourmenté à l’idée de voir son successeur, Karim Wade, ne jamais accéder au trône pour lequel il l’avait pourtant préparé.

Depuis lors, comme des âmes en divagation, le couple Wade scrutait vainement le moindre signe de libération de Karim Wade -synonyme de soulagement, songeant même -dans les moments de grand désespoir-, à rejoindre Dakar. Et à créer des émeutes générales, une insurrection populaire qui libérerait l’ancien ministre du Ciel et de la terre des geôles putrides de Reubeus. Une lutte, à laquelle, ce peuple tant aimé ne semblait être prêt à mener.

Dans ses moment de solitude, Abdoulaye Wade s’était toujours demandé comment ses compatriotes ont-ils pu tourner, ainsi, le dos à sa famille? Comment et pourquoi Karim est-il passé à coté du couronnement suprême ? Il n’a jamais reçu de réponses à ces questions. Et ces interrogations ont décuplé sa hantise.

Des voyous perdus et sans chef 

Comme une bande de voyous en déroute, ses fidèles -désormais sans chef- sont dispersés et embrigadés dans nouveaux gangs, implantée comme des âmes perdues aux quatre coins du monde; éparpillés dans des micros partis, débarrassés de leurs convictions d’antan, et courbant l’échine devant des émissaires officieux criant, partout, qu’ils sont prêts à vendre leur âme au nouveau patron du palais de Dakar.

Pendant ce temps, le petit peuple qui s’était senti abandonné par Macky Sall rêve, aujourd’hui, d’un nouveau messie, d’un nouvel élu, qui doit doit l’écouter. Et régler ses problèmes vitaux.

C’est dans ces conditions d’apocalypse générale que la Seule Constante du Pds va arriver à Dakar. Et compte être accueilli en libérateur.

Il l’a promis, il se rendra à Guédiéwaye, dans cette lointaine banlieue de Dakar qu’il avait du mal à reconnaitre grâce à « Ses nombreuses réalisations« , enlèvera son grand boubou et pataugera, avec eux, dans les flaques d’eau.

Avé Wade !

Sur les populations, il répandra ses bénédictions. Distribuera ses bonnes paroles que le petit peuple boira à gorge déployée, touchera la tête et les mains de certains, pour leur donner son onction à donner de leur vie pour faire élire Karim Wade.

En ce jour de triomphe de son arrivée à Dakar, tous ceux qui avaient causé sa perte, tous ceux qui avaient été ses fréquents courtisans et qui avaient fini par lui enfoncer … un bulletin de vote dans le dos, vont trembler.

Ce jour-là, mes frères, mes soeurs, on promettra l’enfer à Macky Sall et à ses partisans. Et Abdoulaye Wade espérera récolter les votes des Sénégalais, obtenir la majorité et voter l’amnistie pour le fils et voir revenir, au palais, un nouveau Wade.

Ce jour-là, tous ceux qui, comme moi, pensent que la politique est une poubelle qu’il faut souvent vider pour qu’elle ne pue pas dans la maison Sénégal, seront considérés comme des mécontents, des maudits. Des aigris qu’il faut faire taire à jamais.

 Babacar Touré 

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