Législatives au Royaume-Uni : de quel métal est faite Theresa May ?

Législatives au Royaume-Uni : de quel métal est faite Theresa May ?

Alors que son pays affronte la violence terroriste et l’incertitude du Brexit, la Première ministre britannique joue gros lors de ce scrutin. Portrait.

Theresa May est de la trempe d’une Margaret Thatcher, mais d’un métal plus souple. À l’instar de la « Dame de fer », le Première ministre et leader de la droite britannique refuse se laisser intimider par qui que ce soit. Elle cultive une image volontaire, forte et gagnante, qu’elle s’est forgée depuis son élection aux Communes, en 1997. L’hôtesse du 10 Downing Street aime citer la prière de Sir Francis Drake, le vainqueur de l’Invincible Armada : « Ce n’est pas dans les commencements, mais dans la poursuite d’une tâche jusqu’à sa réalisation parfaite et sincère que réside la vraie gloire. »

C’est pourtant une grande pragmatique qui a rompu avec le tropisme favorable à la City de son prédécesseur David Cameron, comme avec la vulgate libéralo-thatchérienne pour se faire l’apôtre du juste milieu. Elle ne se veut pas « l’infirmière de choc » du pays comme s’était présentée Thatcher. Ses convictions sont proches de celles des patriciens conservateurs traditionnels : maintenir le rôle de l’État, contrôler les forces du marché, réduire le pouvoir syndical en agissant avec modération ou réintroduire l’excellence dans l’éducation.

Bon chic bon genre

Toujours tirée à quatre épingles, port altier et gestes élégants, Theresa May arbore en toutes circonstances la panoplie bon chic bon genre de la parfaite Britannique des « home counties », les comtés ruraux de la Tamise. Celle qui a succédé, le 13 juillet 2016, à David Cameron à la tête du pays à la suite de la victoire surprise des partisans de la sortie du Royaume-Uni lors du référendum est née le 1er octobre 1956 à Eastbourne, station balnéaire du Sud-Est anglais. Theresa Mary Brasier est la fille unique d’un prêtre anglican et d’une mère sympathisante du Parti conservateur. Elle fait ses études primaires dans un pensionnat de l’Oxfordshire avant de fréquenter une école catholique. À l’université d’Oxford, elle obtient une licence en géographie avec mention. Alors âgée de 25 ans, elle perd ses deux parents : son père meurt dans un accident de la circulation et sa mère décède d’une sclérose en plaques.

Mariée à un banquier de la City, l’ancienne responsable des paiements à la Banque d’Angleterre devenue par la suite consultante financière, est très au fait des arcanes de l’économie, un autre avantage dans les négociations à venir sur le divorce de l’UE.

Faire front

Dans l’opposition, elle gagne ses lettres de noblesse en qualifiant d’ « affreux » son propre parti, alors très marqué à droite, ce qui lui vaudra de solides inimitiés. En 2010, à la tête d’un gouvernement de coalition avec les libéraux-démocrates, David Cameron lui confie le ministère de l’Intérieur. Elle fait front face à la montée du danger terroriste, aux émeutes urbaines de 2011 et à la progression du parti populiste et xénophobe Ukip, ce qui vaut lui d’être reconduite après la victoire conservatrice de 2015. Lorsque le premier « Bobby » du royaume reçoit les syndicats de police en colère contre les coupes sombres dans le budget du maintien de l’ordre, elle laisse son sourire au vestiaire. Pas question également de se laisser intimider par les défenseurs des droits de l’homme lorsqu’elle se lance à la chasse aux clandestins. Un coup à gauche, un coup à droite… et jamais le moindre signe de fatigue ni d’irritation chez cette battante malgré un diagnostic de « diabète de type 1 » rendu public en 2013.

Lors du référendum du 23 juin 2016, la députée de Maidenhead, une ville prospère proche de Londres, était favorable au maintien dans l’Union européenne, mais du bout des lèvres. Cette eurosceptique tendance douce n’a jamais caché son hostilité à la tenue d’une telle consultation, trop simpliste à ses yeux et dont les résultats sont manichéens.

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À la suite de la démission de David Cameron dans la foulée de la victoire des « Brexiteers », Theresa May emporte haut la main la course au leadership conservateur. Elle est la seule candidate potentielle au poste suprême capable d’unir un parti profondément divisé après le référendum.

Sympathique, loyale, fiable, mais dénuée du moindre sens de l’humour

« C’est une grosse bosseuse qui connaît ses dossiers sur le bout des doigts et qui est très exigeante dans le travail », confie l’un de ses collaborateurs qu’elle éreinte en soulignant toutefois un certain manque de chaleur et un comportement volontiers autoritaire et centralisateur. « Elle délègue peu », méfiante envers la haute administration du Civil Service. La « dame » ne s’entoure que d’un petit staff, sa garde rapprochée, dirigé par le duo de conseillers dévoués, Nick Timothy et Fiona Hill, qui fait tourner la machine gouvernementale en court-circuitant la haute fonction publique.

Exigeante par-dessus tout à l’égard d’elle-même, jamais donneuse de leçons, le travail est le seul véritable hobby d’une personnalité qu’un de ses ministres qualifie de « sympathique, loyale, fiable, mais dénuée du moindre sens de l’humour ».

Une chose est sûre, opiniâtre, minutieuse, acharnée et dépourvue de la moindre sensiblerie, l’actuelle occupante de Number 10 a le profil exigé en ces temps troublés. Les attentats de Manchester et de Londres devraient profiter à cette femme de conviction et de courage. Malgré une prestation décevante lors de la campagne, Theresa May fait figure de cheftaine solide et digne pour un royaume profondément désuni et fragilisé face au défi immense d’un Brexit dur.

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