Affaire « trafic » de drogue dans la police : la défense réclame la tête du commissaire Keïta

Affaire « trafic » de drogue dans la police : la défense réclame la tête du commissaire Keïta

Le procès de l’affaire du supposé trafic de drogue dans la police s’est poursuivi hier devant la Chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Dakar. Le parquet a requis 15 ans de travaux forcés contre le Nigérian Raymond Ike Akpa dit Austin. La défense a plaidé l’acquittement et indexé le commissaire Cheikhouna Keita.

Il avait créé un tumulte dans la police, en accusant l’ancien directeur de l’Office central de répression du trafic illicite de stupéfiants (OCRTIS), Abdoulaye Niang, de se livrer à un trafic de drogue. Raymond  Ike Akpa dit Austin s’était présenté comme son collaborateur et avait proposé d’en faire autant avec son successeur, en l’occurrence le Commissaire Cheikhouna Keïta. Ces révélations avaient coûté au policier son poste. Le Nigérian risque de le payer fort cher. En effet, le parquet a requis, hier, 15 ans de travaux forcés ainsi qu’une amende de 10 millions de francs CFA contre lui.
Mais, la défense a trouvé non fondé ce réquisitoire, car, de l’avis de Me Ibrahima Mbengue, il est impossible de vendre des scellés, puisqu’après saisie, ils sont déposés devant le procureur. Par conséquent, il a relevé que leur client n’y a pas accès. Il a aussi déploré la non-comparution des deux commissaires. « On a peur de ce débat qui implique des commissaires. Le commissaire Keita, dans ses déclarations, a dit que l’accusé lui a restitué les 50g qu’il a  remis à sa place. Il y a une manipulation dans cette affaire, car, le brigadier Mame Pathé Guèye a réfuté toutes les accusations. Il n’y a aucune preuve contre notre client qui ne sera pas l’agneau du sacrifice », a martelé Me Mbengue.  L’avocat ne comprend pas aussi que l’accusé soit inculpé pour corruption portant sur 20 millions, alors que, dit-il : « l’argent ne fait pas partie des scellés ».
« Le commissaire Keita a fait une infraction provoquée »Son confrère Me Diop a abondé dans le même sens, en soutenant que « ce n’est pas seulement Austin qui devait comparaître, mais aussi le policier Mame Pathé Guèye et les commissaires Niang et Keita ». Selon l’avocat, leur client comparait sur de simples accusations de Keita, or, souligne-t-il, « d’après  les pièces du dossier, le commissaire reconnaît lui avoir donné une baguette de cocaïne ». « Ce qui est grave pour un commissaire qui prend un scellé qu’il dit contenant de la drogue pour le donner à quelqu’un », a tonné Me Diop. Poursuivant ses accusations contre l’ex-directeur de l’Ocrtis,  il a relevé que « la réquisition faite a balayé d’un revers de main les accusations de Keïta portées contre Niang. « Keita a fait une infraction provoquée ».
Sur sa lancée, il a déclaré qu’il n’y a pas eu de vente et qu’il s’agit d’un dossier totalement vide, car les collègues de Keita ont réfuté la déclaration de celui-ci. Vu la quantité (50 g) pour laquelle Austin est inculpé, Me Mbengue considère que l’affaire devait atterrir devant la Chambre correctionnelle, « mais pas ici ».  « En l’acquittant, personne ne criera gare », a conclu le défenseur.  Son client sera édifié, le  16 mai prochain.

Ce dernier avait comparu, une première fois, le 21 mars dernier. Mais, le procès avait été interrompu au beau milieu de son interrogatoire à cause d’une panne d’électricité survenue dans la salle d’audience n°4. Le Nigérian avait eu, néanmoins, le temps de nier être un trafiquant. Il s’était longuement confié sur ses rapports avec les deux commissaires. Parlant du commissaire Abdoulaye Niang, il avait déclaré : « Quand je l’ai connu en 1999,  je ne savais  même pas qu’il était policier. Il était mon client, je le coiffais, à chaque fois. C’est après que j’ai appris qu’il est un policier et nous n’avons jamais discuté de drogue ».
« Le commissaire m’a tenu en respect avec un pistolet »
Par contre, venant à parler du commissaire Cheikhouna Keïta, le ton avait été tout autre. « Un jour, avait-il raconté, j’ai appelé le  commissaire Niang, mais je suis tombé sur Keita. Je lui ai demandé de me passer Niang, mais il m’a dit qu’il était sorti. J’ai rappelé un autre jour, il m’a donné la même réponse et il m’a dit qu’il voulait qu’on soit ami ». Poursuivant, Austin avait ajouté qu’un jour, le commissaire Keita l’a invité à la boîte de nuit où jouent ses enfants. « Il m’a dit que ses neuf enfants jouent de la musique. Depuis lors, pendant 4 mois, nous ne parlions que de musique et jamais de drogue ».
Puis, sur les circonstances de son arrestation, l’accusé avait expliqué que, de retour d’un voyage, le commissaire Keita lui a demandé de le retrouver à Nord Foire pour lui remettre le parfum qu’il lui avait promis. « Une fois dans son véhicule, il m’a remis un sac contenant de la drogue. J’ai refusé de le prendre. Il m’a tenu en respect avec un pistolet », avait encore soutenu l’accusateur des policiers. Qui, lors de l’enquête et devant le magistrat instructeur, avait allégué avoir reçu de la part du Commissaire Keita 50 grammes de drogue qu’il a donnés à un de ses compatriotes qui l’a vendu à 500 000 F. L’argent, disait-il, avait été reversé au policier pour financer le clip de ses enfants « les Takeifa ».

EnQuête

About Author