JOE OUAKAM

JOE OUAKAM

Joe Ouakam, c’était le totem de Dakar. Son génie protecteur. L’un des rares citoyens qui pouvaient se promener dans la ville à toutes heures de la nuit sans se faire agresser. Il portait toute une histoire. Il était de ceux qui avaient incendié le Centre Culturel Français lors d’une folle journée de mai 68. Ironie du sort, ce haut lieu était son refuge où il se nourrissait intellectuellement et culturellement. A l’autre versant de cette avenue, sur la Rue Jules Ferry, se trouvait son antre. Toute une autre histoire qui risque de partir en fumée. En ces lieux repose le génie créateur de l’homme. Des œuvres inestimables qui pourraient être la proie des rapaces. C’est malheureusement une des caractéristiques de notre pays où les œuvres des créateurs ne sont pas protégées. Et pour celles de Joe, un promoteur immobilier pourrait les transformer en amas de poussière. Menacé d’expulsion des lieux, il y a quelques mois, les autorités s’étaient empressées de le bombarder de millions. Comme s’il était pauvre ! Alors que ce dont il avait le plus besoin, c’est d’une position claire sur la sauvegarde de ce lieu et des œuvres qui y gisent. Et c’est là où l’on attend la position de l’Etat en cette année décrétée comme étant celle de la culture. Et ce matin, des discours vont encore l’accompagner jusqu’à sa dernière demeure. Lui qui se foutait de tout ce cérémonial et surtout des vœux pieux de l’Etat de faire de la culture une industrie. A propos de cette politique culturelle, il disait, il y a plus de 20 ans, que c’est une politique de «Tapaalé» (de tape à l’œil). Et rien n’a changé depuis ! Lui, il traduisait sa politique en générosité et a permis à plusieurs générations d’artistes d’éclore. Salut l’artiste et repose en paix, immortel Joe !

Kaccoor Bi (Le Témoin)

Categories: CHRONIQUE

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