Chronique: C’est faux, monsieur le Président, ils vous trompent!

Chronique: C’est faux, monsieur le Président, ils vous trompent!

Je me suis toujours demandé combien de temps il va falloir à Macky Sall pour comprendre qu’il est abusé. Que les hommes censés expliquer ses politiques, défendre ses positions et vendre son image aux populations ne lui disent pas la vérité.

Il a fallu les broncas répétées des Sénégalais à son endroit – à Paris d’abord, puis à Genève et à nouveau à Paris- et les multiples tentatives malheureuses d’explication des services de communication de la présidence pour que je me rende compte qu’il ne faut plus rien attendre de l’actuel locataire du palais de Dakar.

Macky Sall est sourd et aveugle. Et sa surdité comme sa cécité l’emporteront au soir de la future élection présidentielle comme elles ont balayé le président Abdoulaye Wade et sa suite, en mars 2012, alors que ses fédayins comme les services de renseignements lui prédisaient une nette victoire sur ses concurrents dont Macky Sall qu’il raillait, en disant l’avoir aperçu sur l’avenue Ponty « accompagné, tout juste, de deux personnes dans son cortège de campagne. »

En polémiquant sur le nombre des pourfendeurs qui ont osé conspuer Macky Sall à Genève, en épiloguant sur la qualité et la moralité des « énergumènes » qui ont crié haro sur leur champion, les communicants du palais ont voulu, à défaut de nier la réalité de l’action subversive menée à l’encontre de la première personnalité sénégalaise, la banaliser, lui enlever toute crédibilité, toute symbolique. Au lieu de chercher à comprendre l’origine de leur colère et essayer de discuter avec eux, on les sali, les insulte, les radicalise davantage. Le réveil risque d’être brutal.
Je suis d’autant plus outré que je me rends compte que ce sont les hommes que j’ai toujours crus lucides et honnêtes qui se mettent, maintenant, à tronquer les faits comme, lorsque je vois mon frère et ami -je le revendique- Yakham Mbaye dire que « ce sont 7 personnes qui se sont mises à crier devant l’entrée de la résidence de l’ambassadeur parce qu’on leur a interdit l’entrée. »

Les gens qui sont venus crier leur colère à Macky Sall, et qui l’avaient fait à Genève, ne sont pas au nombre de 7, ce ne sont pas des « militants frustrés de l’APR » ni des « vendeurs ambulants » comme a voulu nous le faire gober Yakham Mbaye et compagnie. C’est faux et archi faux. Ce sont des Sénégalais qui vous aiment et aiment le Sénégal, ce sont des compatriotes qui vous ont soutenus et qui ont été sinon abandonnés insultés et marginalisés.

S’il est vrai que ces gens -que je connais bien- avaient tous ou presque voté pour Macky Sall, en 2012, les conspuateurs du Président de la République n’ont rien de manipulés encore moins de frustrés ou de « pas lucides » -l’expression est de Yakham Mbaye; ce sont des pères et mères de famille déçus par la gestion des affaires publiques.

Ils s’appellent Awa Caillé, Khalifa Ababacar Diop, Cheikh Tidiane Sall, Lamine Samaté, Hattab Ndiaye, Ngoné Gomis, Lamine Diadhiou, Ibrahima Diop, Demba Sanè… et ils n’ont aucune proximité avec des liqueurs ou substances hallucinogènes. Ce sont de braves citoyens qui avaient cru en la gestion vertueuse promise par le candidat Macky Sall.

Et qui se sont -une fois l’APR au pouvoir- retrouvés impuissants face à la gestion vicieuse dune famille, d’un clan, d’une ethnie, d’une classe politique presque éternelle que des électeurs, comme moi, voulaient envoyer à la retraite, en 2012.

En chassant Abdoulaye Wade du palais, les électeurs avaient sanctionné une certaine pratique du pouvoir symbolisée par Awa Coudou Ndiaye,  Sérigne Mbacké Ndiaye, Djibo Leîty Ka  -l’homme du reniement perpétuel. Mais, à peine les a t-on chassés par la grande porte, Macky Sall les a fait entrer par les fenêtres du palais. Nous avons barré la route à Karim Wade, on s’est retrouvé avec un Aliou Sall boulimique de juteux dossiers pétroliers et gaziers, un Mansour Faye prétentieux etc.

Ceux qui sont venus conspuer Macky Sall et vont le faire à chaque fois que le président sera en déplacement à Paris comme partout en Europe, ce sont ceux-là qui fréquentaient Mme Awa Diop Mbacké, la responsable des femmes APR de France, avant qu’elle ne devienne cette Grande Dame qui regardent ses ancienne copines de haut. « (Les) snobent et (les) insulte de mère et de père dès qu’elles ont le dos tourné. » Comme l’ont dénoncé les femmes APR, actuellement dirigées par Thiabatell Sall.

Ngoné Gomis et compagnie ont réalisé ce que des milliers de Sénégalais -à Paris où je les ai côtoyés, à Barcelone où je les ai connus, en Italie où j’ai été les écouter,- rêvent de faire: déranger le président dans son sommeil.

Hattab Ndiaye et compagnie ont réussi à faire ce que l’association des ressortissants du Waalo (ARWALO) en France rêve de faire; ce que les jeunes de kédougou, les Mandingues avec Cheikh Moustapha Sylla de Taiba, ce que les Manga Bodian et Badiane comme les Dahiras proches de Cheikh Atkhana Aïdara, à Cergy, les envient: amener Macky Sall et sa suite à les entendre. A écouter leurs plaintes.

Dans chacune de ces associations, on compte plus 100 membres, tous Sénégalais -plus de 1000 pour les Manga, Bodian et Badiane- et pourtant les représentants du Sénégal, à Paris, les ont toujours ignorés, préférant aller danser du Yéllah avec Baba Maal à Fouta Sur Seine….pardon Mantes-la-Jolie quand le consul général ne s’invente pas une excuse bidon pour ne pas honorer la rencontre de sa présence.

Ceux qui, à Genève comme à Paris, ont crié « Macky voleur« , « Macky Sall, dictateur« , ce sont les anciens amis de Macky Sall que ses représentants actuels, à Paris, se sont aliénés. Ce sont ceux-là à qui le consul général, Amadou Diallo, a fermé les portes du consulat, les abandonnant avec des problèmes que tout consul -digne de ce nom- aurait réglé en un temps record.

Eux, ce sont ceux-là qui, suite au décès de Michel Diatta, un sénégalais mort dans la solitude, ont demandé l’aide du consulat pour rapatrier le corps à Dakar. En guise de réponse, Amadou Diallo leur a fait comprendre que « l’assistante sociale du consulat était en vacances. »

Résultat: le corps de Michel Diatta est resté deux mois à la morgue. Il a fallu que Mamadou Nkrumah Sané, oui le chef en exil du MFDC, tape à la porte de tous les Casamançais, leur tienne un discours régionaliste, séparatiste, pour que, enfin, on puisse récolter suffisamment d’argent et payer les frais de rapatriement du corps de ce compatriote.

Ceux qui ont conspué le président, ce sont ceux-là qui sont révoltés d’apprendre que le consul, Amadou Diallo, a traité Fossari Sagna de Bissau-guinéen et refusé de se présenter à sa levée du corps; alors que le jeune homme, de 16 ans, a été assassiné par une horde de voyous banlieusards. Et que, ému par cet assassinat, la mairie d’Aubervilliers  a tout pris en charge et rendu possible le rapatriement du corps de notre défunt compatriote, à Bambaly, en Casamance.

Au même moment, d’autres compatriotes, plus ou moins proches des tenants du pouvoir, comme le chanteur Demba Dia, ont pu être rapatriés dans de brefs délais sur Dakar avec, en guise de bonus, le privilège de voir Mme Awa Diop Mbacké, vice consul, et Amadou Diallo venir tenir une oraison funèbre, à la levée du corps, en l’honneur de son Excellentissime Macky Sall. ça s’appelle du deux poids, deux mesures alors qu’on attendait,  du régime, la stricte égalité de traitement des citoyens. De tous les citoyens.

En 2012, le candidat Macky Sall était un homme conciliateur, un homme accessible qui pouvait aller voir Aissata Dème à Fouta Sur Seine, pouvait discuter, au téléphone, avec Chérif Djiba pour mobiliser les Diola autour de sa candidature.

Macky Sall président, on le comprend aisément, ne pourrait se soumettre à ces civilités mondaines. Mais, lorsque les hommes censés le représenter, parler en son nom, signer nos documents administratifs et demandeurs de nos voix pour les futures élections, n’ont que du mépris pour leurs concitoyens que nous sommes, c’est tout à fait normal et légitime qu’ils reçoivent nos crachats à la figure.

Il n’y a aucun complot à voir derrière ce mode légitime d’expression d’un sentiment de frustration. Sous le régime d’Abdoulaye Wade, d’autres compatriotes, dans des cas semblables, sont venus se flamber devant les grilles du palais comme Penda Gotha Kébé, cette mère de famille qui, lasse de courir derrière une audience avec un père pour lequel elle a tout sacrifié, s’est transformée en torche humaine devant les fenêtres de l’empereur Wade 1er, en Italie.

Crier « Macky voleur » à la rue Vineuse à Paris, devant des voisins stupéfaits, c’est leur manière à Ngoné Gomis, Hattab Ndiaye, Meissa Touré, Demba Badji alias boy Bignona, de rappeler à Macky Sall -et à sa suite- qu’ils sont Sénégalais et méritent respect et considération.

Babacar Touré

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