Donald Trump : le dîner des correspondants menacé

Donald Trump : le dîner des correspondants menacé

En raison des relations exécrables du président américain avec la presse, les appels au boycott de ce gala placé sous le signe de l’humour se multiplient.

Ça n’a jamais été l’amour fou entre les médias et la Maison-Blanche. Les rapports entre les Clinton et la presse étaient détestables, ceux de George Bush houleux… Mais en général tout ce beau monde se retrouve chaque année au printemps lors d’un rituel incontournable, retransmis à la télé : le dîner des correspondants de la Maison-Blanche. Dans une grande salle de l’hôtel Hilton, quelque 2 500 personnes en tenue de soirée – le gotha des journalistes politiques, des célébrités, et bien sûr le président américain – se rassemblent pour cette cérémonie très mondaine aux allures de soirée des Oscars. On y récompense des reporters, on y lève des fonds pour des bourses d’études… tout cela en échangeant des plaisanteries avec le président du moment.

Cette année pourtant, comme beaucoup de choses à Washington, le dîner du 29 avril est devenu très polémique. Entre Trump et les médias, c’est la guerre. Il multiplie les attaques via Twitter contre le New York Times et CNN, prend nommément à partie des journalistes, clame qu’ils mentent tous, les qualifie de « malhonnêtes »… Les médias se vengent en détaillant ses potentiels conflits d’intérêts, ses innombrables cafouillages, les luttes de pouvoir au sein de son équipe…

Appels au boycott

Dans cette atmosphère éminemment toxique, l’hebdomadaire The New Yorker a décidé d’annuler le gala qu’il organise traditionnellement à l’hôtel W ce soir-là. Tout comme Vanity Fair qui, lui, tient une soirée très convoitée, dans l’élégante résidence de l’ambassadeur de France. Son rédacteur en chef Graydon Carter, qui a des escarmouches avec Donald Trump depuis des décennies, a annoncé qu’il avait prévu d’aller à la pêche dans le Connecticut. Les acteurs des séries House of Cards et Scandal, invités sous l’ère Obama, ne seront pas au fameux dîner, pas plus que Scarlett Johansson ou George Clooney.

Un certain nombre de médias, notamment le New York Times, ont depuis longtemps choisi de ne pas participer au dîner, estimant peu éthique de frayer en robe de soirée et smoking avec des personnes sur lesquelles le journal doit écrire de manière objective. Cette année, considérant l’hostilité affichée du président et de ses conseillers vis-à-vis de la presse, l’intérêt même de ce dîner semble encore plus douteux et certains appellent à un boycott comme l’éditorialiste de US News & World, Robert Schlesinger : « Les médias devraient acheter leurs places comme d’habitude (c’est pour une bonne cause), mais prévoir autre chose ce soir-là, et si (Donald Trump) vient, laissez ce narcissique obsédé par la taille des foules et l’audimat parler devant une salle vide », écrit-il.

Trump ridiculisé en 2011

Donald Trump n’a pas confirmé sa venue à l’événement. Aura-t-il envie d’y participer ? En 2011, alors qu’il clamait partout que Barack Obama était né à l’étranger et donc illégitime, le magnat de l’immobilier s’était fait ridiculiser par le comédien Seth Meyers qui présidait les festivités. Et le président Obama lui-même s’était moqué de lui : « Maintenant, il peut se concentrer sur des sujets vraiment importants comme : L’homme a-t-il vraiment mis les pieds sur la lune ? », avait-il dit. Ce qui n’avait pas plu à Donald Trump à voir sa mine revêche… Le lendemain, il avait marmonné que Meyers n’avait « aucun talent ». On susurre que c’est cette humiliation qui l’a poussé à se présenter aux élections.

Mais il n’est pas le seul à avoir souffert lors de ces dîners placés sous le signe de l’humour. En 2006, l’animateur de talk-show Stephen Colbert s’était lancé dans une critique violente de George Bush et des médias qui avaient gobé son histoire d’armes de destruction massive en Irak. Le président de l’Association des correspondants de la Maison-Blanche s’est fendu d’un communiqué pour affirmer que le dîner aurait bien lieu et que « comme tous les ans, nous célébrerons le premier amendement et le rôle qu’une presse indépendante joue dans une République en bonne santé. » Certains journalistes ne sont pas mécontents que les stars boudent. Ces dernières années, le gala était devenu un grand raout, où l’on trouvait plus de lobbyistes et d’acteurs que de reporters.

Le Point.fr

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