A New York, l’incrédulité au QG d’Hillary Clinton

A New York, l’incrédulité au QG d’Hillary Clinton

La plupart des supporteurs de la candidate démocrate voulaient « être là où l’histoire est en train de se faire ». Mais Donald Trump mène la course à la Maison Blanche.

LE MONDE

Ils pensaient assister à un événement historique : l’accession d’une femme à la Maison Blanche. Mais les supporteurs d’Hillary Clinton ont déchanté au fur et à mesure que plusieurs Etats-clés basculaient en faveur de Donald Trump.

Les démocrates, réunis sous l’immense plafond de verre du centre de conférence Jacob K. Jarvits, dessiné par Pei, sur les bords de la rivière Hudson, étaient arrivés confiants. Il était à peine 19 heures. Dehors, plusieurs milliers de personnes qui n’avaient pas pu entrer ont commencé à se rassembler. Venus avec les enfants, avec en fond visuel l’Empire State Building, aux couleurs nationales : rouge, blanc, bleu. Une femme à la présidence ? « Il est plus que temps, oui, on a 100 ans de retard », juge Simone Weissman, une agente immobilière de Manhattan qui a laissé sa famille à la maison, mais ne voulait pas rater l’événement.

Les premiers Etats attribués par les chaînes de télévision provoquent des clameurs enthousiastes. Un peu pour s’échauffer, parce que les Etats en question sont des bastions démocrates : l’Illinois, le Connecticut… Dans la foule, on fait des plans, qui passent tous par l’élection d’Hillary. Wendy Brewster espère que l’ex-secrétaire d’Etat va « rassembler le pays, au contraire des Républicains ». Christopher Bloom, 47 ans, juriste, pense qu’elle sera « au service du peuple » et fera « l’histoire » comme Barack Obama, le premier président afro-américain.

La fébrilité monte un peu, au fur et à mesure que la température descend. « On a besoin d’une victoire », s’impatiente Simone Weissman, qui avoue qu’elle a très mal dormi, pendant toute la semaine. Les chaînes annoncent l’Etat de New York pour Hillary. Ce n’est pas une surprise, mais à ce stade la plaza exulte. Hillary prend la tête avec 97 délégués contre 84. Immédiatement, le Texas renverse la tendance. Les Etats « rouges » (républicains) défilent sur le grand écran monté dans la rue. Trump mène même en Floride.

La Floride ! On la savait disputée, mais Trump fait mieux que Mitt Romney dans certains comtés : les républicains se sont regroupés. La Floride, gagnée deux fois par Barack Obama ! Le dernier président qui a gagné l’élection sans le Sunshine State est Bill Clinton, en 1992, mais c’était une course avec un troisième homme, Ross Perot. « Le vote cubain », reproche Amy Joachim, une avocate qui est allée faire campagne pour Hillary dans l’Ohio, en avouant son inquiétude.

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Un pays plus divisé que jamais

Paula Pretlow, une gérante de fonds d’investissement originaire de San Francisco, élégante dans un long manteau camel, débarque de Cleveland (Ohio), où elle a passé deux jours à frapper aux portes, dans les quartiers afro-américains. Avant ça, elle était dans le Nevada. Et en Californie, elle a levé des fonds pour Hillary. « Une frontière à la fois », dit-elle à propos d’Hillary, après Barack Obama. Sur son téléphone, elle montre les messages de ses enfants. « Maman, écrivait le matin sa fille de 27 ans. Je me suis réveillée avec tellement d’anxiété. Je n’ai jamais eu aussi peur à propos d’une élection. » Son fils, 31 ans : « J’ai tellement de mal à me concentrer au travail. »

Paula voulait « être là, dans la salle où l’histoire est en train de se faire ». Dehors, des familles commencent à partir. Les enfants sont gelés. Dedans, on finit par applaudir les 2 000 voix d’avance que vient de reprendre Hillary Clinton en Virginie. Cinq mille voix, même, annonce Wolf Blitzer sur CNN, l’air soulagé, comme la plupart des présentateurs. Ouf, la Virginie est sauvée, et avec elle le chemin qui conduit à 270, le nombre de délégués requis pour emporter la présidence. On applaudit le Nouveau-Mexique, toujours aussi bleu. Mais le Michigan, ancienne terre ouvrière, est trop serré pour être décidé. Et Trump est sur les talons de leur candidate partout ailleurs. Jusque chez les fidèles, comme le Wisconsin.

Katy Perry intervient sur la scène dans une longue robe rouge scintillante : « Mes parents ont voté pour Trump, annonce-t-elle. Mais nous fêterons quand même Thanskgiving ensemble. » Pour une fois, personne n’a sifflé le nom du magnat de l’immobilier. Un résumé de la situation du pays, plus divisé que jamais.

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