CONFLIT GÉOSTRATÉGIQUE SUR LE PÉTROLE SÉNÉGALAIS

CONFLIT GÉOSTRATÉGIQUE SUR LE PÉTROLE SÉNÉGALAIS

Les Usa et la France déclenchent une guerre froide

Après avoir fini d’agiter la gazette politique sénégalaise, le pétrole découvert dans le pays, commence à allumer des foyers de tension à l’échelle internationale. Aujourd’hui, ces découvertes pétrolières «enflamment» les relations entre les États-Unis et la France. Du moins, si on se réfère, aux attitudes adoptées et déclarations tenues ces derniers temps par ces deux forces occidentales. Pour l’instant, cela semble revêtir les habits d’un duel à distance qui s’apparente plus, selon des interlocuteurs qui s’en sont ouverts au quotidien ZOOM INFOS, à des balbutiements d’une guerre froide.

La dernière visite au Sénégal du premier ministre de la France Emmanuel Valls a pu mettre à nu un pan de la volonté des décideurs français de contrôler ou de jouer un rôle dans l’exploitation du pétrole sénégalais. D’ailleurs, Valls a clairement indiqué que la France, loin de demeurer indifférente à ces découvertes, était entièrement intéressée par les ressources naturelles du Sénégal. Manuel Valls, dont la visite au Sénégal s’inscrirait en droite ligne de la stratégie d’accaparement de nos produits, aurait tout à fait en ligne de mire, le pétrole sénégalais. Et par son dé- placement officiel, la France faisait les yeux doux au Séné- gal. En inscrivant dans son calendrier de travail, les intérêts des entreprises françaises installées au Séné- gal, il ouvrait la brèche à la société d’exploitation pétrolière Total pour la mettre au bain du pétrole. «La venue du premier ministre français n’était pas du tout fortuite. Il avait même déclaré ouvertement que le pétrole sénégalais intéresse la France. Or, la société française installée au Sénégal et qui s’intéresse au pétrole et aux hydrocarbures, c’est bien et sans nul doute, le groupe Total. Pour des soucis géostratégiques, tout ce que la France peut faire pour que Total puisse contrôler des parts d’actions dans le capital des sociétés exploiteuses, elle le fera, à tout prix. Ce pays colonisateur qui nous a légué sa langue officielle, sa monnaie, sa constitution, son armée, son architecture judiciaire et qui contrôle l’essentiel de nos entreprises, ne nous laissera opérer en roue libre avec notre pétrole», relatent des sources bien impliquées dans ce dossier. D’ailleurs, poursuivant, elles soupçonnent la France d’être derrière les attaques et les accusations à l’origine de l’enquête parlementaire engagée au Burkina Faso contre Franck Timis qui contrôle à hauteur de 30 pour les parts d’actions, contre 60 pour cent pour Kosmos Energy et 10 pour cent pour Petrosen. Les pratiques malsaines menées par Frank Timis remontent au magistère de Blaise Compaoré. Et c’est un secret de polichinelle que l’actuel régime burkinabé gère sous la coupe réglée du pays de Marianne qui y compte et développe des intérêts de taille. Les autorités voient en la personne du roumano-australien un dealer international, un magnat extrêmement dangereux à mettre hors d’état de nuire. La situation au Burkina Faso va impacter sur celle du Sénégal où le débat sur l’image et la moralité de l’homme qui contrôle une bonne partie de notre pétrole ont fini de toucher le bas.

Aujourd’hui, pour que la moralité douteuse de Frank Timis ne déteigne sur l’image de la première puissance mondiale qui contrôle les 60 pour cent à travers la société américaine Kosmos Energy, les américains voudraient coûte que coûte s’accaparer des 30 pour cent du roumano-australien. Des résultats compromettants contre Frank Timis de plus en plus sous la qualification de délinquant financier mondial à l’issue de l’enquête parlementaire au Burkina Faso et le statut d’Aliou Sall comme personnalité politiquement exposée (PPE) aux États-Unis mettraient Kosmos Energy dans une posture inconfortable. Et son image s’en retrouverait ternie. Ce qui pourrait pousser les autorités de ce pays à prononcer sa radiation de la bourse américaine. E, fait, la loi américaine est très rigoureuse à ce propos et expose les sociétés violatrices à des représailles. L’assimilation d’un individu à une personne exposée est en fait un délit de corruption chez les américains. « L’implication du frère du président dans le dossier du pétrole pourrait amener la foi fédérale à le considérer comme une personne politiquement exposée. Maintenant, pour éviter de tels risques, Kosmos Energy veut se débarrasser de ces deux personnages. Il est question donc pour cette société d’acquérir les parts de Timis qui collabore avec Aliou Sall et se débarrasser d’eux une bonne fois pour toutes ».

Frank Timis, Aliou Sall et Kosmos Energy sont-ils dans le viseur du Gendarme de la bourse américain ?

La SEC (Security and Exchange Commission), en tant qu’institution américaine, est l’organisme fédéral de réglementation et de contrôle des marchés financiers, en quelque sorte le gendarme de la bourse américaine. Les lois et règlements qui régulent le marché financier aux États-Unis proviennent du principe que tout investissement institutionnel ou privé doit avoir accès à un minimum d’informations avant d’acheter et pendant toute la durée de la détention des actions de ladite société. Cette institution de contrôle impose à toutes les entreprises cotées de procéder à une due diligence avant de signer un contrat ; c’est-à-dire une analyse précise de tous les aspects régissant le contrat : les aspects financiers, techniques, légaux et surtout s’assurer que les personnes impliquées ne sont pas des personnes politiquement exposées (PPE).

Genèse d’un contrat abracadabrant

Au début, l’Etat du Sénégal signe un contrat avec Frank Timis à travers sa société dénommée Pétrotim Limited où le frère du Chef de l’Etat est recruté comme gérant. Et l’actionnariat se dressait ainsi qu’il suit : 90 % à Pétrotim, 10 % à l’Etat du Sénégal à travers Petrosen. Par la suite, quand le débat sur un éventuel délit d’initié s’amorce et commence à embaumer l’atmosphère, Pétrotim Limited cède toutes ses actions à Timis Corporation appartenant toujours au roumano-australien Frank Timis. C’est dire donc que Frank Timis vend à Frank Timis pour faire disparaître l’appellation de Pétrotim et l’identité d’Aliou Sall intimement liées, dans le registre des administrateurs. Par la suite, Timis Corporation va céder 60 % de ses actions à la société pétrolière américaine connue sous le nom de Kosmos Energy. Ce qui changera la configuration du capital. En effet, les américains se retrouvent avec 60 %, Frank Timis se console des 30 % et l’Etat du Sénégal garde encore et toujours ses maigres 10 %. Aujourd’hui, pour ne pas être victime des images peu reluisantes de messieurs Aliou Sall et Frank Timis, ces deux larrons en foire, respectivement présumé Personne Politiquement Exposée (PPE) et sous le coup d’une enquête parlementaire au Burkina Faso, Kosmos Energy veut s’approprier les 30 % du roumano-australien et régner en maître majoritaire dans le capital à côté d’un État du Sénégal véritablement minoritaire. Pendant ce temps, les français lorgnent le pétrole sénégalais, développerait des stratégies souterraines pour prendre sa part du gâteau. Ce qui ouvre l’ère de la guerre froide entre les deux grandes puissances que sont les États-Unis et la France autour du pétrole du Sénégal. Les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts…

La sempiternelle rivalité franco-américaine

Le pré carré français, en Afrique subsaharienne, a souvent été le théâtre d’une rivalité âpre entre les États-Unis et le pays de Marianne. Pour rappel, Claude Silberzahn, ancien patron de la Direction générale des services extérieurs français (Dgse), dans une interview accordée à Rfi.fr en septembre 2016, dévoile comment la France a eu la peau de Hissène Habré, qui était soupçonné d’être en connivence avec les Américains. A l’époque, les deux puissances de l’Otan se livraient à un jeu de dupes pour faire main basse sur les ressources naturelles de la zone qui aiguisaient l’appétit de Mouammar Kadhafi, l’ennemi public numéro 1 de l’Administration Reagan. La guerre au Mali dévoile un autre pan de ce conflit géostratégique, relativement au projet américain de créer le Grand Moyen Orient, qui concerne certains pays de l’Afrique du nord. Itou avec la création d’Africom, braqué sur le trésor immense du Golfe de Guinée où sévit Boko Haram et dont les bases sont installées à Dakar. Par-delà l’Afrique, le refus de Jacques Chirac de souscrire à la deuxième « Guerre du Golfe » déclenchée par Bush-fils pour des motivations obscures est à verser dans le même créneau de révélations. C’est dire, en définitive, que les récentes découvertes de gisements pétroliers et gaziers au Sénégal doivent susciter une certaine vigilance, pour éviter de sombrer dans les travers de la «malédiction des ressources naturelles».

( source Zoominfos )

Categories: ECONOMIE

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