Côte d’Ivoire : qui est Jean-Marie Ackah, le nouveau patron des patrons

Côte d’Ivoire : qui est Jean-Marie Ackah, le nouveau patron des patrons

Jean-Marie Ackah, président du conseil d’administration de la Société ivoirienne de production animale (Sipra) et parmi les principaux agro-industriels du pays a été élu jeudi soir à la présidence de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI). Il succédera après le 25 novembre à Jean Kacou Diagou (JKD), fondateur du groupe de banque-assurance NSIA, qui occupait ces fonctions depuis une décennie.

Depuis plus de six mois, les deux vice-présidents de la CGECI, Jean-Marie Ackah et Alain Kouadio, fourbissaient leurs armes en coulisse. Et aucun ne semblait décidé à renoncer aussi près du but, malgré les tentatives de dialogue engagées par leurs entourages respectifs.

C’est finalement la carte de la maturité qui l’a emporté. Jean-Marie Ackah, 61 ans, le fondateur de la Société ivoirienne de production animale (Sipra), a été élu jeudi soir par le conseil d’administration de l’organisation patronale.

Un vote à défaut du consensus

« L’ordre du jour ne prévoyait pas la tenue de l’élection. Mais, les administrateurs ont procédé à un vote pour inscrire l’élection du nouveau président à l’ordre du jour. Mathieu Kadio Morokro, le président du groupement professionnel de l’industrie du pétrole (GPP) a été désigné président de séance pour conduire les opérations de vote », révèle un administrateur de la CGECI qui a requis l’anonymat.

Les deux candidats déclarés ont été auditionnés par le conseil d’administration. Finalement, les administrateurs ont opté pour l’élection du nouveau patron des patrons, par défaut de consensus sur la candidature de Jean-Marie Ackah ou d’Alain Kouadio. Le vote a donné 21 voix pour Jean Marie Ackah et 4 voix pour Alain Kouadio.

« Je serais le Président de tous les patrons sans exception », a confié à Jeune Afrique, le nouveau Président élu qui n’entrera en fonction qu’après le 25 novembre, au lendemain de l’Assemblée Générale de clôture des comptes 2015.

« Je félicite mon adversaire. Je retiens que je suis allé jusqu’au bout et j’en suis fier. J’ai donné un bel exemple à ma génération », a déclaré Alain Kouadio à Jeune Afrique.

La CGECI ne peut être dirigée par un patron qui manque d’envergure.

Jean-Marie Ackah compte parmi les principaux agro-industriels du pays, au même titre que les dirigeants de Sifca, dont on le dit proche. Son groupe réalise environ 70 milliards de F CFA de chiffre d’affaires.

« La CGECI ne peut être dirigée par un patron qui manque d’envergure. Jean-Marie Ackah possède la puissance financière suffisante », soufflait mi-octobre l’un de ses partisans. L’intéressé insiste surtout sur sa capacité à rassembler les plus importantes sociétés du pays depuis qu’il préside l’Union des grandes entreprises industrielles de Côte d’Ivoire (Ugeci). « La CGECI doit constituer le creuset des organisations patronales, comme le Medef », affirmait mi-novembre Jean-Marie Ackah.

Le quinqua Alain Kouadio, le fondateur du groupe Kaydan, présent dans les secteurs de la distribution de gaz, de l’immobilier, de la finance et des télécoms et dont le chiffre d’affaires atteint 25 milliards de F CFA, comptait sur sa connaissance des rouages de la CGECI pour faire chuter Goliath – ou à tout le moins le pousser dans ses retranchements.

Introduit par Mathieu Kadio-Morokro, président de la société de distribution d’hydrocarbures PetroIvoire, le diplômé de l’université de Sherbrooke (Canada) a été secrétaire général du Groupement des professionnels de l’industrie du pétrole (GPP) de 2003 à 2010 et membre de la commission économique de la CGECI. C’est en prenant la présidence de cette structure stratégique qu’il s’est rapproché, à partir de 2007, de Jean Kacou Diagou, le fondateur du groupe de banque-assurance NSIA.

Fin de l’ère Jean Kacou Diagou

Après plus d’une décennie de règne, ce dernier tirera sa révérence en quittant la présidence de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI). Échu théoriquement en 2014, son mandat avait été prorogé de deux ans pour coïncider avec le renouvellement du conseil d’administration du syndicat. L’exécutif de la CGECI avait ainsi répondu au souhait du chef de l’État de voir JKD rester à la tête du patronat au moins jusqu’à l’élection présidentielle de 2015.

Figure tutélaire du milieu des affaires ivoirien, ce cadre du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) affiche un soutien constant au gouvernement depuis la crise de 2011. À l’étranger, il a été de tous les grands raouts pour faire la promotion de son pays auprès des investisseurs. Mission pour laquelle il a reçu un appui franc des autorités françaises, toujours promptes à l’inviter à s’exprimer lors des événements organisés à Paris.

Sur la scène nationale, JKD a aussi contribué à la visibilité du secteur privé, tout en ménageant le pouvoir ivoirien lorsque celui-ci confiait un grand nombre de contrats à des groupes étrangers, principalement dans le BTP. Le leadership de la CGECI, contesté par la chambre de commerce et d’industrie quand Jean-Louis Billon présidait cette dernière, est aujourd’hui incontestable. La Confédération fédère 1 500 entreprises, qui cumulent 14 000 milliards de F CFA (21,3 milliards d’euros) de chiffre d’affaires, représentent plus de 200 000 emplois au total et participent à hauteur de 80 % aux recettes de l’État.

« Nous allons rendre un vibrant hommage à Jean Kacou Diagou qui a hissé très haut le patronat ivoirien tant au niveau local qu’international », a également indiqué Jean-Marie Ackah.

Jean-Marie Ackah

Vice-président de la CGECI depuis 2014

Président de l’Union des grandes entreprises industrielles de Côte d’Ivoire

Président du conseil d’administration du groupe Sipra (aviculture) et PDG des Moulins de Côte d’Ivoire, 70 milliards de F CFA de chiffre d’affaires

Président du conseil d’administration de la Bicici (filiale ivoirienne de la BNP)

Maîtrise en gestion de l’université de Cocody

Diplôme de l’Institut de recherche et d’action commerciale (Idrac) à Paris et de l’Institut français de gestion

Baudelaire MieuJulien Clémençot (Jeune Afrique)

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