Sénégal : les fleurs de l’épreuve

Sénégal : les fleurs de l’épreuve

Pape FALL, Opérateur économique
Notre cher Sénégal rencontre, aujourd’hui, un double défi: l’instruction sans travail et le pétrole sans instruction. Si nos jeunes continuent à s’instruire dans les facultés et les instituts de formation, sans toujours trouver de travail, cela pourrait être frustrant. En effet, un homme instruit peut se projeter dans l’avenir, contrairement à un non instruit : s’il n’y voit que du négatif, il peut commencer à avoir peur, d’où l’intérêt de trouver, pour lui, les mesures d’accompagnement nécessaires.

Toute créature, humaine ou non humaine, peut, comme toute ressource, être valorisée, mais pour y parvenir il faut posséder le savoir nécessaire et incontournable. Ce qu’il faut garder en mémoire est que, sauf exception, toute créature animée ou inanimée porte en elle du positif et du négatif. Quel est le savoir que nous devons tous chercher ? Est-ce celui qui peut nous aider à nous connaître nous-mêmes? Oui. Ce savoir nous fait aussi comprendre comment vivre avec notre prochain, comment exploiter tout ce qui a été créé et mis à notre disposition et pourquoi. Le premier ennemi de l’être humain est l’ignorance. Si l’homme ne sait pas que le plus important est de vivre avec son prochain d’une manière raisonnable, alors il peut être son propre ennemi, et celui de tous les hommes.

Prenons l’exemple du pétrole, puisque nous savons maintenant que le Sénégal en possède

À mon avis, l’exploitation du pétrole doit servir, en priorité, à instruire la partie de la population qui ne l’est pas encore. Les premières retombées économiques de cette richesse naturelle devraient être consacrées à l’instruction qui apporte la lumière et la formation professionnelle des populations car elles enrichissent un pays. Je trouve qu’il faudrait davantage de très bonnes formations pour les enseignants et des infrastructures adéquates pour mieux faire aimer l’école à nos enfants. Sans l’école, l’homme tourne en rond.

L’Occident a longtemps vécu sous-développé. Ce qu’il a exploité, pour se développer, existait pourtant quand il vivait ce sous-développement: métaux, minerais, pétrole, or, diamants…et même la matière grise ! Avec quoi l’Occident est-il arrivé à se développer ? Avec le savoir qui a amené la révolution industrielle et la croissance économique. Pour arrêter le gaspillage intellectuel, qui freine le développement équitable du monde, il faut impérativement que tous les enfants fassent des études. L’intelligence, que je considère comme une dotation, a besoin du savoir pour être exploitée dans l’intérêt de l’ensemble des humains.

Dans toute situation, l’exploitant a intérêt à ne pas abuser de ses atouts devant celui qui lui apporte des opportunités. Les richesses équilibrent le monde. Si les plus expérimentés tirent tout de leur côté, les autres n’auront rien du leur. Ceux qui ont tout auront trop; avoir trop est nuisible. Ceux qui n’ont rien peuvent utiliser tous les moyens possibles et impossibles pour survivre. Ceux qui perdent leur vie dans la mer en allant chercher une vie meilleure en sont la preuve. Personne ne peut être en paix dans un monde sans équilibre.

On a vu des personnes partir en Occident chercher une vie dont elles rêvaient. La télévision leur a montré que la belle vie était là-bas. Quand on ne sait pas lire une image, on est facilement manipulable car on n’arrive pas à la décortiquer, on ne comprend pas ce que l’image véhicule. Le monde virtuel n’est qu’une représentation du réel. Ceci a pour conséquence que ceux qui partent, souvent à cause de leur rêve, peuvent mourir en route…Et certains de ceux qui arrivent là-bas ont des difficultés à s’intégrer en raison de leur manque d’instruction et de formation adaptées à leur nouvel environnement. L’exploitation inhumaine crée un monde déséquilibré et invivable. Un monde déséquilibré est un monde en grand danger pour tous : il lui manque l’oxygène indispensable qu’est l’humanisme.

Nos autorités, qui ont notre confiance, feront surement de telle sorte que les négociations avec les exploitants du pétrole profitent au maximum au développement du pays. Une richesse naturelle s’exploite à partir d’un savoir, elle ne se vend pas, et les générations actuelles et futures doivent pouvoir en bénéficier. Pour cela, il est important également de rappeler nos responsabilités envers les générations futures: tout a un coût. L’utilisation, l’entretien et la construction des infrastructures se payent. Sans cela les générations à venir ne pourraient plus en profiter. Il en est ainsi dans tous les pays développés.

Au lieu de vendre les produits bruts aux transformateurs qui les leur revendent trop cher, les pays en voie de développement doivent apprendre à les transformer eux-mêmes. Pour en arriver là, les sciences modernes sont incontournables. Il n’y a qu’avec le savoir que l’homme peut comprendre comment arriver à une vie meilleure, agréable, et surtout avoir sa place là où les intellectuels prennent les grandes décisions qui concernent la vie de tous. C’est pourquoi il est nécessaire d’utiliser toutes les voies légales pour combattre le gaspillage intellectuel. Ce sont les enfants d’aujourd’hui qui deviendront demain les dirigeants de leur pays. Ainsi il faut soutenir le retrait de la rue des enfants du Sénégal, et de ceux d’Afrique, car leur place est dans les lieux d’apprentissage.

À mon avis, ce qu’il faut éviter, si l’homme ne veut pas une vie de malheurs sur terre, c’est d’abuser des autres, en raison de leur faiblesse, pour son simple plaisir. Ceux qui se sont mal comportés avec leurs semblables finissent toujours par être malheureux dans leur vie. L’humain est sacré et nous devons tous, surtout pour notre intérêt, faire attention à ne pas attirer le courroux de Dieu à Qui tout appartient.

Hier, l’homme avait seulement besoin de ses forces physiques pour survivre. Aujourd’hui, il lui faut aussi la science pour y arriver ; l’effort physique est presque entièrement remplacé par la machine. C’est maintenant l’intellect qui a le plus de valeur. La prochaine révolution sera celle de la matière grise, c’est du moins ce que j’espère. L’innovation foudroyante que notre monde a connue avec les nouvelles technologies a fait que, d’ici peu, ceux qui ne sont pas instruits vivront difficilement dans ce monde à venir. Demain, j’imagine que le monde ne restera intéressant que pour les hommes du savoir, parce que le monde qui tolère ceux qui n’ont pas de savoir me semble être presque révolu.

Pour aider nos enfants, qui auront entre leurs mains l’avenir du Sénégal, celui de notre continent et le leur, nous devons tout faire pour qu’ils puissent s’en sortir, si nous sommes vraiment avisés. À mon avis, il faut impérativement, avant qu’il ne soit trop tard, que tous soient là où ils pourront acquérir le savoir nécessaire. Nous sommes responsables de leur éducation et de leur instruction. Attention ! Sans instruction accompagnée de la foi et de la politesse légale, nos enfants pourraient souffrir à un degré trop élevé qui les pousserait à nous haïr. Malheur et épreuve sont diamétralement opposés. L’épreuve fait gagner, elle donne des fleurs. Le malheur sanctionne ceux qui ont fait mal à leur prochain.

Le Président actuel du Sénégal, Son Excellence Macky Sall, peut illustrer ce propos. Si ses parents étaient encore sur terre, ils seraient vénérés par lui et non pas haïs. En effet, les études en géologie de leur fils, qui gère actuellement un pays commençant à bénéficier des ressources naturelles que sont le pétrole et le gaz, constituent une coïncidence extraordinaire. Comme dit Rousseau: «citoyen d’un pays libre, quelque faible influence que puisse avoir ma voix dans les affaires publiques, le droit d’y voter suffit pour m’imposer le devoir » d’y porter ma contribution.

Tout le monde veut et doit vivre respectablement.

Par Pape FALL
Opérateur économique

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